Vie consacrée : « Témoignez de la vie fraternelle en communauté ! »

Le pape reçoit le « chapitre » des Résurrectionnistes


« Dans une société qui tend à niveler et à massifier, où l’injustice oppose et divise, dans un monde déchiré et agressif, ne manquez pas de témoigner de la vie fraternelle en communauté ! », exhorte le pape François en s’adressant aux pères et aux frères Résurrectionnistes.

Le pape François a en effet reçu les participants du chapitre de la Congrégation de la résurrection du Seigneur au Vatican ce samedi 24 juin 2017, à 11h30. Le thème de la rencontre, qui se tient du 11 au 25 juin est : « Témoins de la présence du Seigneur ressuscité, de la communauté au monde ».

Cet institut religieux masculin de droit pontifical a été fondé le 17 février 1836 à Paris par des émigrés polonais. Les pères et frères résurrectionnistes ont pour vocation d’assister les communautés d’émigrants polonais grâce à des œuvres d’éducation et d’évangélisation et par la vie en paroisses. Ils comptent un peu moins de 500 membres répartis dans plus de 50 maisons, en Europe, en Amérique du Nord et du Sud, en Australie et en Tanzanie. Ils veillent notamment, depuis 1857, sur le sanctuaire marial de la Mentorella, à quelque 50 km de Rome, dans les Abruzzes (Italie), si aimé du saint pape Jean-Paul II. Le supérieur général est le père Bernard Hylla, depuis 2011.
« Fils spirituels de Bogdan Jański, apôtre des Polonais émigrés en France au XIX s., vous êtes nés pour témoigner que la Résurrection du Christ est à la base de la vie chrétienne, pour annoncer l’exigence de la résurrection personnelle et soutenir la communauté dans sa mission au service du Royaume de Dieu », a rappelé le pape. Et, à propos du thème du chapitre, il a commenté trois expressions.

Sortir pour annoncer la résurrection du Christ
« ‘Témoins de la présence du Seigneur ressuscité’ : cela revient à dire « missionnaires », apôtres du Vivant. C’est pourquoi je vous propose comme icône Marie-Madeleine, l’apôtre des apôtres, qui, le matin de Pâques, après avoir rencontré Jésus ressuscité, l’annonce aux autres disciples. Elle cherchait Jésus mort et elle le trouve vivant. Et c’est la joie de la Bonne Nouvelle qu’elle apporte aux autres : le Christ est vivant et il a le pouvoir de vaincre la mort et de nous donner la vie éternelle. »
« Nous en tirons une première réflexion, a fait observer le pape : que la nostalgie d’un passé qui a pu être fructueux en vocations et grandiose en oeuvres ne vous empêche pas de voir la vie que le Seigneur fait germer à côté de vous au moment présent. Ne soyez pas des hommes nostalgiques, mais des hommes qui, mus par la foi dans le Dieu de l’histoire et de la vie, annoncent la venue de l’aube même en pleine nuit (cf. Is 21,11-12). Des hommes contemplatifs qui, le regard du coeur fixé sur le Seigneur, savent voir ce que les autres ne voient pas, empêchés par les préoccupations de ce monde ; des hommes qui savent proclamer, avec l’audace qui vient de l’Esprit, que le Christ est vivant et qu’Il est le Seigneur. »
Le pape a ajouté une deuxième réflexion : « Marie Madeleine et les autres (femmes) qui vont au tombeau (cf. Lc 24,1-8) sont des femmes « en sortie » : elles abandonnent leur « nid » et elles se mettent en chemin, elles savent prendre des risques. L’Esprit vous appelle vous aussi, Frères de la résurrection, à être des hommes en chemin, un Institut « en sortie », vers les périphéries humaines, là où il est nécessaire d’apporter la lumière de l’Evangile. Il vous appelle à être des chercheurs du visage de Dieu, là où on le trouve : non pas dans les tombeaux – « Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant ? » (v. 5) –, mais là où Il vit : dans la communauté et dans la mission. »

Le témoignage d’une communauté fraternelle
Le pape a ensuite commenté une autre expression du thème du chapitre : « De la communauté au monde » : « Comme les disciples d’Emmaüs, laissez-vous rejoindre par le Ressuscité, soit individuellement soit communautairement, en particulier sur les routes de la déception et de l’abandon (cf. Lc 24,11ss). Et cette rencontre vous fera de nouveau courir, pleins de joie, et sans délai, à la communauté, et de la communauté au monde entier pour annoncer : ‘Le Seigneur est vraiment ressuscité !’ (v. 34). »
Le pape a insisté sur ce mouvement de « sortie » à la rencontre des autres : « Ceux qui croient dans le Ressuscité ont le courage de « sortir » pour apporter la Bonne nouvelle de la résurrection, en assumant les risques du témoignage comme l’ont fait les apôtres. Combien attendent cette joyeuse annonce ! Il n’est pas permis de les en priver. Si la résurrection du Christ est notre plus grande certitude et le trésor le plus précieux, comment ne pas courir l’annoncer aux autres ? »
Le pape a suggéré un “moyen concret” pour “manifester” la résurrection : « la vie fraternelle en communauté ». Et d’expliquer : « Il s’agit d’accueillir les frères que le Seigneur nous donne : pas ceux que nous choisissons, ceux que le Seigneur nous donne. Depuis que le Christ est ressuscité, il ne nous est plus permis, comme le dit l’apôtre Paul, de regarder les autres de façon humaine (cf. 2 Co 5,16). Nous les voyons et nous les accueillons comme un don du Seigneur. L’autre est un don qui ne peut être ni manipulé ni méprisé ; un don à accueillir avec respect, parce qu’en lui, spécialement s’il est faible et fragile, le Christ vient à ma rencontre. »
Le pape a mis en garde contre une « consommation » de la communauté : « Je vous exhorte à être des constructeurs de communautés évangéliques et non pas de simples « consommateurs » ; à assumer la vie fraternelle en communauté comme la première forme d’évangélisation. Que les communautés soient ouvertes à la mission et fuient l’auto-référence, qui conduit à la mort. Que les problèmes – il y en a toujours – ne vous suffoquent pas, mais puissiez-vous cultiver la « mystique de la rencontre » et chercher avec vos frères que le Seigneur vous a donnés et éclairés « par la relation d’amour qui passe entre les trois Personnes divines », le chemin et la méthode pour avancer (cf. Lett. ap. A tous les consacrés, 21 novembre 2014, I, 2). Dans une société qui tend à niveler et à massifier, où l’injustice oppose et divise, dans un monde déchiré et agressif, ne manquez pas de témoigner de la vie fraternelle en communauté ! »

La joie et l’espérance de Pâques
La troisième expression commentée par le pape est « Prophètes de la joie et de l’espérance pascale » : Le Ressuscité a répandu sur ses disciples deux formes de consolation : la joie intérieure et la lumière du mystère pascal. La joie de reconnaître la présence du Ressuscité vous introduit dans sa Personne, dans sa volonté : et c’est pour cela qu’elle conduit à la mission. Et d’autre part, la lumière du mystère pascal fait récupérer l’espérance, une « espérance sûre » comme l’a dit le pape Benoît XVI (Enc. Spe salvi, 2). Ressuscités pour faire ressusciter, libérés pour libérer, nés à une vie nouvelle pour faire naître à une vie nouvelle tous ceux que nous rencontrons sur notre chemin. Voilà votre vocation et votre mission de Frères de la résurrection. »
« ‘Pourquoi chercher parmi les morts Celui qui est vivant ?’ (Lc24,5) : que cette parole résonne continuellement dans vos cœurs, a exhorté le pape. Cela vous aidera à sortir des moments de tristesse et elle vous ouvrira à des horizons de joie et d’espérance. Cela vous permettra de renverser les pierres des tombeaux et cela vous donnera la force d’annoncer la Bonne nouvelle dans cette culture si souvent marquée par la mort. Si nous avons le courage d’aller jusqu’à nos tombeaux personnels et communautaires, nous verrons comment Jésus est capable de nous en faire ressusciter. Et cela nous fera retrouver la joie, le bonheur et la passion des premiers moments du don de nous-mêmes. »

Mémoire, passion et espérance
Le pape a rappelé ses trois consignes données consacrés pendant l’Année de la Vie consacrée : « Mémoire reconnaissante du passé, vivre le présent avec passion, embrasser l’avenir avec espérance. Mémoire reconnaissante du passé : pas de l’archéologie, parce que le charisme est toujours une source d’eau vive, pas une bouteille d’eau distillée. Passion pour garder toujours vivant et jeune le premier amour qui est Jésus. Espérance : en sachant que Jésus est avec nous et guide nos pas comme il a guidé les pas de nos fondateurs. »
« Que Marie, qui a vécu de façon singulière et vit le mystère de la Résurrection de son Fils, veille comme une mère sur votre chemin. Que ma bénédiction aussi vous accompagne. Et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci ! », a conclu le pape François.

Source : https://fr.zenit.org
Photo : © L’Osservatore Romano