"Responsables pour l’avenir"

Edito de Sr Véronique Margron, sur RCF


Un enfant pétrifié. Un enfant qui demeure pétrifié au long des années. Voilà le symbole intense déposé à Lourdes, grâce à la photo prise par une personne victime. Portrait de l’enfance martyrisée dans le silence et l’invisibilité de l’Église.
Il tient en sa larme les décisions fortes et claires des évêques de France il y a quelques jours. Il convoque aujourd’hui la prochaine assemblée générale des religieuses et religieux qui se tiendra à Lourdes du 15 au 19 novembre, intitulée « responsables pour l’avenir ».
En avril dernier, nous avions reconnu « la responsabilité collégiale et spirituelle de l’ensemble de la vie religieuse. » Aujourd’hui il faut la traduire en actes.
Le rapport de la CIASE est sans concession car la réalité l’est. Sobre, il laisse voir avec plus de netteté encore l’ampleur du désastre, des vies volées, des stratégies d’évitement, de contournement, parfois de complicité. Il faut se laisser habiter, hanter par les vies brisées et des enfances arrachées – y compris chez les adultes rendus vulnérables. Laisser retentir les mots sans euphémisme, sans détour comme la parole des victimes qui s’est extirpée au dehors, devenant ainsi témoin. « Ça continue toute la vie en fait, c’est comme Tchernobyl, on met ça sous un sarcophage mais cela continue. » (p.53) Oui, la parole subjective, au plus singulier de l’histoire, fait vérité.
Il est indispensable d’entrer dans les arcanes de ce qui a valu les enfers pour tant de victimes, des enfers de désolation. Et que le troisième jour peut mettre la vie à venir. Ou ne jamais poindre.
Aider chacun, selon sa place, à prendre la mesure de l’impensable pour ne pas nier, oublier.
Regarder en face, avec honte et sans plus de faux-semblants, ce terrifiant envers de l’Église, de la vie religieuse en son sein.
Responsables pour l’avenir c’est signifier pour de vrai, en actes plus qu’en paroles, « plus jamais ça ».,
Passer au crible tout ce qui doit être examiné et qui, jusqu’à hier, a facilité la stratégie des agresseurs : déni, silence, secret mal situé, défense de sa réputation, non-perception des « signaux faibles »… Immense chantier. Passer au tamis, pas sans celles et ceux dont le savoir est dans leur peau et leur âme, dans l’élaboration, souvent si puissante, qu’ils ont faite de la brisure subie et de ses hautes vagues sur leur existence.
Responsables pour l’avenir. Alors, humblement et pauvrement, devant notre dette insolvable, pourtant réparer, faire justice pour retisser le temps rompu par le mal.
Responsables pour l’avenir, c’est à travers les mutations et les conversions profondes auxquelles nous assignent ce désastre, son cortège de morts et le rapport de la CIASE, affirmer qu’il incombe à notre génération de mener dans la foi un labeur de justice et de vérité, afin que nos communautés soient véritablement à profondeur d’humain, du Christ fait chair.
Merci de penser à nous.
Véronique Margron, op