A Landévennec, l’abbaye attire toujours (La Croix)

Dans un contexte de sécularisation et d’indifférence religieuse, près de 30 000 personnes se rendent chaque année à l’abbaye de Landévennec, qui célèbre aujourd’hui les 1 200 ans de la Règle de saint Benoît.
Les visiteurs viennent découvrir les vestiges de l’ancienne abbaye du Ve siècle ou partager, le temps d’une retraite, le recueillement des 18 frères bénédictins.


« On viendrait, paraît-il, de loin pour écouter les moines se taire mais le silence est moins ce qui se tait que ce qui nous éclaire. Ici, tout exhale la solitude ouverte et la porosité de la clôture. En marge mais au cœur du monde en filigrane de la page. Non l’inhumain isolement mais la juste distance, le retirement/l’inassignable solitude élue, l’autre nom de l’amour. » Avec ses mots, le poète et moine Gilles Baudry résume bien ce qui guide certains visiteurs de l’abbaye de Landévennec : épouser le recueillement des 18 moines, partager quelques instants la quiétude de cette communauté fondée par saint Guénolé en 485, et devenue bénédictine en 818. Dans son livre Haute lumière, sorti le 6 juillet chez Locus Solus, frère Gilles exécute une trentaine de variations sur la règle bénédictine, appliquée depuis mille deux cents ans par ces moines du bout du monde, à l’entrée de la presqu’île de Crozon, dans le Finistère.

Sur le parking de la nouvelle abbaye, construite dans les années 1950, Françoise et René Le Trocquer, 67 et 68 ans, observent le parc arboré de 30 hectares. « Nous sommes allés visiter le musée de l’ancienne abbaye, quelques centaines de mètres plus bas, indique Françoise. Nous venons régulièrement pour la nouvelle exposition et au retour, nous nous arrêtons ici pour faire quelques pas jusqu’à l’abbatiale. Nous ne sommes pas pratiquants, mais nous apprécions le calme qui règne ici. Nous avons l’impression d’être hors du temps. »

2 500 hôtes sont accueillis et logés chaque année

Comme ce couple de la région de Morlaix, 28 000 personnes, majoritairement de la région, viennent chaque année visiter les vestiges de l’ancienne abbaye, face à la mer. Le musée édifié en 1990 leur permet de parcourir les différentes époques du monastère.

Le public du musée croise parfois ceux qui sont en retraite dans la nouvelle abbaye. Environ 2 500 hôtes sont accueillis et logés chaque année, pour un week‑end ou une semaine, dans des bâtiments d’hôtellerie construits dans le parc. Depuis dix ans, Philippe Kohn est l’un d’eux. Le photographe du livre Haute lumière passe chaque été quelques jours en famille à Landévennec. Au printemps, une trentaine d’anglicans, de méthodistes et de catholiques du diocèse de Truro, en Cornouailles britannique, partagent la vie liturgique de la communauté, dans le cadre d’une relation œcuménique initiée dans les années 1990. Des liens d’amitié se sont depuis tissés.

« Tous les cas de figure sont possibles », résume frère Jean-Michel Grimaud, père abbé de Landévennec. « Il y a ceux qui sont en retraite ici en famille et emmènent leurs enfants au musée, ceux qui arrivent ici parce qu’ils cherchent l’ancienne abbaye… L’affluence reste raisonnable et ces différents publics nous permettent de faire connaître notre histoire et la vie monastique. Il n’est d’ailleurs pas rare que des visiteurs du musée viennent aussi à l’abbaye. L’intérêt culturel et l’intérêt spirituel, que nous ne pouvons quantifier, participent au bon fonctionnement des deux sites. »

« L’hospitalité monastique n’a plus la même couleur que celle du Moyen Âge »

La communauté, rattachée à l’ordre de Subiaco Mont-Cassin, est également propriétaire de l’ancienne abbaye et, à ce titre, participe au groupement d’intérêt public (GIP) « musées de territoires », créé en 2017 pour conserver, enrichir et présenter les collections de trois musées du Finistère, dont celui de l’ancienne abbaye. « Avant 1990, il n’y avait pas de proposition muséographique. C’étaient des frères qui faisaient visiter les ruines », rappelle le père abbé.

Au fil de la visite se dessine une certaine harmonie entre la communauté bénédictine et les touristes qui, pour la plupart, ne viennent pas par hasard. « L’hospitalité monastique à l’heure actuelle n’a plus la même couleur que celle du Moyen Âge, où les monastères étaient aussi des lieux de sécurité. Aujourd’hui, notre espace sert davantage à se mettre à l’écart du tumulte de notre société, même si nous ne sommes pas hors du monde », souligne frère Jean-Michel.

Aujourd’hui, la communauté ouvre grand ses portes pour fêter les 1 200 ans de la Règle de saint Benoît. Une règle toujours d’actualité, dont le premier verset invite à l’écoute et à l’attention à l’autre : « Écoute mon fils la parole du maître et incline l’oreille de ton cœur. »

Raphaël Baldos
Source : https://www.la-croix.com/