Un Français sur dix a pensé à la vie religieuse

Une double enquête, menée par OpinionWay pour la Conférence des religieux et religieuses de France et dévoilée en exclusivité par La Croix, révèle les évolutions de l’image de la vie religieuse chez les Français et les atouts dont elle dispose, notamment chez les jeunes.


Source : http://www.la-croix.com

Cette enquête d’une exceptionnelle richesse montre aussi un regain inattendu de la vie spirituelle chez les 18-24 ans.
Être moine ou sœur ? Dix pour cent des Français y ont déjà pensé, un chiffre qui monte à 15 % chez les 18-24 ans et 14 % chez les 25-34 ans, selon une enquête sur la vie religieuse en France réalisée en deux volets par l’institut OpinionWay pour la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) (1). « C’est énorme !, réagit son président, le P. Jean-Pierre Longeat. Même si, pour certains, cela ne leur a qu’effleuré l’esprit, cela veut dire que les vocations sont là. »
Pour sœur Nathalie Becquart, directrice du Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations à la Conférence des évêques de France, l’importance de ce chiffre confirme une tendance observée depuis quelques années.

Un choix qui fait peur
« Lors de rassemblements de jeunes où nous tenions un stand du service des vocations, 30 % à 40 % disaient s’être, un jour, posé la question de la vocation… » Dans l’ensemble, la vie religieuse bénéficie d’une « bonne image » pour 65 % des Français : 81 % envisagent les religieux et religieuses comme des personnes « disponibles aux autres », 79 % comme « généreuses », 77 % comme « heureuses », 74 % comme « tolérantes »…
Pourtant, cet engagement fait peur. Pour 58 % des Français, ce « choix de vie » se heurte à l’envie de fonder une famille, mais aussi au fait qu’il faille s’engager à vie (25 %) ou à la peur de ne pouvoir tenir les engagements pris (12 %).
La vie religieuse apparaît comme un choix d’autant plus radical que la société la perçoit comme coupée du monde : 63 % des Français (67 % des jeunes) la considèrent même comme « une manière pour certains de fuir le monde » et seulement 50 % (43 % des jeunes) comme « un service utile à la société ».

85 % des jeunes profès se sentent « utiles à la société »
Or la même question posée aux jeunes profès renvoie une image inverse : 85 % se sentent « utiles à la société » et 93 % « proches des réalités »… « Il y a une méconnaissance dans le grand public de ce que représente notre état de vie », résume le P. Longeat, estimant qu’un effort de communication est nécessaire.
« Notre plus gros travail porte sur la façon dont nous pouvons accompagner les jeunes se posant la question de la vie religieuse », avance Nathalie Becquart. Un tel accompagnement apparaît en effet crucial dans l’enquête menée auprès des jeunes profès : 70 % d’entre eux confient combien l’encouragement d’un accompagnateur spirituel a compté dans leur vocation et, une fois les vœux prononcés, 85 % notent qu’il est précieux dans leur vie et leur ministère.
Or, paradoxalement, cette dimension de l’accompagnement est totalement absente de la vision que les Français ont de la vie religieuse. « Il faut casser le mythe d’une forme d’engagement anxiogène pour les Français pour qui on “entre en religion” sans savoir ce qu’il y a derrière », suggère Julien Goarant, de l’institut OpinionWay. L’enquête relève que seuls 45 % des Français envisagent les religieux comme « des gens comme nous ».

Lire aussi : P. Ghislain Lafont et F. Jacques-Benoît Rauscher : « L’un des maîtres mots de la vie religieuse, c’est l’humanité

Perçu comme un « choix de vie »
C’est là toute la difficulté de ceux qui ont en charge les vocations. « Comment faire percevoir la vie religieuse comme quelque chose d’à la fois radical et accessible ?, s’interroge Nathalie Becquart. Si elle apparaît pour tout le monde, cela n’attirera pas… Mais pas plus si elle est perçue comme surnaturelle et impossible. »
Lors des débats qu’elle a organisés autour du film Des hommes et des dieux, elle se souvient combien les jeunes étaient frappés par les doutes des personnages, qui les rendaient plus proches de leurs propres questions… Alors que 46 % des Français affirment avoir déjà « rencontré un moine ou une bonne sœur », la rencontre avec des personnes engagées dans la vie religieuse peut d’ailleurs être une voie.
En fait, l’enquête souligne combien, dans une société où la dimension spirituelle est en retrait, l’engagement religieux est perçu davantage comme un « choix de vie » (91 %) qu’« une réponse à un appel profond de Dieu » (70 % des Français, mais 99 % des jeunes religieux).

A lire : Jeunes religieux, « il faut accepter le côté mystique de notre vie »


Un regain spirituel chez les jeunes

L’enquête OpinionWay-Corref s’intéresse aussi largement à la vie religieuse des 18-40 ans, avec un regard particulier sur les 18-24 ans, âge décisif pour les vocations (l’âge moyen de la vocation des profès est de 19 ans). Or cette enquête montre une quête spirituelle extrêmement forte : les 18-24 ans sont ainsi 51 % à croire « probable » ou « certaine » l’existence de Dieu. C’est donc la classe d’âge la plus croyante des Français (38 % en moyenne).

Ils sont 25 % à se dire « croyants et pratiquants », chiffre que l’on ne retrouve que chez les plus de 65 ans ! Même chose pour l’appartenance confessionnelle : 62 % des 18-24 se disent catholiques (60 % des Français) et ils sont 11 % à pratiquer régulièrement (au moins deux fois par mois), chiffre identique à celui de leurs grands-parents (8 % pour l’ensemble des Français).

« C’est un fruit de la pastorale des jeunes menée depuis de nombreuses années », se réjouit Sœur Nathalie Becquart qui note aussi le rôle de l’enseignement catholique, des JMJ, des rassemblements de Taizé, retraites et pèlerinages.

Nicolas Senèze

(1) Une première enquête a été réalisée entre avril et mai auprès de 1054 personnes de 18 ans et plus, représentatives de la population française âgée (méthode des quotas), parmi lesquelles a été isolé un échantillon de 452 personnes représentatives des 18-40 ans (méthode des quotas). L’autre enquête a été réalisée, aux mêmes dates, auprès de 652 profès de moins 40 ans.