À Lyon, les franciscains s’unissent pour la « mission » (La Croix)

Frêres mineurs franciscains, capucins et conventuels vivent jusqu’à dimanche 26 novembre une semaine de mission à Lyon. Une premiêre.
Cinq siêcles aprês la division en plusieurs branches du premier ordre de la famille franciscaine, ils vont à la rencontre des autres et d’eux-mêmes.


Un moineau s’est perché sur la spatule du crêpier. Un homme s’approche du jeune employé œuvrant derriêre le stand ambulant. « Nous suivons les oiseaux, comme saint François », se présente avec humour le frêre Raphaël, qui bat les pavés du Vieux-Lyon, comme une douzaine de religieux franciscains, en mission entre Saône et Rhône tout au long de la semaine. Certains passants tiquent sur l’habit de ces hommes chaussés de sandales, l’un se demande même « si tout cela est bien catholique ». Pourtant, les franciscains sont reconnaissables entre mille, avec la corde nouée qui pend le long de leur manteau. Encore que certains peuvent s’y perdent, entre les différents habits des religieux avançant deux par deux. Manteau brun ou gris, capuchons arrondis ou capuches pointues rabattues dans le dos signalent la branche à laquelle sont rattachés les frêres franciscains (160 religieux en France), capucins (120) et conventuels (25).

C’est la premiêre fois qu’une telle mission commune aux trois branches est organisée. « La mission consiste avant tout à rencontrer et écouter l’autre », rappelle le frêre Éric Bidot, ministre provincial des capucins. Y compris ses frêres religieux, cinq siêcles aprês la bulle papale actant l’existence de plusieurs branches chez les suiveurs du « poverello » d’Assise (lire repêres). Aujourd’hui, si les responsables provinciaux échangent réguliêrement, c’est rarement le cas des frêres, qui, pour beaucoup, font connaissance à Lyon, en écoutant leurs témoignages respectifs, livrés au matin, devant les élêves de l’établissement Sainte-Marie. Le grand jubilé, qui avait rassemblé des milliers de frêres des trois branches pour célébrer les 800 ans de la fondation de l’ordre, en 2009, avait bougé les lignes. « Aujourd’hui, le pape François demande aux trois ministres généraux combien de temps les franciscains vont demeurer séparés », rappelle frêre Michel Laloux, ministre provincial des frêres mineurs franciscains.

La mission « Fraternels dans la ville », entamée lundi, constitue « un nouveau pas » vers l’unité, explique-t-il, insistant sur « la profondeur de notre spiritualité commune. Avant de parler structure, nous voulions vivre quelque chose d’essentiel entre nous », poursuit le provincial. « D’autant que la mission est três proche de nos sources franciscaines », glisse frêre Boris Barun, franciscain rompu à l’exercice. Il lui arrive de partir plusieurs semaines durant « sans argent, sans nourriture, entiêrement dépendant de la Providence. Les gens perçoivent que nous mendions d’abord la beauté d’une rencontre. Et ils partagent ce qui fait leur vie, les événements joyeux comme, plus souvent, les événements difficiles. Ils sont heureux de se confier, car ils ont peu d’autres occasions de parler d’eux-mêmes. » C’est ce que les franciscains vivent cette semaine.

« Un style de vie fraternel, pauvre, dans le monde, et missionnaire »

Ils prennent le temps d’écouter. Avant, s’ils en ressentent le souhait chez leurs interlocuteurs, de proposer de prier ensemble. Comme le fait frêre Jack Mardesic, conventuel bruxellois assis en tailleur aux côtés d’une jeune femme en errance. « Ce n’est pas une nouveauté pour moi, dit ce frêre originaire d’Australie. J’ai déjà vécu des missions avec des franciscains d’autres branches, en Italie. À cette occasion, j’ai touché de prês notre spiritualité commune, en menant un style de vie fraternel, pauvre, dans le monde, et missionnaire. Tout cela est três franciscain ! »

Le provincial des frêres mineurs approuve. Ce jour-là, il fait équipe avec frêre Emmanuel Auréjac. Barbe fournie et bonnet tricoté en laine couvrant ses cheveux courts, le capucin a l’habitude d’être interpellé sur le chemin descendant du couvent au centre-ville de Bastia, dont il dessert la paroisse. « J’essaie de partir en avance pour prendre le temps de la rencontre. » Cette fois, sur les berges du Rhône baignées par un superbe soleil couchant, c’est lui qui engage la conversation. Avec « un baptisé, qui s’est tourné vers le bouddhisme », résume-t-il, três touché aprês une demi-heure de discussion « sur la vie spirituelle, ou sur l’accueil des gens qui viennent frapper aux portes des temples ou des églises. »

De son côté, le frêre Michel Laloux s’est assis à côté de Nasser, un Algérien fumant seul sa cigarette, les yeux fixés sur le fleuve. Une belle rencontre, là aussi, qu’il partage avec le capucin en descendant côte à côte les berges du Rhône. Les échanges avec les passants sont denses. Pour autant, frêre Emmanuel semble apprécier tout autant cet « apostolat avec les frêres ». C’est aussi, dit-il, pour ces moments de fraternité que cet ancien prêtre diocésain est devenu religieux franciscain.
Bénévent Tosseri

Source : https://www.la-croix.com

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