Thérèse, Docteur de la Miséricorde infinie

« L’Offrande à l’Amour Miséricordieux, comme centre de la vie et de la doctrine de sainte Thérèse de Lisieux » : c’est le titre de cette conférence du P. François-Marie Léthel, ocd, que nous publierons en sept épisodes, avec l’aimable autorisation de l’auteur.


« Déclarée Docteur de l’Eglise par le saint Pape Jean-Paul II, la petite Thérèse est le grand Docteur de la Miséricorde pour tout le Peuple de Dieu, et son Offrande à l’Amour Miséricordieux est à la fois le centre et le point culminant de son enseignement », écrit d’emblée le P. Léthel.

François-Marie Léthel, né à Paris en 1948, est entré dans l’Ordre des Carmes (Province de Paris) en 1967 et a été ordonné prêtre en 1975. Après une licence en philosophie, il a obtenu une licence en théologie à l’Institut catholique de Paris, avec une thèse sur saint Maxime le Confesseur, sous la direction du P. Marie-Joseph Le Guillou o.p (Théologie de l’Agonie du Christ. La liberté humaine du Fils de Dieu et son importance sotériologique mises en lumière par saint Maxime le Confesseur, Paris, 1979, ed. Beauchesne, col « Théologie Historique, n° 52).

Il a obtenu un doctorat en théologie à l’Université de Fribourg (Suisse) en 1989, sous la direction du P. Christoph Schönborn o.p. avec une thèse intitulée : Connaître l’Amour du Christ qui surpasse toute Connaissance. La Théologie des Saints ( Venasque,1989, ed. du Carmel).

Il vit à Rome depuis 1982, enseignant la théologie dogmatique et spirituelle à la Faculté Pontificale de Théologie Teresianum. Nommé Consulteur pour les Causes des Saints par Jean-Paul II en 2004, il a été ensuite nommé Prélat-Secrétaire de l’Académie Pontificale de Théologie par Benoît XVI en 2008.

Parmi ses nombreux écrits sur la théologie des saints, on peut indiquer particulièrement ses livres sur Thérèse de Lisieux : L’Amour de Jésus. La Christologie de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Paris, 1997, éd Desclée , col. « Jésus et Jésus-Christ »), Louis-Marie Grignion de Montfort : L’amour de Jésus en Marie (Genève, 2000, ed. Ad Solem, 2 vol.) et Gemma Galgani : L’Amore di Gesù Crocifisso Redentore dell’uomo. Gemma Galgani (Rome, 2004, Libreria Editrice Vaticana).

Thérèse, Docteur de la Miséricorde Infinie

Déclarée Docteur de l’Eglise par le saint Pape Jean-Paul II, la petite Thérèse est le grand Docteur de la Miséricorde pour tout le Peuple de Dieu, et son Offrande à l’Amour Miséricordieux est à la fois le centre et le point culminant de son enseignement. C’est sa grande proposition de sainteté pour tous les baptisés, dans tous les différents états de vie et à tous les âges de la vie, laïcs et prêtres, hommes et femmes, mariés et consacrés.

Son Acte d’Offrande à l’Amour Miséricordieux comme victime d’holocauste (Pri 6) est publié à la fin de l’Histoire d’une âme comme point final, à la suite des trois Manuscrits Autobiographiques (A, B et C) et de sa Prière au jour de sa Profession Religieuse (Pri 2). L’Histoire d’une âme contient la synthèse doctrinale de Thérèse. Elle réunit ces textes essentiels, en lien avec tous les autres écrits (Lettres, Poésies, Prières et Pièces de théâtre)[1]. Ainsi, tout lecteur attentif de l’Histoire d’une âme est finalement invité à faire personnellement cette prière qui est une véritable Consécration à la Miséricorde Infinie.

Saint Jean-Paul II a déclaré Thérèse Docteur de l’Eglise comme « experte en science de l’amour (scientia amoris) » (Novo Millennio Ineunte, n. 42). Auparavant il avait écrit son Encyclique Dives in Misericordia. Pape de la Miséricorde, il était aussi le Pape de Marie, Mater Misericordiae. Son livre de chevet, depuis l’âge de 20 ans jusqu’à sa mort, était le Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, dont le contenu peut être résumé en deux mots : Totus Tuus, je suis tout à Toi. Telle était la devise épiscopale de Karol Wojtyla, depuis Cracovie jusqu’à Rome. Ce sont les derniers mots qu’il a écrits et qu’il a prononcés en mourant.

Comme l’Histoire d’une âme, le Traité de la Vraie Dévotion est un merveilleux livre de vie et de doctrine pour tous les baptisés, qui se termine également avec une prière de Consécration à Jésus par les mains de Marie. Ces deux livres sont comme deux « phares » pour éclairer le chemin de la sainteté que nous sommes tous appelés à parcourir dans nos différents états de vie. Personnellement, je dois dire que ces deux phares n’ont cessé d’illuminer ma vie depuis près de 50 ans. L’année de la Miséricorde sera une année mariale, et ce sera aussi l’année du troisième centenaire de la mort de St Louis-Marie (1673-1716).

Mon intention est de faire comprendre l’importance de cette offrande à l’Amour Miséricordieux, qu’il convient de faire personnellement, pour vivre dans la plus grande profondeur la grâce de cette année sainte de la Miséricorde. L’Offrande à l’Amour Miséricordieux de Thérèse est par excellence la « Porte Sainte », toujours ouverte dans le Coeur de Jésus, pour entrer dans la Profondeur de la Miséricorde Infinie de toute la Trinité. C’est aussi l’indispensable porte d’entrée dans la spiritualité de Thérèse. On n’y entre qu’en faisant personnellement son Offrande !

– La Miséricorde Infinie de Jésus Sauveur, source de la foi, de l’espérance et de l’amour

Pour cela, nous allons considérer L’Offrande à l’Amour Miséricordieux dans la grande perspective de l’Histoire d’une âme, comme centre de toute la doctrine thérésienne, et cela du point de vue de la foi, de l’espérance et de l’amour (ou charité). Ces trois vertus sont effet les plus grands dons de l’Esprit-Saint à tous les baptisés, et la plus grande des trois est la charité (cf 1 Cor 13, 13). Ce sont les trois principales modalités de la grâce du baptême. Saint Thomas d’Aquin les appelle virtutes theologicae, expression que je préfère traduire littéralement comme vertus théologiques (plutôt que « théologales »), car elles sont la source commune de la « grande science des saints », aussi bien de la théologie intellectuelle (scientia fidei) de saint Anselme et de saint Thomas que de la théologie spirituelle (scientia amoris) de saint Jean de la Croix et de sainte Thérèse de Lisieux[2]. En effet, saint Jean de la Croix fonde toute la vie spirituelle, depuis le début jusqu’à l’union mystique du mariage spirituel, exclusivement sur la foi, l’espérance et la charité. Ce sont les seuls moyens de l’union avec Dieu, c’est-à-dire de la sainteté à laquelle tous sont appelés. Toute la croissance spirituelle consiste à grandir dans la foi, l’espérance et la charité.

Dès le départ, il faut préciser que l’Acte d’Offrande à l’Amour Miséricordieux est un acte d’Amour comme don total de soi-même à Jésus dans l’Esprit-Saint et par les mains de Marie. Comme saint Louis-Marie de Montfort, Thérèse confie son Offrande à Marie. Et c’est dans sa dernière grande prière à Marie qu’elle nous donne sa meilleure définition de l’Amour : « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même » (Pourquoi je t’aime, ô Marie ! PN 54, str 22). Dire en vérité : « Je t’aime », signifie nécessairement : « Je me donne tout à toi pour toujours et je suis tout à toi » (Totus tuus). C’est la formule aussi bien du vrai amour humain (dans le mariage sacramentel) que du vrai amour divin (dans le mariage spirituel de la sainteté). Thérèse voulait renouveler son Offrande « à chaque battement de son coeur », et cet acte d’amour était comme la continuelle respiration de son âme, jusqu’à ces paroles exprimées dans son tout dernier souffle : « Mon Dieu je vous aime ! ». Elle parlait à Jésus, en regardant son Crucifix de Profession qu’elle serrait dans ses mains.

Ainsi, les simples mots « Jésus je t’aime » sont l’âme de toute la vie et de toute la doctrine de Thérèse, de sa « Science d’Amour ». Elle en a donné l’expression la plus complète dans ces trois vers de sa Poésie Vivre d’Amour : « Ah tu le sais, Divin Jésus je t’aime / L’Esprit d’Amour m’embrase de son Feu / C’est en t’aimant que j’attire le Père » (PN 17/2). On reconnaît les paroles de Pierre disant à Jésus : « Tu sais que je t’aime » (Jn 21, 15). Un tel acte d’Amour n’est pas l’expression d’un simple sentiment humain, mais il vient de l’Esprit-Saint dans le Don de la Charité. C’est en aimant Jésus que Thérèse vit dans la communion de toute la Trinité.

Plus grande que la foi et l’espérance, seule la charité ne passera jamais (cf 1 Cor 13, 8), étant essentiellement la même sur la Terre comme au Ciel. Mais en cette vie, la charité est inséparable de la foi et de l’espérance, car « elle croit tout et espère tout » (1 Cor 13, 7). « Mère, racine et forme de toutes les vertus », selon la belle expression de saint Thomas (I-II q 62 art 4), elle nourrit et fait grandir la foi et l’espérance. La brève vie de Thérèse est une croissance vertigineuse dans la foi, l’espérance et l’amour, jusqu’à des niveaux inouïs d’intensité, nouveaux dans l’histoire de la sainteté.

Chez Thérèse, la Miséricorde Infinie de Jésus est la source et l’objet central de sa foi, de son espérance et de son amour. La foi en sa Miséricorde Infinie de Dieu en Jésus pour le salut de tous les hommes pécheurs est évidemment fondamentale, car c’est elle qui suscite l’espérance en la Miséricorde, espérance certaine du salut et de la sainteté, pour soi-même et pour les autres, jusqu’à espérer pour tous. Mais il ne suffit pas de croire et d’espérer en la Miséricorde. L’espérance thérésienne est cette « confiance qui seule conduit à l’amour » (cf LT 197), qui conduit à l’Amour précisément comme don total de soi, dans l’Offrande à l’Amour Miséricordieux.

Tout ce que nous allons découvrir avec Thérèse concernant la Miséricorde et l’Amour Miséricordieux pourrait être résumé en une brève prière à Jésus réunissant les actes de foi, d’espérance et d’amour : Jésus, je crois en ta Miséricorde Infinie ; Jésus j’espère en ta Miséricorde Infinie ; Jésus je t’aime en ta Miséricorde Infinie, en me donnant tout entier à ton Amour Miséricordieux[3].

Notre étude va s’appuyer sur deux textes fondamentaux de l’Histoire d’une âme : D’une part la Conclusion du Manuscrit A (Ms A, 83v-84v), où Thérèse raconte l’événement de son Offrande à l’Amour Miséricordieux en expliquant le sens de cette offrande, et d’autre part le texte de son Acte d’Offrande à l’Amour Miséricordieux qui conclut toute l’Histoire d’une âme. Ces deux textes sont comme deux points qui tracent une des plus importantes lignes de la doctrine thérésienne, cette ligne de la Miséricorde. En suivant cette ligne, nous retrouverons les plus beaux textes de Thérèse sur la Miséricorde.

A partir des expressions de Thérèse, nous allons suivre la dynamique de la foi, de l’espérance et de l’amour dans les deux parties successives de notre exposé : I/ « A moi il a donné sa Miséricorde Infinie… » : La foi et l’espérance en la Miséricorde. II/ « Se jeter dans vos bras et accepter votre Amour Infini… » : L’amour comme don total de soi-même à l’Amour Miséricordieux de Jésus dans la Trinité.

(à suivre)

Source : Zenit.org