Commission Sauvé : « Nous sommes toujours à l’écoute des victimes »

Président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, Jean-Marc Sauvé explique comment le travail d’audition des victimes se poursuit. La période de confinement, mis en place pour limiter l’épidémie de coronavirus, retardera la restitution du rapport début 2021.


La Croix : On imagine que l’obligation de confinement doit perturber le travail de la commission sur les abus sexuels dans l’Église que vous présidez. Comment fonctionne-t-elle dans ces conditions ?

Jean-Marc Sauvé : Comme l’ensemble des institutions, la commission s’adapte aux règles sanitaires de confinement, ce qui ne nous empêche pas de poursuivre en partie le travail. Nous avons évidemment suspendu et ajourné les rencontres publiques : nous devions être à Lyon le 17 mars, deuxième jour de confinement. Nous ne savons pas encore si les réunions prévues à Lyon, Dijon, Rouen et Aix-en-Provence pourront avoir lieu en juin ou à la rentrée de septembre.

Mais la mission d’écoute des victimes et de collecte des témoignages se poursuit (1). En fait, en raison de l’actualité qui occupe tous les esprits, et depuis le 15 mars, nous notons une baisse sensible du nombre d’appels, comme c’est le cas pour tous les numéros d’appel sauf en matière de santé.

Où en est la collecte des témoignages des victimes ?

J.-M. S : Nous avons reçu plus de 5 000 appels depuis l’ouverture de la ligne. Ces jours-ci, nous pouvons aussi poursuivre la collecte et l’analyse des questionnaires détaillés : 1 400 formulaires ont été remplis et renvoyés à notre opérateur, et 122 très précisément sont actuellement en train d’être renseignés. Plus de deux cents auditions de victimes ont eu lieu, réparties en 70 entretiens de recherche et plus de 130 entretiens avec des membres de la Ciase.

Ces entretiens qui ont jusqu’alors été conduits en face-à-face sont suspendus. Seuls quelques-uns pourront être menés en visioconférence, mais à titre exceptionnel. Nous préférons en effet être en présence des personnes qui acceptent de témoigner, alors qu’elles demeurent profondément blessées par les abus qu’elles ont subis et qu’elles ont le sentiment que leur vie a été brisée ou gravement compromise. Ces personnes méritent toute notre attention et notre sollicitude.

Le travail comporte aussi une part d’enquête sur les rouages de l’Église depuis 1950 et la gestion des abus sexuels.

J.-M. S : Les conférences téléphoniques et visioconférences permettent de poursuivre normalement les missions des groupes de travail, de réunir la commission en séance plénière ou encore d’auditionner les experts, médecins, psychiatres, sociologues. L’exploitation des données collectées progresse aussi, mais la collecte des documents et la conduite des entretiens sont perturbées : car elles nécessitent généralement des déplacements, la rencontre de témoins et elles impliquent aussi un travail d’enquête dans les archives de l’Église, de la justice, des services de police, etc. Certaines enquêtes externes qui peuvent éclairer le travail de la Ciase risquent, elles aussi, de prendre du retard.

Votre mission débouchera sur un rapport : la conclusion de vos travaux ne risque-t-elle pas d’être retardée par les effets de la pandémie ?

J.-M. S : Nous ne sommes ni à l’arrêt, ni en fonctionnement normal. Il est difficile, au bout de quinze jours de confinement, de parfaitement imaginer les mois qui viennent, mais l’achèvement de nos travaux pourrait être retardé d’au moins deux mois. Le calendrier initial de deux années, fixé par la Conférence des évêques de France et la Conférence des religieuses et religieux de France, était déjà extrêmement tendu.

Notre rapport pourrait être prêt à la fin du deuxième semestre de 2021 et non plus au début du deuxième trimestre, mais toute prévision est à ce stade vraiment prématurée. Plusieurs membres de la Ciase ont été atteints par le Covid-19, mais ils se sont rétablis et ils ont pu participer à la dernière séance plénière en visioconférence, vendredi 27 mars. L’important est de rester toujours à l’écoute des victimes.

Recueilli par Christophe Henning

Écoute 7 jours sur 7 de 9 heures à 21 heures par téléphone au 01.80.52.33.55. Par mail : victimes@ciase.fr Par courrier : Service CIASE – BP 30132 – 75 525 Paris cedex 11

Source : https://www.la-croix.com

Photo : Jean-Marc Sauvé, président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église.
OLIVIER DONNARS/CIRIC

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