Voyage du pape François à Sarajevo - Rencontre avec les séminaristes, les religieux-ses et les prêtres


Chers frères et sœurs,

Je vous adresse à tous mon salut affectueux, et je l’étends aussi à vos confrères et consoeurs malades et âgés qui ne peuvent être ici mais qui sont spirituellement avec nous. Je remercie le Cardinal Puljić pour ses paroles, ainsi que soeur Ljubica, don Zvonimir et frère Jozo, pour leurs témoignages. Je vous remercie tous pour le service que vous rendez à l’Évangile et à l’Église. Je suis venu dans votre terre comme pèlerin de paix et de dialogue, pour confirmer et encourager les frères dans la foi, et en particulier vous, appelés à travailler “à plein temps ” dans la vigne du Seigneur. Il nous dit : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). C’est cela la certitude qui donne consolation et espérance, spécialement dans les moments difficiles du ministère. Je pense aux souffrances et aux épreuves passées et présentes de vos communautés chrétiennes. Même en vivant dans ce contexte, vous n’avez pas cédé, vous avez résisté, vous efforçant d’affronter les difficultés personnelles, sociales et pastorales avec un infatigable esprit de service. Que le Seigneur vous récompense !

J’imagine que la situation numériquement minoritaire de l’Église catholique dans votre terre, comme aussi les insuccès du ministère, font que parfois vous vous sentez comme les disciples de Jésus lorsque, même en s’étant fatigués toute la nuit, ils n’avaient rien pris (cf. Lc 5, 5). Mais c’est vraiment en ces moments, si nous nous confions au Seigneur, que nous faisons l’expérience de la puissance de sa Parole, de la force de son Esprit qui renouvelle en nous la confiance et l’espérance. La fécondité de notre service dépend surtout de la foi ; la foi dans l’amour du Christ, dont rien ne pourra jamais nous séparer, comme affirme l’apôtre Paul (cf. Rm 8, 35-39), qui en ce qui concerne les épreuves s’y entendait ! Et la fraternité aussi nous soutient et nous anime ; la fraternité entre prêtres, entre religieux, entre laïcs consacrés, entre séminaristes ; la fraternité entre nous tous, que le Seigneur a appelés à tout laisser pour le suivre, nous donne joie et consolation, et elle rend plus efficace notre travail. Nous sommes des témoins de la fraternité !

« Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau » (Ac 20, 28). Cette exhortation de saint Paul – rapportée dans les Actes des Apôtres – nous rappelle que si nous voulons aider les autres à devenir saints nous ne devons pas nous négliger nous-mêmes, c’est-à-dire notre sanctification. Et vice-versa, le dévouement au peuple fidèle de Dieu, l’immersion dans sa vie et surtout la proximité avec les pauvres et les petits, nous fait grandir dans la conformation au Christ. Le soin de son chemin personnel et la charité pastorale envers les gens vont toujours du même pas et s’enrichissent mutuellement. Ils ne sont jamais séparés.

Que signifie aujourd’hui pour un prêtre et pour une personne consacrée, de servir le troupeau de Dieu ici en Bosnie-Herzégovine ? Je pense que cela signifie mettre en oeuvre la pastorale de l’espérance, en gardant les brebis qui sont au bercail, mais aussi en allant, en sortant à la recherche de tous ceux qui attendent la Bonne Nouvelle et ne savent pas trouver ou retrouver tout seuls le chemin qui conduit à Jésus. Rencontrer les gens là où ils vivent, et aussi cette partie du troupeau qui reste hors de l’enceinte, loin, parfois sans connaître encore Jésus Christ. Prendre soin de la formation des catholiques dans la foi et dans la vie chrétienne. Encourager les fidèles laïcs à être des protagonistes de la mission évangélisatrice de l’Église. Je vous exhorte donc à faire grandir des communautés catholiques ouvertes et “en sortie”, capables d’accueil et de rencontre, et courageuses dans le témoignage évangélique.
Le prêtre, le consacré est appelé à vivre les angoisses et les espérances de ses gens ; à oeuvrer dans les contextes concrets de son temps, souvent caractérisé par des tensions, des discordes, des méfiances, la précarité et la pauvreté. Devant ces situations plus douloureuses, demandons à Dieu un coeur qui sache s’émouvoir, une capacité d’empathie ; il n’y a pas de meilleur témoignage que celui de se tenir proches des nécessités matérielles et spirituelles des gens. C’est notre tâche à nous évêques, prêtres et religieux de faire sentir aux personnes la proximité de Dieu, sa main qui réconforte et guérit ; de s’approcher des blessures et des larmes de notre peuple ; de ne pas se lasser d’ouvrir le coeur et de tendre la main à tous ceux qui demandent de l’aide et à tous ceux qui, peut-être par pudeur, ne nous le demandent pas, mais en ont un grand besoin. À ce sujet, je désire exprimer mon appréciation aux religieuses pour tout ce qu’elles font avec générosité et surtout pour leur présence fidèle et attentionnée.

Chers prêtres, religieux et religieuses, je vous encourage à poursuivre avec joie votre service pastoral, dont la fécondité est donnée par la foi et par la grâce, mais aussi par le témoignage d’une vie humble et détachée des intérêts du monde. Ne tombez pas, s’il vous plaît, dans la tentation de devenir une espèce d’élite fermée sur elle-même. Le témoignage sacerdotal et religieux généreux et limpide est un exemple et un encouragement pour les séminaristes et pour tous ceux que le Seigneur appelle à le servir. En vivant à côté des jeunes, les invitant à partager certaines expériences de service et de prière, vous les aidez à découvrir l’amour du Christ et à s’ouvrir à l’appel du Seigneur. Que les fidèles laïcs puissent voir en vous cet amour fidèle et généreux que le Christ a laissé comme testament à ses disciples !

Et une parole en particulier pour vous, chers séminaristes. Parmi les nombreux beaux témoignages de consacrés de votre terre, souvenons-nous du serviteur de Dieu Petar Barbarić. Il unit l’Herzégovine, où il naquit, et la Bosnie, où il fit profession, comme aussi tout le clergé, qu’il soit diocésain ou religieux. Que ce jeune candidat au sacerdoce, comme sa vie remplie de vertu, soit pour tous un grand exemple.

La Vierge Marie est toujours à nos côtés, comme mère attentionnée. Elle est la première disciple du Seigneur et un exemple de vie consacrée à Lui et à ses frères. Quand nous nous trouvons en difficulté, ou que nous rencontrons une situation devant laquelle nous sentons toute notre impuissance, tournons-nous vers elle avec la confiance des enfants. Et elle nous dit toujours – comme aux noces de Cana – : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5). Elle nous enseigne à écouter Jésus et à suivre sa Parole, mais avec foi ! C’est son secret que comme mère elle veut nous transmettre : la foi, cette foi simple, telle qu’il en suffit d’une miette pour transporter les montagnes !

Avec cet abandon confiant, nous pouvons servir le Seigneur avec joie et être partout des semeurs d’espérance. Je vous assure de mon souvenir dans la prière et je vous bénis de tout coeur, vous tous et vos communautés. S’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

[00942-FR.01] [Texte original : Italien]