"Être désigné supérieur sans être prêtre..."

"Être désigné supérieur sans être prêtre", c’est désormais possible dans les instituts masculins cléricaux suite à la décision du Pape François, en lien avec le Dicastère pour les instituts de vie consacrée et de vie apostolique. Le rescrit du pape (réponse écrite à une question) du 11 février 2022 dernier est entrée en vigueur le 18 mai. La Corref revient sur cette décision.


En dehors des instituts religieux de frères, qui ne sont qu’une petite douzaine, ce sont surtout les instituts religieux cléricaux qui sont concernés par cette question. Et parmi les ordres demandeurs, les franciscains qui s’étaient déjà adressés à plusieurs reprises au Vatican à l’occasion de leurs chapitres généraux. La demande a même été faite sous le pontificat de Benoit XVI, explique le frère Michel Laloux, supérieur provincial des Franciscains (OFM) et vice-président de la Corref. Mais alors quelle est la motivation de cette demande pour qu’un frère non-prêtre puisse être choisi comme supérieur ?
A l’heure où l’Eglise catholique se penche sur sa pratique de la synodalité, c’est sans doute une décision stratégique papale de lutte contre le cléricalisme. Comme nous le précise le frère Michel Laloux, « chez les Franciscains, le principe d’égalité est primordial, dans un esprit de fidélité à l’origine de l’ordre basé sur la fraternité et le service des frères, il n’y a pas de domination des uns sur les autres ». Saint François n’a jamais reçu d’ailleurs le sacrement de l’ordination sacerdotale ; il s’agirait en résumé de ne pas laisser l’autorité aux mains des clercs. « Le sacrement de l’ordre n’est pas un gage de pouvoir ni de compétence dans la gouvernance » ajoute le frère Michel en précisant que « c’est plus conforme à la spiritualité franciscaine » !
Il faut également considérer un aspect plus pragmatique. « Le fait de pouvoir élire un frère ouvre un choix beaucoup plus large de candidats, même si, proportionnellement, il y a plus de frères-prêtres que de frères-laïcs » indique le supérieur provincial des Franciscains.
Alors réelle révolution ? Comme l’a précisé le Vatican, les demandes seront pour l’instant étudiées au cas par cas à Rome. Mais le frère Michel Laloux y entrevoit cependant une belle avancée qui réjouit l’Ordre et dont la mise en œuvre devrait sans aucun doute s’étendre à d’autres instituts.
Propos recueillis par Sophie Nouaille



Des religieux frères pourront être appelés à la tête d’un institut religieux clérical
Le 11 février 2022, le Pape François, qui désire s’attaquer au cléricalisme, a fait droit aux revendications d’une certain nombre de religieux, notamment des franciscains, pour que des frères puissent prendre le gouvernement sur des clercs.
Le can. 588 § 2 appelle institut clérical celui qui, en vertu du propos du fondateur ou de la tradition, est gouverné par des clercs. Et l’Eglise de distinguer ainsi des instituts cléricaux (tels les Jésuites, les Dominicains, les Carmes etc.) et des instituts laïcs qui n’impliquent pas l’exercice d’un ordre sacré et sont dirigés par des frères (ainsi les Frères des Ecoles chrétiennes, les Frères maristes, les Fr. de Ploërmel…).
Si exceptionnellement, il peut arriver que certains instituts de frères soient dirigés par des prêtres (cas actuel de l’Œuvre J.J. Allemand), la prohibition stricte demeurait que des instituts cléricaux ne puissent pas être gouvernés par des laïcs, et si, dans tel monastère par ex. un frère fût élu Abbé, il recevait l’ordination sacerdotale avant la bénédiction abbatiale.
C’est ce verrou qui saute : dans des cas particuliers, un frère pourra désormais être désigné comme supérieur local, mais aussi comme supérieur majeur (donc Provincial ou Général) d’un institut clérical. En cette hypothèse, il faudra obtenir l’autorisation écrite du Dicastère pour les Instituts de vie consacrée – ce qui souligne bien que, dans l’esprit de la réforme, cette ouverture doit demeurer somme toute exceptionnelle. On verra bientôt ce qu’il en sera dans la pratique : un effet d’annonce ? Ou bien un important bouleversement dans la vie religieuse masculine ? Quoiqu’il en soit, le Comité canonique de la CORREF va travailler cette réforme pour en préciser ses modalités et ses effets.
Père Achille Mestre,
Secrétaire général adjoint de la Corref et membre de la Commission canonique


Crédit photo- ©Pierre Antoine Pluquet / CIRIC