À Vézelay, le jubilé de l’ermitage franciscain

Le jubilé de la famille franciscaine sera marqué par une série de festivités à Vézelay (Yonne) pour commémorer l’implantation, en 1217, des premiers disciples de saint François d’Assise dans la ville.

Sur le flanc nord de sa colline, plusieurs frêres mineurs vivent toujours dans le couvent de la Cordelle, le dernier ermitage franciscain de France.


Depuis quelques jours, les sentiers des alentours ont été balisés de rubans rouge, bleu, jaune et vert. Quatre couleurs, pour quatre chemins d’une dizaine de kilomêtres qui feront converger, ce vendredi, prês de 120 pêlerins vers un même point : les hauteurs de la ville de Vézelay, perchée sur sa colline yonnaise, et dans son contrebas le couvent de la Cordelle. Cet édifice, le dernier ermitage franciscain du pays, sera tout au long du week-end le théâtre d’une série de festivités (lire ci-contre) commémorant l’arrivée, en 1217, des premiers disciples de saint François d’Assise dans la région.

Entre les murs de pierres séculaires,cinq frêres mineurs - dont un en année sabbatique actuellement, et l’autre résidant dans une commune des alentours - continuent de vivre et de prier, toute l’année, dans ce lieu qui a connu des vagues de démolition et de reconstruction, à l’épreuve des années noires de la guerre de Cent Ans, des incendies, des guerres de religions. « En 1569, la Cordelle a été rasée, et une majorité des frêres présents massacrés par les protestants », explique le frêre Jean-Baptiste Auberger, venu de Paris pour ce jubilé.

À la veille de la Révolution, il ne reste à la Cordelle qu’un seul frêre. Juste aprês, plus aucun. « Il faudra attendre 1949 pour que des frêres franciscains reviennent, puis retournent quelques décennies plus tard à la rêgle de l’ermitage », ajoute-t-il. Aujourd’hui, les trois religieux qui continuent à y prier, dans le dépouillement et la simplicité, ont des journées bien chargées. Le Frêre Raoul de ­Buisseret, 72 ans, est curé de 17 clochers des villages des alentours ; le Frêre Florent Nibel, 59 ans, est aumônier de la prison de Joux-la-Ville, à une vingtaine de kilomêtres de Vézelay – « un accompagnement spirituel fructueux, dans un climat parfois difficile », dira-t-il pudiquement ; le Frêre Marcel ­Cavignac, 82 ans, partage son temps entre la catéchêse et le Secours catholique d’Avallon, où il œuvre notamment auprês des familles de réfugiés « confrontées à des situations administratives sans queue ni tête et profondément révoltantes ».

« Três peu de nouvelles vocations »

Chaque matin, tous se retrouvent à 8 heures dans la petite chapelle romane attenante de la Cordelle, construite au XIIe siêcle, pour la messe quotidienne. Un office auquel se joignent quelques habitués, et des pêlerins s’apprêtant à reprendre, aprês avoir reçu leur bénédiction, la marche vers Saint-Jacques-de-Compostelle ou vers Assise, en suivant le sentier de 1 500 kilomêtres balisé au début des années 2000.

Office du milieu du jour, occupations hors de l’ermitage, accueil des visiteurs, vêpres, complies… Leurs journées se succêdent, au rythme des priêres quotidiennes et de leurs nombreux engagements extérieurs. Pourtant, ils trouvent encore le temps de bricoler et de cultiver le potager. « L’an dernier, l’un de nos frêres en année sabbatique a décidé de se lancer dans la permaculture aprês avoir lu l’encyclique Laudato si’ du pape François et Le Goût de l’autre, d’Elena Lasida », explique le Frêre Marcel, en désignant fiêrement les plants de tomates, d’oignons, de pommes de terre et d’ail qui maillent, en vrac, le fond du jardin. Un travail de la terre qu’ils espêrent développer, « même si cela demande beaucoup de temps et d’énergie ». Partout, dans la « province de France et de Belgique francophone », les forces de l’ordre franciscain s’amenuisent. De 504 profês – religieux ayant prononcé leurs vœux définitifs – en 1995, ils ne sont plus que 160. Leur moyenne d’âge avoisine les 74 ans. « Et il y a três peu de nouvelles vocations », déplore encore le Frêre Marcel.

Mais malgré leur petit nombre - un peu plus loin, le Frêre Marcel Sion, rattaché depuis octobre à la communauté, rend aussi service à la paroisse Saint Loup en Armance, de Saint Florentin- , la présence franciscaine, par son charisme et son humilité, a façonné, au fil des siêcles, la vie de la ville et de ses 480 habitants. « Pourtant, Vézelay, comme toute ville où il y a une forte présence religieuse, reste três sécularisée », tempêre le Frêre Jean-Baptiste. Mais quand il revient passer quelques jours à Vézelay, où lui-même a habité pendant plus de dix ans, três nombreux sont les passants qui se retournent encore pour le saluer chaleureusement.

Source : http://www.la-croix.com