À Paris, un jardin porte le nom des moines de Tibhirine

Vingt ans aprês l’assassinat des sept moines trappistes, le Square St-Ambroise dans le XIe arrondissement de Paris a été baptisé, lundi 30 mai, « Jardin des moines de Tibhirine ».


L’initiative, lancée il y a deux ans par la mairie de Paris, a été saluée par le curé de la paroisse, des responsables religieux et les familles des moines présentes.

Le P. Augustin Deneck ne réalise toujours pas vraiment ce qui se passe, ce lundi 30 mai, sur le parvis de l’église parisienne dont il est le curé, St-Ambroise. Il assiste, comblé, comme les centaines de personnes assemblées, à l’inauguration du « Jardin des moines de Tibhirine » qui remplace désormais le « Square St-Ambroise ».
« C’est un don de nos frêres moines qui me dépasse. Et qui montre bien que ces moines ont touché bien plus que l’univers chrétien », ajoute-t-il, en rappelant l’origine, laïque, de cette initiative.

Initiative de la mairie
Il y a deux ans, Catherine Vieu-Charier, adjointe à la maire de Paris, en charge de la mémoire du monde combattant, lui indique son souhait de changer le nom du square faisant face au parvis de son église pour rendre hommage aux moines trappistes et faire connaître leur « message d’amitié, d’ouverture et de dialogue ». Il accepte sans hésitation, et lui demande, plus d’un an aprês, la raison du choix de l’emplacement.
La réponse de l’élue ? « Le cœur du XIe arrondissement, c’est bien ». C’était le 13 novembre 2015, quelques heures avant les attentats qui frappêrent Paris, à quelques mêtres de là.

Un exemple de fraternité et d’ouverture à l’autre
Un peu plus de six mois plus tard, vingt ans tout juste aprês l’enlêvement puis la découverte des dépouilles des moines, Anne Hidalgo, maire de Paris, a explicité, dans son discours d’inauguration, cette volonté. Et invité les Parisiens à suivre le chemin d’ouverture à l’autre et de fraternité que ces religieux ont tracé en Algérie.
« Leur message de paix, leurs valeurs de tolérance et de fraternité sont au cœur des spiritualités religieuses et de nos valeurs républicaines », a-t-elle expliqué, s’inclinant « avec la plus grande solennité devant la mémoire de ces hommes d’exception ».
« Il faut nous battre pour que Paris reste cette ville où l’on se construit par le contact avec l’autre et non pas par la peur », a-t-elle ajouté, devant le maire du XIe arrondissement, François Vauglin, l’évêque auxiliaire de Paris, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, le président de la Fédération protestante de France, le pasteur François Clavairoly et les familles des moines réunies.

Parmi elles : Hubert de Chergé, frêre de Christian, qui a lu, avec le P. Augustin Deneck, le testament de son frêre. Mais aussi Loys de Pampelonne, ce trentenaire parisien dont la mêre est l’une des cousines de l’ancien prieur de la communauté de Tibhirine, heureux aujourd’hui de voir tant de personnes rassemblées au nom de son oncle et de ses frêres moines.

Lui qui a peur, parfois, de les voir tomber dans l’oubli, insiste sur la beauté de leur message qui, s’il promeut le dialogue avec les musulmans, ne gomme pas la spécificité de chacun. « Il nécessite avant tout de savoir qui l’on est et de l’assumer. »

Isabelle Demangeat
Source : www.la-croix.com