Annulation de l’AG de la Corref : lettre de Sr Véronique Margron, présidente

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. (...) La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire » (GS, 1 ).


Chers amis,

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. (...) La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire » (GS, 1 ).

C’est bien de cela dont il est question aujourd’hui encore, pour nous tous religieuses et religieux en France, partager les angoisses, spécialement de ceux qui peinent le plus et tenter de soutenir les espoirs de tous, espoirs bien craintifs en ces mois. Non seulement nous ébranlent la pandémie et ses conséquences lourdes pour les personnes, pour le pays, pour les libertés, mais nous déchirent aussi les actes iniques de fanatiques qui tuent des femmes et des hommes de culture, de transmission, de paix, de prière. L’attentat de Conflans et ce jour celui de Nice nous meurtrissent au plus profond de notre âme, nous obligeant à aller chercher loin en nous la force du recueillement indispensable, et de la supplication continue pour envers et contre tout demeurer des artisans de paix et de fraternité.
Rappelons plus ardemment encore cette parole du pape François dans Fratelli Tutti, reprenant sa déclaration conjointe avec le grand imam Al-Tayeb du 4 février 2019, « Dieu n’a besoin d’être défendu par personne et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens ». (n° 285)

Notre Assemblée de Lourdes était prête, avec des mesures sanitaires et de protection très importantes, spécialement pour la tenue des assemblées et pour les repas. Et j’en remercie très chaleureusement le sanctuaire de Lourdes et la direction de l’Accueil Notre Dame. Elle était prête car tous nos intervenants étaient au rendez-vous, et l’ensemble des questions statutaires étaient parfaitement ordonnées pour être présentées à notre assemblée. J’en remercie chaleureusement les intervenants ainsi que le secrétariat général, notre chargée de communication et tout le personnel de la rue Duguay-Trouin pour ce gros travail.

Mais voilà. Les décisions de l’État, justifiées par la grave crise sanitaire où nous sommes, imposent que nous restions chez nous. Mais demeurer chez soi ne veut nullement dire s’occuper de soi. Nos responsabilités nous engagent tous les jours au souci d’autrui, au soin de chacune et chacun, autant qu’il est possible, au soutien de la vie religieuse, de la véracité de la suite du Christ dans l’histoire particulière de chacun de nos Instituts.

Partager les espoirs comme les angoisses, c’est encore trouver, tous, comment se faire plus proches, plus solidaires, de celles et ceux qui vont peiner davantage de ce nouveau confinement, en cette période plus difficile de l’automne. Dans les limites réglementaires imposées, je suis sûre que nous saurons, à nouveau, être attentifs autant que créatifs pour soutenir en actes la fraternité.

Notre assemblée ne peut se tenir à Lourdes. Mais nous sommes en train de voir comment vous proposer une bonne partie des réflexions qui étaient prévues. D’ici à la semaine prochaine, nous reviendrons vers vous pour vous faire part de ce que nous mettrons en place, par visioconférence, la semaine du 9 novembre, spécialement au cours des matinées du mardi, mercredi, jeudi et vendredi. Il s’agit de pouvoir marquer un rendez-vous, malgré tout, mais aussi de nous enrichir de ce que les uns et les autres souhaitaient nous partager. Ces modules seront visibles ensuite sur YouTube ainsi que sur le site de la CORRREF (www.viereligieuse.fr), en replay, dans la rubrique AG 2020.

Par contre, nous ne pourrons tenir les assemblées statutaires prévues. Aussi nous reviendrons vers vous, dès que nous aurons les précisions nécessaires, pour vous dire comment nous procéderons.

Comme au printemps, le secrétariat général comme moi-même, nous restons à votre disposition pour toutes demandes durant ce mois de novembre, espérant que les mesures prises suffisent à enrayer suffisamment l’épidémie et son cortège de malheur et de morts.

C’est dans cette attention à tous, à la situation de notre pays et bien au-delà que nous allons fêter la Toussaint, la fête des vivants.
« Heureux », formule en apparence si paradoxale, presque indicible en ces temps, scandaleuse même pour beaucoup devant ces drames. L’entendre alors comme la promesse et l’engagement de notre Dieu à l’égard des femmes et des hommes. Promesse que notre Dieu prend tout avec lui de nos vies, nos larmes et nos deuils, nos joies, nos échecs et nos combats. Nous pouvons alors, cabossés, boiteux, meurtris mais vivants, nous remettre en route. « En marche »…

Profonde fête de Toussaint,
à bientôt de se retrouver d’une manière ou d’une autre, et par visioconférence pour la semaine du 9 novembre.

Dans toute mon amitié,

Sr Véronique Margron, op
présidente

« Il y a des gens que Dieu prend et met à̀ part.
Il y en a d’autres qu’il laisse dans la masse, qu’il ne "retire pas du monde".
Ce sont des gens qui font un travail ordinaire, qui ont un foyer ordinaire ou sont des célibataires ordinaires.
Des gens qui ont des maladies ordinaires, des deuils ordinaires.
Des gens qui ont une maison ordinaire, des vêtements ordinaires.
Ce sont les gens de la vie ordinaire.
Les gens que l’on rencontre dans n’importe quelle rue...
Nous autres, gens de la rue, croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis est pour nous le lieu de notre sainteté́.
Nous croyons que rien de nécessaire ne nous y manque, car si ce nécessaire nous manquait, Dieu nous l’aurait déjà̀ donné. »
Madeleine Delbrêl