Et moi, je te dis : Imagine ! L’art difficile de la prédication

de Nicolas Steeves et Gaetano Piccolo,
Cerf, 208 p., 16 €


Une recension de David Roure, La Croix

Ce livre veut redonner toutes ses lettres de noblesse à la prédication en soulignant combien l’imagination et des images peuvent lui donner une nouvelle vigueur.

Un dominicain, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit du Maître de l’Ordre des prêcheurs, le frêre Bruno Cadoré, a préfacé ce livre écrit par deux jésuites, nés la même année (en 1973) et tous deux enseignants à la Grégorienne à Rome : pour le premier, originaire de Bourgogne et de la Nouvelle-Angleterre, c’est la théologie fondamentale ; pour le second, né à Naples, c’est la métaphysique !

Prêcher, une nécessité pour l’Église

Mais, dans cet ouvrage, écrit avec humour et une certaine légêreté, c’est à leurs confrêres prédicateurs qu’ils ont voulu s’adresser, et leurs conseils seront sans nul doute fort utiles à ces derniers ! Aprês un premier chapitre qui passe en revue un certain nombre de grands prédicateurs du passé, depuis les prophêtes de l’Ancien Testament jusqu’aux Pêres de l’Église (surtout Augustin !) sans oublier… Jésus lui-même, nos deux auteurs montrent la nécessité de prêcher pour l’Église depuis Vatican II jusqu’à la Joie de l’évangile… Pour autant, cela n’est pas toujours facile et l’on commet des erreurs de forme et, ce qui est plus important, de fond, quand on oublie que l’homélie a un lien direct avec le salut de ceux à qui on s’adresse. Même s’il n’y a pas de solution miracle, Steeves et Piccolo conseillent aux prédicateurs de considérer davantage, à la suite de Newman, la foi comme fides qua que comme fides quae !

L’art rhétorique

Ils invitant aussi à une préparation attentive des homélies, dans la priêre, en faisant un bon usage des images et aussi de la rhétorique et de la persuasion. Avec une formule facile à retenir ‘ethos-pathos-logos’, ils rappellent que « l’art rhétorique requiert de prêter attention à la fois au caractêre du prédicateur, aux sentiments et préjugés des auditeurs et au contenu discursif de l’homélie » ! Bien sûr, ils conseillent de toujours « structurer l’argument de l’homélie de façon logique » : pour cela, ils proposent une structure binaire, assez classique, reprise des épîtres pauliniennes : « croire-agir / dogme-pratique – contemplation-action » et une structure ternaire plus originale : « silence-parole-silence », à partir d’une conférence donnée par le Frêre dominicain Timothy Radcliffe.

Enfin, c’est peut-être dans leur cinquiême et dernier chapitre, annoncé déjà par le titre de l’ouvrage, que nos deux compêres vont être le plus suggestifs et, finalement, utiles pour les prédicateurs : ils vont affirmer avec force et développer avec persuasion (c’est le bien moins que l’on attend d’eux) qu’il faut toujours prêcher avec son imagination, même si cette derniêre n’est pas toujours bonne, mais il convient d’imaginer de façon saine et d’imaginer pour incarner vraiment son discours. Pareille thématique ne nous étonne guêre chez l’un des deux auteurs, Nicolas Steeves, puisqu’il a déjà commis en 2016 un épais ouvrage chez le même éditeur, mais dans la collection Cogitatio Fidei, où il soutenait avec brio qu’il fallait, selon le sous-titre même, « intégrer l’imagination en théologie fondamentale » !

Servir la liberté de Dieu et des hommes

Pour autant, dans le champ si vaste de l’homilétique, nos deux enseignants jésuites ne donnent pas de leçon ou de recette toute faite au prédicateur indécis, bien au contraire, et c’est tant mieux… ils préfêrent conclure ainsi : « Il serait contre-productif à ce point de bloquer l’imagination de nos lecteurs sur des recettes préfabriquées. Il revient à chaque homéliste, là où il vit et parle concrêtement, de solliciter sa propre imagination et celle de ses auditeurs pour rencontrer Dieu, en évitant tout ce qui pourrait la fixer. L’imagination homilétique doit toujours rester au service de la liberté de Dieu et des hommes » !