Unité des chrétiens : le F. Franck Lemaître, dominicain au centre Istina

« Prions, cette Semaine, pour qu’à la faveur de nouveaux rapprochements œcuméniques, les Églises soient capables un jour de prendre soin ensemble de la « maison commune » » : c’est l’invitation du F. Franck Lemaître, dominicain, qui vient d’être nommé directeur du centre d’études œcuméniques Istina, à Paris, au service de l’unité des chrétiens.


Zenit – P. Lemaître, vous venez d’être nommé directeur du centre Istina à Paris : en quoi consiste cette nouvelle mission, en cette année qui marque le 800e anniversaire de l’ordre des Dominicains ?
Fr Franck Lemaître – Le centre Istina est une institution bientôt nonagénaire, fondée par les dominicains français. Dans les années 1920, des Russes fuyant la révolution bolchevique sont venus en France, l’arrivée de ces migrants modifiant le paysage ecclésial français. De manière sans doute typique de notre tradition dominicaine, les frères ont alors créé un « centre d’étude », avec une bonne bibliothèque, pour mieux comprendre la situation religieuse en Russie et le monde orthodoxe russe. Ils lui ont donné le nom d’Istina, c’est-à-dire la traduction russe de la devise de l’Ordre dominicain : « Veritas » (Vérité). Et ils ont commencé à partager les fruits de leurs recherches en publiant une revue spécialisée.
Si vous interrogez un membre d’un groupe œcuménique, il vous dira probablement qu’il a d’abord rencontré un fidèle d’une autre Église, qu’il a ainsi découvert une autre manière d’être chrétien, et qu’ensuite il a eu envie de faire progressivement connaissance avec toutes les autres familles ecclésiales. L’histoire d’Istina est un peu semblable : au fil des décennies, les dominicains qui ont animé le centre n’ont cessé d’élargir leurs intérêts au-delà du monde russe : aux autres Églises orthodoxes d’abord, puis aux anglicans et aux différentes composantes du protestantisme…
En ce début de XXIe siècle, d’autres migrations génèrent (ou vont générer) des recompositions du paysage ecclésial. Émergent donc aujourd’hui de nouvelles manières d’être chrétien et de comprendre l’unité de l’Église, invitant à poursuivre la recherche théologique en œcuménisme. Des chantiers auxquels Istina va contribuer.

Votre nomination survient au moment de la grande Semaine de prière pour l’unité chrétienne (18-25 janvier). Quel est le thème cette année et par qui ont été préparées les méditations ?
À la demande du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens et du Conseil œcuménique des Églises, ce sont les chrétiens de Lettonie qui ont choisi le thème de cette année – « Appelés à proclamer les hauts faits de Dieu » – et le texte biblique proposé à notre méditation : un extrait de la première lettre de Pierre (2,9-10). Ces « hauts faits », comment ne pas les voir aussi dans tous les rapprochements œcuméniques des dernières décennies où Dieu a permis à son peuple de passer des ténèbres de la division à la lumière d’une communion plus grande ?

Quel impact ces rapprochements œcuméniques ont-ils sur la vie des chrétiens ?
Comme nous sommes encore marqués par le récent synode romain sur « la vocation et la mission de la famille dans l’Église et dans le monde contemporain », prenons le cas des couples où les deux époux sont membres d’Églises différentes. Autrefois, les relations interconfessionnelles étaient marquées par la méfiance mutuelle. C’est ainsi que le code de droit canonique de 1917 faisait obligation au conjoint catholique de « travailler prudemment à la conversion » de son époux(se) non catholique. Mais comment vivre l’unité conjugale et familiale, à laquelle l’Église veut apporter tout son soutien, avec une telle recommandation ? Heureusement, grâce aux dialogues œcuméniques, la mixité confessionnelle d’un couple est considérée aujourd’hui comme une richesse pour les deux époux, et comme une chance pour les communautés chrétiennes auxquelles ils appartiennent.

En quoi la démarche œcuménique est-elle importante dans le monde d’aujourd’hui ?
Pensons à la récente Convention Paris Climat 2015 (la COP21). Tous ont déploré la difficulté des Nations unies (en cours d’union, vaudrait-il mieux dire) à décider ensemble, à accepter que la « communauté » internationale puisse vérifier que les engagements pris pour lutter contre le réchauffement climatique seront effectivement tenus. Sur cette question d’une gouvernance mondiale, les chrétiens ont-ils un modèle à proposer ? Les différentes familles ecclésiales sont-elles capables de prendre ensemble des décisions ? de se rendre mutuellement des comptes ? On est malheureusement obligé de répondre par la négative et de constater le déficit d’unité et de catholicité du christianisme mondial. Prions, cette Semaine, pour qu’à la faveur de nouveaux rapprochements œcuméniques, les Églises soient capables un jour de prendre soin ensemble de la « maison commune ».

Source : http://fr.zenit.org