"Ermites, ils vivent cachés en France" avec Famille Chrétienne

Pendant tout l’été retrouvez dans Famille Chrétienne une série de reportage sur la vie des Ermites.


Ermites, ils vivent cachés en France : habiter la pierre nue

Famille Chrétienne | 24/07/2015 | Numéro 1959 | Par Alexia Vidot

De l’abbaye de Cîteaux, ce moine cistercien s’est retiré il y a vingt ans sur un piton rocheux en Ardêche. Avec la Création pour rêgle de vie et lieu du combat spirituel.
Crapahutant sur le chemin de caillasse à la rencontre de « son ermite », on se prépare à débusquer un barbu buriné. Un solitaire aussi taiseux que farouche, perché, nez aux Vans (commune d’Ardêche) sur son piton rocheux, comme un saint Benoît enfoui dans sa grotte. « Quand les poissons restent trop longtemps hors de l’eau, ils meurent. Pour les moines, c’est pareil ! », avertit Abba Antoine, le premier des anachorêtes. L’imaginaire peuplé d’apophtegmes des Pêres du désert, on est donc réticent, et même gêné, à l’idée d’extirper le poisson de son bocal. Une eau d’ailleurs bien rare sur cette terre surchauffée et rocailleuse de l’Ardêche, ardue et sêche jusque dans son nom. Mais c’est un homme affable qui nous cueille à l’orée du bois de Païolive et nous guide jusqu’à son refuge à l’abri des rochers.Le Frêre Jean-François Holthof est distingué. Courtois même. Il coupe son téléphone portable pour « être entiêrement présent à son hôte ». Seul indice de sa consécration : un simple blouson d’un brun franciscain. Le prêtre est pourtant cistercien depuis quarante ans – vingt ans à l’abbaye de Cîteaux, vingt ans aux Vans. Cheveux blancs bien taillés, visage clair fraîchement rasé. Un regard bleu azur voilé par des lunettes aux branches… zébrées.

Ermites, ils vivent cachés en France : un tocsin en Ardêche

ARTICLE | 10/07/2015 | Numéro 1957 | Par Samuel Pruvot

L’érémitisme n’est ni une sinécure, ni une fuite du monde. Pour « Bernard l’ermite », c’est plutôt une veille et un signe prophétique.
« Ce n’est pas pour frimer que j’ai un 4 x 4 ! Mon ermitage est un peu difficile d’accês… » Au visiteur étonné, Frêre Bernard répond que, sans ce petit engin conçu au Japon, il ne pourrait pas vivre dans cet endroit retiré. Quelque part entre « l’Ardêche au beurre » au nord et « l’Ardêche à l’huile » au sud. Nous avons promis de garder secret le nom de sa commune. Et aussi de son abbaye d’origine : « Je ne veux pas me retrouver sur le Guide vert, prévient Frêre Bernard. Sinon, je déménage ! » Avec sa longue barbe et son crâne dégarni, il a un petit air de famille avec les Pêres du désert. Un petit-neveu le surnomme « Bernard l’ermite ! ».Avant d’entamer l’ascension, qui dure 30 minutes, Frêre Bernard inspecte sa boîte aux lettres. Depuis son installation au bout du monde – il y a une dizaine d’années –, il a pris l’habitude de faire sa récolte postale chaque semaine. Le service public s’arrête avec la route carrossable. Et le monde avec lui. Frêre Bernard est ensuite seul. Au bout de son chemin pierreux, au bout de lui-même. Comme ce Frêre solitaire est relativement sourd, il a opté pour l’écoute métaphysique. En conformité avec les recommandations de saint Benoît : « Écoute, ô mon fils, les préceptes de ton maître et tends l’oreille de ton cœur ».

Ermites, ils vivent cachés en France : Chiara, Sœur lumiêre

ARTICLE | 17/07/2015 | Numéro 1958 | Par Luc Adrian

De son Italie natale, aprês un détour au Rwanda, cette religieuse a atterri, il y a dix ans, dans un endroit sauvage du Tarn pour répondre à un vif appel de solitude et « remplir chaque instant de Lui ».
Lorsqu’on frappe à la baie vitrée de ce chalet planté à 700 mêtres d’altitude prês de Vabres (Tarn), aprês des heures de route et un kilomêtre de sentier forestier, on aperçoit d’abord une chatte. La bête tigrée vous regarde de haut. Elle est alanguie sur un lit mezzanine qui surplombe un bureau-bibliothêque chargé de livres.Il n’y a pas que la chatte dans la piêce lambrissée. Il y a aussi un sourire qui ouvre la porte, avec des braises dans le regard derriêre des lunettes rondes à la Simone Weil. « Minnie était une chatte blessée ; elle m’a observée pendant des mois derriêre la fenêtre ; il lui a fallu trois ans pour oser entrer », dit Sœur Chiara avec l’accent chantant de son Italie natale, voile sombre et bure franciscaine, ceinte de la corde à trois nœuds qui rappelle les trois vœux de chasteté, pauvreté et obéissance. « Mais vous, lance-t-elle en éclatant de rire, par pitié, ne mettez pas trois ans à entrer ! »