Les Fils de la Charité au cœur des quartiers populaires

Depuis septembre 1972, la Congrégation des Fils de la Charité est implantée à La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Ils officient au cœur des banlieues et des milieux populaires. Jusqu’en 2013, ils résidaient en HLM au plus près de la population sénaquo-dionysienne.


« Nous avons eu tellement d’influence que nous sommes répertoriés sur un plan de RATP », sourit Gérard Marle, prêtre septuagénaire à La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Portable à la main, il montre un plan des grands ensembles du quartier Six-Routes. Le nom des Fils de la Charité est inscrit en lettres capitales sur l’une des barres de la « Cité des 4000 ». Tout un symbole. Et le fruit d’un travail de terrain commencé quarante ans plus tôt au cœur de La Courneuve.

Nous sommes jeudi matin. L’équipe de religieux se réunit une fois par semaine dans le presbytère de l’église Saint-Yves-des-Quatre-Routes, autour d’un café. L’objectif : balayer les grands dossiers de la semaine comme la pastorale du diocèse ou les nouvelles de la congrégation… Chacun rend compte de ce qu’il a vécu les jours précédents. L’équipe composée de quatre religieux – les pères Régis Tillet, Georges Ouensavi, Robert Jourfier et Gérard Marle – vit en communauté dans le presbytère mitoyen à l’église. En 2013, à la demande de l’évêque de Saint-Denis, Monseigneur Pascal Delannoy, les religieux ont déménagé dans ses locaux. La barre d’immeuble dans laquelle ils résidaient est vouée prochainement à la démolition dans le cadre de la réhabilitation de la Ville. Mgr Delannoy souhaitait qu’ils investissent l’ensemble de la ville et ses 40 000 habitants. « La Courneuve est séparée par l’autoroute et la ligne du RER B », précise le Père Marle. Ils vivaient de l’autre côté du périphérique. D’où cette nouvelle implantation géographique.

L’évangélisation dans les milieux populaires

Située sur la commune de La Courneuve, la Cité des 4000 logements a été construite dans les années 1960. Le Père Gérard Marle et trois-prêtres ouvriers s’installent au cœur des H.L.M. en 1972 dans les quartiers Balzac, Debussy et Robespierre. « C’était une période d’effervescence dans l’Église, se souvient parfaitement le Père Marle. Une période post soixante-huitard et post-Vatican II », raconte-t-il. La société bouge, évolue. « La figure du prêtre également. »

À l’image du prêtre-fondateur de la congrégation, Jean-Émile Anizan (1853-1928), les religieux vont dans les quartiers populaires « au milieu du « monde ouvrier » pour soutenir les blessés de la vie ou les précaires », soulève le Père Régis Tillet. « Nous suivions ce que Vidal avait préconisé dans le rapport doctrinal de la Mission ouvrière intitulée : « Naissance et croissance de l’Église dans la classe ouvrière », ajoute le Père Marle.

Le cœur du monde ouvrier

Le choix de la zone d’implantation à La Courneuve et Saint-Ouen est stratégique. Dans les années 1970, « la cité des 4000 posait déjà problème », souligne le Père Marle. La Seine-Saint-Denis est un territoire industriel et ouvrier. « La Cité des 4000 » reloge les rapatriés d’Afrique du Nord. « Cela faisait déjà une dizaine d’années qu’étaient concentrées sur ce Département l’industrie. Ce bassin d’emplois représentait 25 000 personnes. Tous ceux qui revenaient de la Guerre d’Algérie. Nous avons mis toute la misère du monde dans ce Département », rappelle le Père Tillet.

Le Père Gérard Marle se rapproche de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et s’engage à la Confédération nationale du logement (CNL). Son travail est d’être au plus proche de la paroisse. « Nous pensions que les paroisses étaient désuètes et qu’elles ne joignaient pas le cœur du monde ouvrier qui était dans ce département la Confédération générale du travail (CGT) et le Parti communiste français (PCF), explique le Père Gérard Marle. Nous voulions participer à ce mouvement tout en n’y adhérant pas. »

Leur présence dans les banlieues a évolué tout au long de ces années. C’est un autre contexte aujourd’hui. « La population a complètement changé ici. Il y avait la classe ouvrière un peu classique, bretonne, auvergnate qui a laissé place à une classe ouvrière migrante. La classe ouvrière a disparu et le chômage est arrivé assez vite », se désole-t-il.

Vivre en quartier populaire

La Courneuve se démarque par son réseau de tissu associatif. Ils ont tous des engagements en dehors de la paroisse : association d’insertion, soutien scolaire auprès d’enfants Roms, intervention dans le milieu médical ou même participation citoyenne avec la municipalité, ils œuvrent pour le « vivre-ensemble ». « Nous passons le tiers de notre temps en milieu associatif ce qui enrichit la paroisse d’ailleurs », relève le Père Gérard Marle. « C’est notre vocation de ne pas être cantonné uniquement dans le service de culte mais d’être mêlé à à la population », ajoute le Père Georges Ouensavi. « Ces engagements respectifs nous obligent à parler avec des personnes non croyantes. »

En 2011-2012, Monseigneur Delannoy participe à des visites pastorales dans une quinzaine de cité de Seine-Saint-Denis. Il réfléchit à des solutions pour favoriser la proximité « aux périphéries ». De ces visites naissent les petites fraternités. « Il nous pousse à avoir des temps de partage dans les quartiers, précise le Père Robert Jourfier qui aimerait bien instituer des temps dédiés autour d’un café. « De telles initiatives sont compliquées à mettre en place car il faut des points d’appui, c’est-à-dire des amis chrétiens qui habitent les cités et qui peuvent accueillir d’autres résidents. La cohabitation, c’est beau sur le papier mais c’est souvent problématique car il y a des animosités. » Précarité, situation familiale compliquée ou problème de langues sont autant de freins au « vivre-ensemble ». « Dans cette ville-monde, nous travaillons pour le bien commun, précise le Père Tillet. Ce n’est pas facile tant les nationalités sont différentes et où il faut briser l’individualisme. » A l’image du diocèse où coexistent 150 nationalités, La Courneuve accueille tout particulièrement les communautés sikhs et tamouls.

Un travail interreligieux quotidien

Depuis les attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015, les prêtres travaillent la question du dialogue interreligieux. « Le maire a réuni tous les responsables religieux. L’imam était très triste », se souvient le Père Marle. Désormais, le dialogue passe par des échanges mutuels et une réciprocité. Trois réunions annuelles sont organisées entre chrétiens et musulmans. Ils appartiennent au Groupe d’amitié islamo-chrétienne (GAIC), organisateur de la Semaine islamo-chrétienne. Geste symbolique, l’imam de la Courneuve est venu à la fête de Noël. « Mais Il y a forcément des résistances dans la mesure où les chrétiens d’Orient ont immigré de leur pays », soulève le Père Robert Jourfier.

La relève

Les Fils de la Charité à La CourneuveQuarante ans après l’implantation des Fils de la Charité, la philosophie des Fils de la Charité est toujours présente. Trois d’entre eux ont plus de 70 ans. Le Père Georges Ouensavi, le dernier arrivé dans l’équipe vient du Bénin. Il a reçu l’appel de la vocation religieuse à son arrivée en France. « On a apporté notre pierre », relève le Père Robert Jourfier. Pour le père Régis Tillet, la relève viendra désormais de l’extérieur : « L’Église aura toujours besoin de prêtres en tant que pasteur au sein d’une communauté. De nombreuses congrégations religieuses n’ont plus de branches françaises mais continuent de grandir à l’international. Les Fils de la Charité seront toujours là avec le peuple de Dieu qui leur sera confié. »

Source : https://eglise.catholique.fr/