Confinement : témoignages des religieux et religieuses (diocèse de Poitiers)

Comment les communautés religieuses vivent-elles cette période de confinement ?
Nous avons reçu le témoignage de trois communautés qui nous faut écho de leur quotidien


Le confinement à la Grand’Maison
Nous sommes 12 sœurs dont 8 en EHPAD.
Comme tous et toutes nous sommes confinées, en particulier les sœurs de l’EHPAD que nous ne voyons plus depuis le 11 mars, respectant à la lettre le « restez à la maison, gardez les distances ». Nous essayons de rester positives et solidaires. A l’heure où nous écrivons tout va bien.
Plus de célébrations eucharistiques, ni de « 24h d’adoration » dans notre chapelle fermée à toute personne extérieure. Nous prenons ce temps qui nous est donné pour intensifier notre ministère d’adoration réparatrice. Religieuses des Sacrés Cœurs et de l’Adoration, nous présentons au Cœur de Jésus la situation de notre monde, de notre planète, spécialement ceux qui souffrent de cette pandémie et qui en meurent seuls à l’hôpital ou chez eux.
C’est un temps privilégié pour nous tenir informées, avec discernement, de la réalité. Par la chaîne KTO, source de vie, de foi et d’espérance, nous suivons les conseils du pape François et de la CEF et essayons de les mettre en application. Nous avons pu suivre la belle fête de l’Annonciation et la prière du pape sur la place Saint Pierre avec la bénédiction urbi et orbi. Toujours par le biais de KTO, nous chantons les Vêpres et participons à l’Eucharistie célébrée chaque soir à St Germain l’Auxerrois et celles qui le souhaitent suivent le chapelet prié à la grotte de Lourdes.
Une certaine détente existe comme regarder un film ou lire, il y a aussi le jardinage car le printemps n’attend pas. Nous téléphonons régulièrement aux sœurs de l’EHPAD pour garder le contact, pour les encourager et tout simplement leur souhaiter un « bon appétit de confinement ».
Cette semaine, nous nous sommes spécialement rappelé l’anniversaire de la mort de notre fondateur, le Père Coudrin, qui est, lui aussi, resté confiné six mois dans un minuscule grenier, à la Motte d’Usseau pendant la Terreur en 1792 et qui en sortit pour évangéliser Poitiers et les environs, au risque de sa vie. Belle occasion de revivre quelque chose des origines de notre Congrégation.
La communauté de la Grand’Maison

Confinement chez les Dominicaines
La communauté est au complet – onze sœurs – ce qui est rare en temps habituel, avec le travail, les cours, les rencontres dans les diverses aumôneries ou services. Nous nous partageons les tâches du quotidien et nous envisageons même un grand ménage de printemps. Les répétitions de chants pour les offices de la semaine sainte auront rarement été aussi soignée ! Nous préparons aussi avec attention les offices de la Semaine Sainte et tout particulièrement les Ténèbres du Triduum.
« Contempler, et partager le fruit de notre contemplation « 
Voici comment nous essayons de mettre en œuvre la devise de l’Ordre dominicain : le prochain, notre première mission. Dans le quartier Saint-Hilaire, par téléphone, nous participons au relais s’assurant que des personnes seules ont le nécessaire. Le 25 mars, nos bougies brillaient à nos fenêtres, tandis que les cloches sonnaient. Et chaque soir, nous applaudissons les soignants, occasion de saluer les voisins qui participent au même geste. Pour nos communautés de sœurs aînées, nous communiquons des petites vidéos. Vive tout moyen de communication qui permet de rejoindre nos familles jusqu’aux pays les plus lointains – car nous sommes une communauté internationale – L’inquiétude demeure, mais il est apaisant d’entendre la voix des siens.
Notre prière se fait intense et confiante. La neuvaine proposée par Retraite dans la Ville nous a rassemblées chaque jour. La messe ou le chapelet télévisé sont suivis aussi : KTO c’est bien. Nous apprécions aussi beaucoup les newsletter de la paroisse de La Trinité qui nous permettent de rejoindre ceux avec qui nous avons l’habitude de prier en paroisse.
Mais construire, et vivre dans notre oratoire ces temps forts de l’année liturgique s’est fait sentir comme un vrai besoin actif et non passif devant un écran. Une fois par semaine, nous célébrons la liturgie de la parole, avec les textes de la messe du jour.

Témoignages des Filles de la Croix à la Puye
« Nous portons le nom de Filles de la Croix. Ce nom dit notre enracinement dans le mystère du Christ.
Dans le service qui nous est demandé, dans l’inactivité, la maladie, nous avons à découvrir jour après jour notre propre mission d’annoncer la Bonne Nouvelle « ( Règle de vie)
Jour après jour
Dans l’au-revoir à notre Sœur Geneviève, 96 ans .
Sa beauté, son courage, son ouverture au monde, son dynamisme jusqu’au bout demeurent dans notre mémoire et notre cœur !
Trois sœurs l’ont accompagnée lors de sa sépulture…
Dans sa tombe, les messages écrits par chacune des sœurs de la communauté, des tulipes…
Tant de familles vivent sans pouvoir dire un dernier au-revoir à leur proche !
Dans la proximité à l’Ephad touché dans la personne des soignants et des résidents.
Sur le parking, veille la statue de Jeanne Elisabeth, invitant à regarder Celui qui nous entraîne dans sa Pâques. Ses deux mains posées sur les enfants, elle nous parle de proximité, de gestes de tendresse.
Parking rempli de voitures des personnes qui continuent leur service. Dans le confinement comment leur dire notre solidarité ?
Sur les pare-brise, nous déposons simplement un message : « Merci pour ce que vous êtes, ce que vous faites. Merci pour votre présence, votre courge, votre dévouement. Jeanne Elisabeth veille sur vous !
Nous prions pour vous. Dites aux résidents que nous prions pour eux.
Quand cela se présente, c’est un petit signe aux personnes des pompes funèbres et une prière pour celui ou celle qui nous quitte, pour la famille !
Dans la prière avec les catéchumènes et leur famille « Je prends au sérieux l’engagement de mon baptême disait Jeanne Elisabeth »
Le 7 mars, les jeunes catéchumènes étaient confiés à la prière de la Communauté des Filles de la Croix. Leur photo, leurs noms dans l’oratoire nous rappellent leurs visages, les visages de leurs accompagnateurs… du diocèse.
Nous les confions à sainte Jeanne Elisabeth et saint André-Hubert.
Par courrier, nous leur manifesterons notre proximité et notre prière… Jusqu’au jour où ils recevront ce baptême tant désiré !
Dans une communion universelle
Universalité signifiée, vécue simplement, pauvrement dans la communauté internationale. Les visages de Côte d’Ivoire, du Brésil, d’Argentine donnent chair à la souffrance de tous les peuples exposés à la douleur, à la précarité, à la crainte pour les santés, pour le lendemain. Notre prière se nourrit des nouvelles qui nous parviennent à travers les communautés ecclésiales, les situations sociales… Elle se nourrit de l’Eucharistie vécue en communion avec l’Eglise d’Aparecida au Brésil, l’Eglise de Côte d’Ivoire, en accueillant ensemble l’homélie des prêtres d’une paroisse paroisse d’Abidjan où sont les Filles de la Croix.
Communion de prière et d’espérance avec les familles, le cœur serré par tant de situations crucifiantes proches ou lointaines. Communion dans la foi et l’espérance !
Les travaux enfin terminés, la communauté internationale appelée pour vivre l’accueil et la vie du pôle spirituel avait hâte de commencer sa mission. Elle la vivra autrement entrant avec le monde dans le silence du Samedi saint. Avec toutes les Filles de la Croix nous laissons les évènements parler en cette année ou nous fêtons le bicentenaire de l’arrivée des premières sœurs à La Puye dans la joie et le dénuement !
Le thème qui nous porte cette année : le déplacement ! Fécondité de Pâques !
Nous Continuons à vivre les liens avec les jeunes et les amis de tous horizons par des temps de communion fraternelle. Tous les mercredis nous nous donnons rendez-vous pour un temps de prière ensemble que les outils de communication permettent.
« Annoncer ainsi le Salut qui nous vient par la Croix, témoignant de la Présence de Dieu Trinité au milieu des hommes « ( Règle de vie)
Puisse l’Esprit du ressuscité nous garder en éveil, Qu’Il continue à inspirer à chacun le geste fraternel, la parole qui console, le silence qui communie

Confinement à l’Abbaye Saint-Martin de Ligugé
Nous sommes tout d’abord conscients du nombre de personnes qui souffrent autour de nous parce qu’elles sont atteintes par le Virus, parce qu’elles sont confinées chez elles, seules ou pas et que cela commence à peser fortement sur le lien familial parfois. Combien souffrent parce qu’elles ne peuvent plus rendre visite à leur famille, leur parents, grands-parents, amis âgés en EHPAD et bien sûr tous ceux qui ne peuvent plus se rendre dans leur paroisse ou leur Abbaye pour prier et vivre des Sacrements.
A l’Abbaye, le confinement pourrait paraître normal. Eh bien non. Les moines bénédictins, plus certains que d’autres , sont habitués à sortir pour enseigner, travailler etc..Il a donc fallu s’habituer pour les uns comme pour ceux qui ne sortent presque jamais de vivre ensemble. Grâce à Dieu, la maison et le jardin sont grands et permettent de respirer sans être trop les uns sur les autres ; nous sommes 20 confinés à l’Abbaye. Le Potager reprend vie ; les poules aussi !
Nous sommes plus espacés les uns des autres dans les stalles et respectons le ‘mètre’ entre nous le plus souvent possible en rappelant les consignes d’hygiène. Et nous avons déposé un peu partout des gels hydro alcooliques. Nous nous habituons plus encore au silence à l’extérieur, sans train, sans voiture dans le village…
Entre nous, moines, La CMF (Conférence Monastique de France) nous permet de savoir si les monastères sont touchés par le Virus et ce qu’ils ont mis en place pendant ce Temps qui, nous l’espérons, ne sera pas trop long. Nous envisageons ainsi alors qu’un certain nombre de paroisses le font et déjà quelques Abbayes, la diffusion des offices par vidéo en direct live ! Nous sommes en lien avec le Père Thierry de Mascarel et tous les fidèles qui sont connectés entre eux par mail avec la Paroisse Saint Martin en Poitou (prières, échanges, commentaires, lectio), chaque jour !
Voilà,
Belle fin de Carême à tous en ce Temps qui reste néanmoins favorable. Nous n’avons jamais autant vu de messes, neuvaines ou autres propositions de prières proposées sur Internet et les réseaux sociaux. C’est beau.
En grande Communion avec vous tous, vos proches, vos familles, vos amis. Que la Lumière de Pâques illumine chacun,
Frère Christophe, Monastère de Ligugé

Confinement à l’abbaye des Bénédictines de Prailles
Les sœurs bénédictines de Prailles dans le sud Deux-Sèvres, avec les sœurs de leur congrégation ont mis en place depuis samedi dernier, une Toile contemplative…
Tisser ensemble une toile contemplative, pour vivre ce confinement » main dans la main » comme un temps de ressourcement pour Accueillir le Christ dans nos lieux de confinement… avec une newsletter, et des publications sur le site
Nous vivons une période de confinement inconnue qui peut faire peur. Personne ne sait combien de temps cela va durer.
Cette proposition voudrait avant tout contribuer à ce que ce moment devienne un vrai temps de grâce en solidarité. Essayons de nourrir notre intériorité en nous ouvrant aux autres.
Partageons ce que ce temps nous fait vivre. Traversons ensemble cette épreuve. Ouvrons une nouvelle page de l’histoire de notre maison commune.
Nous vous proposons :
– Le samedi la méditation de l’Evangile du dimanche sur le site et un ou deux gestes concrets bénédictins
– Le mercredi, une méditation s’inspirant de la tradition bénédictine ou de l’encyclique du Pape François Laudato si … et une ouverture à la contemplation…
Restons encordés dans la prière et la compassion
Sœur Marie et toutes les sœurs de la Congrégation

Confinement au monastère de l’Abbaye Sainte-Croix à Saint-Benoît
C’est sous la forme d’un petit poème (2 en 1 !…) que je réponds à votre demande, et dire ce que m’inspire la situation mondiale créée par ce fameux invisible virus.
CO : comme COMMUNION
VIE : celle que nous allons chanter avec allégresse et foi renouvelée à Pâques !
Très fraternellement.
Soeur Martina