La Croix : De nouveaux visages de vie religieuse dans les diocèses

Jusqu’au 28 mars, La Croix explore les mutations du paysage ecclésial et interroge les changements à venir. Aujourd’hui, la vitalité des monastères et des communautés religieuses, septième volet de notre série « L’Église de France se transforme ».


Elles sont trois, de trois congrégations religieuses différentes : une Fille du Saint-Esprit, une autre de Jésus de Kermaria et une sœur de l’Alliance. Toutes trois, après avoir assumé des responsabilités dans leurs communautés respectives, partagent aujourd’hui la prière et la vie communautaire dans le village du Donjon, dans l’Allier. Cette expérience « Inter Congrégations » originale, l’évêque de Moulins, Mgr Laurent Percerou, s’est battu, appuyé par la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), pour la faire naître et, ainsi, maintenir la présence de l’Église dans ce secteur hyper-rural. « Notre douleur est de voir ces communautés fermer dans nos diocèses, alors que leur présence est un témoignage incontournable », explique-t-il.

La chute des vocations de prêtres diocésains par ailleurs fait encore davantage ressortir l’ampleur de la perte. Car ces nombreuses congrégations religieuses apostoliques, en particulier féminines, qui aujourd’hui vieillissent, se regroupent ou disparaissent inexorablement, se sont déployées aux XIXe et XXe siècles sur tout le territoire, assurant un rôle considérable dans l’annonce de la foi, l’enseignement ou la santé jusque dans les plus petites communes…

Respecter leur autonomie et leur « gratuité »
Comment la vie religieuse peut-elle être encore, aujourd’hui, une ressource pour les diocèses, sans perdre son identité ? « Tous sont intéressés par des religieux pour assurer le maillage paroissial mais les communautés ne peuvent être là pour boucher des trous, il faut évaluer le charisme propre de chacune », relève le provincial des spiritains de France Marc Botzung, également vice-président de la Corref.

Les évêques en sont bien conscients. En particulier pour les monastères, qui rayonnent, bien au-delà de leur territoire. Si ces pôles spirituels participent à la vie diocésaine pour l’accueil de groupes, le recueil des intentions de prière, l’accompagnement spirituel et les retraites, les évêques sont soucieux de respecter leur autonomie et leur « gratuité ». « Ils ont des prêtres alors qu’on en manque, mais ce n’est pas leur vocation d’aller célébrer les sacrements dans les paroisses », rappelle Mgr Jean-Marc Eychenne, évêque de Pamiers. « Il faut davantage les considérer comme des signes prophétiques, complète Mgr Pascal Roland, évêque de Belley-Ars, également président de la commission épiscopale pour la vie consacrée. Alors que notre société cherche de nouveaux modes de vie, leur sobriété est un signe fort. Et leur vie communautaire nous dit que la fraternité est possible. »

« Imaginer un autre type de présence »
Sans trahir leur spécificité, on pourrait toutefois être plus inventif dans la « mise en commun des talents » pour « imaginer un autre type de présence », estime pour sa part le frère Jean-Pierre Longeat, ancien abbé de Ligugé, aujourd’hui président de l’Alliance Inter-Monastères.

« Le modèle des grandes communautés vivant ’’en parallèle’’ des Eglises locales existe moins qu’autrefois. La plupart des monastères ont moins de membres et sont plus soucieux d’une communion avec les réalités qui les entourent », constate-t-il. « Le modèle des grandes communautés vivant ’’en parallèle’’ des Églises locales existe moins qu’autrefois. La plupart des monastères ont moins de membres et sont plus soucieux d’une communion avec les réalités qui les entourent », constate-t-il. Le père Longeat rêve aussi de pôles de ressourcement spirituel et missionnaire qui allieraient une communauté monastique à des prêtres diocésains rayonnant sur le territoire et des permanents laïcs avec une dimension d’action sociale et/ou culturelle. De beaux exemples existent déjà : les prémontrés de Conques, la communauté de Taizé, la petite fraternité missionnaire de prêtres, religieuses et laïcs de Saint-Martial à Angoulême…

Inattendues, de nouvelles formes de vie consacrée se font également jour. Depuis quelques années, les évêques voient ainsi surgir dans leurs diocèses des demandes, émanant essentiellement de femmes engagées dans la vie professionnelle qui, sans se connaître, aspirent à vivre une même forme de vie consacrée : enracinée dans leur diocèse, au service de la mission, en lien avec d’autres - prêtres et laïcs -, dans une vie fraternelle qui ne soit pas pour autant communautaire… Elles seraient en moyenne deux ou trois par diocèse. À Pamiers, territoire de « chercheurs spirituels », Mgr Eychenne en compte même six ou sept, qui, pour certaines, ont eu par le passé une vie de couple, voire un enfant, mais sont « rattrapées » par un désir de consécration à Dieu qu’elles portaient déjà dans l’enfance ou né d’une expérience spirituelle.

Un renouveau inattendu de la vie consacrée ? Le phénomène est en tout cas tel que les évêques ont mis en place une session annuelle pour les rassembler - la prochaine aura lieu en juillet - et un groupe de travail, piloté par Mgr Yves Le Saux, évêque du Mans, pour faire droit à cette réalité qui se cherche et lui donner un cadre le plus adapté possible. « L’Ordre des vierges consacrées a été rétabli par Vatican II mais ces femmes ne se reconnaissent pas immédiatement dans le modèle actuel, relève-t-il. Leur intuition porte une coloration propre aux besoins d’aujourd’hui. Il ne s’agit surtout pas de les faire rentrer dans des cases déjà existantes mais d’abord de les écouter. »

Et les communautés nouvelles ?

Les communautés nouvelles relèvent pour beaucoup du statut d’associations privées de fidèles. Mais elles comptent en leur sein un grand nombre de personnes consacrées et certaines sont membres de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref). Observées avec distance par le passé par les évêques, elles ont su trouver leur place dans la plupart des diocèses. Les dérives que certaines ont traversées ont toutefois renforcé la vigilance des évêques. « Rome est très attentif et nous demande un surcroît de vigilance pour qu’elles grandissent bien », souligne Mgr Laurent Percerou, à Moulin.

Source : https://www.la-croix.com