AG mai 2021_COMMUNIQUE DE PRESSE à l’issue des deux jours d’Assemblée générale de la Conférence des religieux et religieuses de France

« Prendre toute notre part, afin d’alléger un peu le poids du fardeau des victimes »


L’assemblée générale de la CORREF réunie les 19 et 20 avril 2021 a une fois encore travaillé sur les abus d’autorité et les atteintes sexuelles commis par des membres des instituts religieux. Hommes et femmes, de diverses cultures, de plusieurs générations, soucieux de la dimension internationale de beaucoup de nos congrégations, nous avons vécu cette assemblée dans un climat de gravité, mais aussi de liberté de ton des uns et des autres et d’échanges nourris. La vie religieuse en France dit avant tout sa grande souffrance devant ces drames, devant des personnes dépouillées de l’intégrité de leur vie.

La date de cette assemblée est due à la volonté de nous préparer à la réception active du rapport de la CIASE, de ses conclusions, de ses préconisations.
Les personnes victimes présentes à nos travaux nous ont fait mesurer, une fois de plus, combien est essentielle la confrontation à la réalité de ce qu’elles ont subi, à leurs questions abyssales. Elles restent nos maîtres pour mesurer le chemin qu’il nous reste à parcourir pour transformer ce qui doit l’être afin que nos communautés redeviennent les maisons sûres qu’elles auraient toujours dû être, des témoins d’un Dieu qui a pris parti pour les plus fragiles et n’en exclut aucun.
Nous ne serons jamais quittes avec cette réalité. Notre âme demeure - et doit rester - entamée, meurtrie par le mal subi par les victimes et qui vrille au-dedans l’existence. Leur savoir d’expérience nous apprend une langue, une grammaire de la vérité, des mots ajustés, afin que nous regardions en face les crimes de la fraternité que sont les abus spirituels, de conscience, de pouvoir et les atteintes sexuelles. Nous sommes conscients que nous ne pouvons avancer sans les personnes victimes. Pas davantage sans les compétences extérieures indispensables, pas sans l’Église tout entière.
Prendre toute notre part, afin d’alléger un peu le poids du fardeau des victimes – y compris celles qui sont dans nos instituts - telle est notre orientation fondamentale.

Pour ce faire, notre assemblée a adopté deux résolutions, dans la préparation à nos décisions de notre assemblée de novembre 2021, après le rapport et les préconisations de la CIASE :

1. La justice réparatrice
S’engager plus avant dans une démarche de justice réparatrice qui met au cœur des préoccupations les personnes victimes. Les abus et les atteintes sexuelles sont indissociablement individuels et collectifs et institutionnels. S’ils ont été commis par des auteurs singuliers, trop souvent ils n’ont pas été signalés, poursuivis, arrêtés. Pire parfois ils furent cachés, voire rendus possibles par un système institutionnel – rapport à l’autorité, secret, « théologie », « spiritualité », idéalisation, surplomb.
Le rapport de la CIASE marquera le commencement concret de ce processus. Reconnaissant les faits et leurs causes, la vie religieuse en France aura à cœur de manifester sa honte pour ces dévoiements et la trahison des plus fragiles et de l’évangile lui-même.
Elle continuera de prendre toutes les mesures nécessaires pour que de tels agissements – et le fait que trop souvent ils soient restés impunis - ne puissent à nouveau se perpétuer. Nous sommes responsables de l’avenir de la vie religieuse.
Enfin elle assumera l’obligation de prendre en charge les soins et de participer financièrement à la réparation de ce qui peut être réparé de l’irréparable.

2. La responsabilité des Instituts et de la vie religieuse.

La Corref reconnaît la responsabilité collégiale et spirituelle de l’ensemble de la vie religieuse. D’une manière ou d’une autre, nous avons manqué, y compris par méconnaissance, à la solidarité absolue qui nous lie à toute personne abusée, violentée, réduite à l’état d’objet, niée dans sa dignité.
Nos instituts masculins et féminins ne portent pas tous la même responsabilité dans les actes commis, ni dans les systèmes défaillants ou déviants. Mais tous nous nous engageons à porter cette responsabilité essentielle de solidarité, qui n’enlève rien aux fautes que certains doivent assumer.
Les responsables des Instituts religieux où des abus et des atteintes sexuelles ont été commis par leurs membres s’engagent à les reconnaître en vérité.
Les dommages subis donneront lieu – selon des modalités précisées lors de l’assemblée de novembre 2021- à une prise en charge des soins engagés par les personnes victimes et à une réparation financière.
D’ici à l’automne, il nous revient de conscientiser plus encore les membres de nos congrégations et communautés afin que ce soit véritablement le corps de la vie religieuse qui soit impliqué. En même temps le travail soutenu avec la conférence des évêques de France va se poursuivre, c’est toute l’Église catholique en France qui est concernée.

Sr Véronique Margron, op, Présidente