Attaque de Nice : édito de Sr Véronique Margron

Encore un jour de deuil. Un jour d’effroi. Un jour de plus, un jour de trop, sans pouvoir comprendre pareille horreur.


En temps de paix, contre un lieu de paix, de recueillement pour qui librement y entre et simplement s’assoit. Contre des femmes et des hommes de paix, simples croyants attentionnés, ne voulant que prier le Dieu de toute bonté qui hait la haine. Le Dieu dont la véritable grandeur se dévoile dans l’abaissement des épousailles avec la condition des hommes, pour n’être élevé que sur une croix.

Nous faudra-t-il graver en nos âmes comme en notre pauvre raison ces mots du pape François dans l’encyclique Fratelli Tutti, reprenant sa déclaration conjointe avec le grand imam Al-Tayeb du 4 février 2019, « Dieu n’a besoin d’être défendu par personne et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens ». (n° 285)
Faudra-t-il, comme pour les dix Paroles de la promesse (Dt 6) les dire à nos fils, les répéter sans cesse, à la maison et en voyage, couché ou levé. Les inscrire sur notre chair.
Nous sommes atterrés. Et nous nous souvenons du prophète Jérémie « Tu leur diras cette parole : Que mes yeux ruissellent de larmes nuit et jour, sans s’arrêter ! Elle est blessée d’une grande blessure, la vierge, la fille de mon peuple, meurtrie d’une plaie profonde. Si je sors dans la campagne, voici les victimes de l’épée ; si j’entre dans la ville, voici les souffrants de la faim. Même le prophète, même le prêtre parcourent le pays sans comprendre. As-tu donc rejeté Juda ? Es-tu pris de dégoût pour Sion ? Pourquoi nous frapper sans remède ? Nous attendions la paix, et rien de bon ! le temps du remède, et voici l’épouvante ! » (Jr 14)
Voici notre supplication, à nous tous croyants de bonne volonté, croyants au Dieu qui ne se laisse posséder par personne. Laisser monter nos pauvres prières, dans le désarroi et la peine sans fond, pour les victimes, leurs familles, leurs proches, les paroissiens de cette église, la ville de Nice, cosmopolite et multi religieuse. Clamer à notre Dieu notre désolation, nos questions abyssales sans réponse, notre douloureuse plainte, notre épouvante. Notre supplication dans les larmes pour demeurer, envers et contre tout artisans d’amitié. Pour ne pas céder au poison du soupçon, de la défiance. Il nous faut chercher loin la force de ce Dieu que nous cherchons et chérissons.

Ce Dieu qui affirme, pour nous chrétiens,
« heureux les doux ils recevront la terre en héritage.
Heureux les affligés, car ils seront consolés.
Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu. » ( Mt 5, 3-12)

Cette douceur n’est pas mièvrerie, mais un combat quotidien, obstiné ; nous sommes remplis de chagrin mais debout pourtant toujours et notre engagement pour la paix ne passera pas et demeurera entier avec tous les hommes et les femmes de simplement bonne volonté désirant vivre dans un monde commun.

Nous sommes tous ce soir d’infinie tristesse et de colère tout au-dedans, les enfants de Job, dans le deuil et la cendre. Mais à tous les monstres, au chaos de la destruction et de la violence, nous croyons que le Dieu unique intime cet ordre « ça suffit ! ». Non que cette pensée soit magique, aucunement. Mais elle est ce qui nous relève pour continuer à agir et à croire, envers et malgré tout, en notre humanité, car un jour -oui – de larmes et de deuils il n’y aura plus. Enfin.

29 octobre 2020,
Véronique Margron, op.
Présidente de la CORREF