Travail et Vie Religieuse : subir ou marcher vers sa terre promise ?


GROUPE « VIE RELIGIEUSE ET TRAVAIL EN MILIEU NON CONFESSIONNEL »

 

Rencontre des 24 et 25 janvier 2015

 

 

Intervenante  : Marie-Laure Durand Théologienne et Philosophe.

Nous étions plus d’une vingtaine de religieuses et deux religieux rassemblés. Prière, partage en groupe, apport en grand groupe, partages organisés, temps gratuit convivialité des temps libres et des repas partagés ont ponctué ce rendez-vous qui a lieu tous les deux ans.

Après un temps d’accueil convivial, il y a eu la création de petits groupes. C’est le premier temps fort. Il permet une parole sur une situation professionnelle concrète réelle qui interroge. Chacun apporte une situation. Après la présentation de la situation et l’apport de réponse à des questions de compréhension, une recherche commune essaye de découvrir ce qui peut être possible pour faire évoluer la situation. Ce temps de travail est « gratuit » et ne donne pas lieu à un échange en grand groupe.

Les repas ont été de grandes qualités culinaires régionales. Cependant, le plat de consistance fut l’apport par Marie-Laure Durand. Quelques aspects me semblent particulièrement percutants.

En guise de mise en appétit, Marie-Laure nous a commenté le titre : « Tout subir ou marcher vers sa terre promise ? ». Le titre sous entend une contradiction entre subir et aller. Cependant : subir signifie « aller sous » Il y a un mouvement pour aller quelque part. C’est une bonne nouvelle, car il invite à marcher. Alors le titre n’invite-t-il pas à travailler notre posture intérieure pour savoir si nous subissons ou si nous marchons.

Du côté de la Bible ; « marcher vers la terre promise » n’est jamais écrit comme cela. Par contre il y a une promesse. Dieu promet une terre où il fait bon d’y planter sa tente (Genèse 12,1-3). Il y a une place pour chacun sur cette terre. Nous avons une attente intérieure et une place géographique. Nous sommes invités à croire Dieu : d’une promesse et d’une place sur cette terre où je serai moi. Quelle chance !

En premier plat de consistance, nous sommes invités à travailler sur les obstacles qui nous empêchent d’aller vers la terre promise. Dans la Bible, les hébreux connaissent le doute, le regret du passé, la peur et parfois confondent Dieu et les idoles. L’histoire du peuple de Dieu exprime le chemin qui a permis une transformation, une compréhension de la promesse de Dieu. Et pour nous aujourd’hui ?
Quatre repères se présentent : 

- la promesse s’adresse à une personne ; elle est personnalisée.

- La terre promise est déjà habitée ; une invitation à cohabiter.

- Le pays est un lieu où la vie est possible.

- La terre promise met en avant une liberté intérieure.

Nous avons à travailler sur notre soi.

En quoi la vie religieuse permet d’aller à la terre promise ? 

 

Un premier élément est dans la singularité de sa propre personne. Chacun, chacune a une manière propre de se situer qui lui indique une direction, un choix de vie.

Un second élément est dans l’acceptation de la puissance de Dieu. Accepter Dieu dans sa vie propre conduit à quitter son ego et, à bâtir tout un projet de vie avec Dieu.

Nous avons choisi de vivre la vie communautaire.

 

Cette vie communautaire est notre terre promise. Chacun, chacune est coopérateur de la vie communautaire où se vit une vie spirituelle. Celle ci est une puissance collective et cependant personnelle . Chacun, chacune vit cette puissance avec un sentiment de fragilité car elle conduit à un dépouillement de soi. La prière contribue à nous laisser façonner par Dieu. Ainsi nous avons à laisser prendre place Dieu en soi, alors la vie communautaire sera habitée de la puissance de Dieu.

En deuxième plat de consistance, nous avons accueilli des repères sur le travail sur sa manière de donner de la place à la vie humaine.

Le travail est un lieu de construction de soi. Il rejoint le sens de la vie. De ce fait, le travail se situe dans la gestion des contraintes et des contrariétés qu’il engendre. Il y a une clarté nécessaire de chacun afin de l’être pour les autres. Le travail rejoint l’estime de soi la valorisation de chacun.

Le travail est un lieu au monde qui nous relie aux autres. Cela implique une interdépendance. Certes, il demeure que le rapport soit juste, équitable pour chaque acteur. Cela touche la justice. Justice et travail sont intimement liés par les relations entre les personnes, par les salaires, par la vie syndicale.

Le travail est un lieu de projet, de transformation du monde. (Genèse 2,15)

Le travail est lié à cultiver et à garder. Il s’agit de prendre soin. C’est une attitude bienveillance. Le travail est à faire, et à être bouclé en six jours. Le septième jour est pour le repos avec une attention à dire merci. Un constat, il n’est aucune question d’argent.

Le travail est un lieu où l’on subit. Il y a des tensions qui évoluent au fil des années. Actuellement, une surcharge des informations multiples, fatigue et stresse. Si hier le travail était lourd et fatiguant, aujourd’hui il est léger et stressant. Il y a en permanence l’affrontement à de multiples questions. Ainsi, il y un fossé qui se creuse entre ceux qui peuvent gérer plusieurs informations et les autres.

Comment la vie religieuse peut-elle reposer le cerveau de l’humain ?

Le travail et le fonctionnement dans le temps. Chaque séquence de vie dans la journée implique une maîtrise en un temps donné. Il y a nécessité d’être conscient de ce que l’on fait. La vie religieuse favorise-t-elle cette conscience ? Chaque séquence de vie de travail est aussi traversée de nos émotions. Comment nous gérons nos émotions ? Devant le danger de se disperser par l’avalanche des informations, comment la vie religieuse aide à la concentration ? Cela passe par être pleinement à ce que l’on a à faire !

Le travail et la vie religieuse : une tension à vivre. Nous avons le choix soit de subir, soit de vivre avec. Suivant où nous en sommes sur notre chemin, nous vivons plus dans le subir ou plus dans le vivre avec. Le subir se traduit par une résignation et une déresponsabilisation de la situation. Le vivre avec se traduit par un lâcher prise, par un faire avec ses limites. Il y a un souci de chercher à agir sur l’organisation. C’est une volonté à imaginer des solutions avec les personnes concernées.

Cependant, une dernière réalité peut se vivre ; l’évitement. Il s’agit de fuir les lieux sources de stresses.

En guise de dessert, nous avons réagis en petit groupe, et ensemble en grand groupe Il me semble ressortir que nous avons à être solides et clairs sur notre propre soi. Alors les confrontations avec les autres deviendront un chemin vers la terre promise.

Un petit bilan s’est invité. Plusieurs nouveaux dans le groupe soulignent la joie de trouver un lieu de partage et de relecture sur ce qu’ils vivent dans le monde du travail. La mise en route par un partage d’un vécu en petit groupe est source de relecture par sa préparation. Cela rejoint l’importance de faire récit de notre mission. Heureux de vivre une inter-congrégation, cela aide à tenir. Marie-Laure Durand nous a donné des repères ou des pistes pour une réflexion qui vont nous aider à avancer en profondeur. Plusieurs ont noté la bonne humeur, un bon esprit et du sérieux ; et ceci jusqu’aux assiettes. Un grand merci aux cuisinières du jour.

Nous avons toutes et tous le désir de poursuivre de telles rencontres. Une date est prise : le samedi 6 juin 2015.

Merci à la CORREF d’encourager et de soutenir de telles initiatives sources vivifiantes pour une vie religieuse au cœur du monde d’aujourd’hui.

Pour le groupe, Fr. Daniel Dugast, Frère Missionnaire des Campagnes