4ème jour de l’assemblée générale de la Corref - Mot d’envoi de Sr Véronique Margron

Gouverner, ou trouver et garder le cap dans un monde changé.
Au regard de notre semaine, quel cap, de quelles manières le suivre ?
Je me garderai de répondre à ces interrogations, laissant chacune et chacun, en fonction de ce qui l’a touché durant ces 4 matinées, répondre à cette question.
Permettez-moi juste quelques petits cailloux pour la route.


Alors que la pandémie, la peur aussi, nous poussent à rester dans nos maisons, dans nos enclos, les peines et les douleurs et les angoisses de nos contemporains, le drame des abus et des agressions sexuelles nous demandent d’aller « hors les murs. » Dans le sillage de ce qu’exprime si fréquemment le pape François : « l’Église en sortie » . Non tant une sortie spatiale ou géographique, mais cette attitude spirituelle et donc humaine de proximité, d’hospitalité, de fraternité avec ceux qui se croient perdus, avec chacun. Sœurs et frères de tous – et non maîtres - à la suite du Christ, sorti de son tombeau, « ayant franchi la porte que nous avions verrouillée par peur des autres. » Là est la Galilée où nous attend le Christ vivant.
Voilà qui soutient notre courage de discerner ce qui va et qui doit mourir, pour soutenir et encourager là où la vie pointe et s’invite. La résurrection n’est pas une réanimation, le retour à un état antérieur, à un monde à jamais disparu, mais une profonde transformation qui pourtant garde trace vive.
Nous pourrions alors aussi mettre nos pas dans ceux de Thomas confessant « Mon Seigneur et mon Dieu ! » en voyant les cicatrices de Jésus, la mémoire charnelle de son amour et de son don. Le reconnaître à ses blessures c’est affirmer que notre Dieu n’est pas sans blessures. Dont celles qui nous ont encore saisies cette semaine, celles des victimes d’abus de pouvoir, de conscience, spirituels et de violences sexuelles. Comme Thomas, les reconnaître en vérité comme visage du Christ, visage de l’homme bafoué et pourtant l’homme véritable. Leur rendre justice c’est aussi nous donner cette chance de nous mettre à leur école d’humanité, de dignité car elle est l’école du Fils.
Enfin, chacune et chacun à sa façon a su nous dire combien l’écoute, le soin, l’attention, le dialogue fraternel, la coopération, la compétence, le souci de communion, sans nier les singularités, étaient essentiels à l’art de gouverner. Et ce d’autant plus que nous sommes des passants et non des propriétaires. Dans la vie bien sûr, mais déjà, et heureusement, dans notre charge et notre service d’autorité. Elle passe. Aussi nous obligent-ils à ne pas faire sans les autres, nos sœurs et frères, nos conseils, et bien d’autres nécessaires ; ne pas faire sans pluralité. Ils nous assignent aussi à être passeurs, à transmettre, à nous interroger alors sur comment l’autorité autorise-t-elle plus de vie, de liberté croyante, de vérité, d’engagement du vivre ensemble et en faveur d’autrui. Comment fait-elle signe, non vers elle-même, non vers nous-même, mais avec d’autres vers la seule autorité qui soit intégralement juste et bonne, celle du Christ et de son évangile.

Nous croyons de toute notre foi et notre souffle que notre Dieu est notre espérance et celle de notre monde qu’il habite et ne saurait délaisser. Pas plus qu’il ne délaisse nos existences et nos Instituts qui ont vocation, dans le temps, de le chercher et d’en témoigner. Mais nous sommes aussi l’espérance de Dieu. Alors que nous faisons douloureusement mémoire des 130 morts du fanatisme terroriste à Paris il y a juste 5 ans, compte de nous le redire avec force. Notre prière continue, nos actes, notre cœur et notre intelligence peuvent alors changer aussi notre monde et le rendre plus habitable.

« Le Maître n’avait pas institué un bureau de rédaction pour paroles exactes ni un ministère de la méticulosité des faits. Ce n’est pas son genre d’instituer. Son genre, c’est de nous envoyer vivre et faire vivre de sa vie de Fils, mais il semble penser qu’on ne sera guère pénétré de son Esprit filial sans avoir été comme labouré par ce langage que sont ses paroles et sa vie »
Jean Grosjean

Les remerciements.

Tout d’abord à nous tous, à cette belle assemblée que nous avons formée, que nous avons ici, au siège de la CORREF, sentie présente, attentive. Participante aussi par vos mots de remerciements, vos courriels, vos remarques. Nous reprendrons tout cela. Et vous pouvez bien sûr continuer durant ces jours à écrire à l’adresse de l’AG .
Remercier profondément le secrétariat général, Anne Marie, Pierre-Yves, Achille ; Anne Claire, cheville ouvrière sans laquelle nous n’aurons pu mener à bien cette semaine et qui a toujours gardé son sang-froid.
Merci encore à Jeanne, au secrétariat de la CORREF, qui a assuré la hotline et dont la réactivité aura été indispensable au bon fonctionnement de nos matinées.
Merci à tous nos intervenants invités comme celles et ceux d’entre nous qui ont accepté l’exercice de faire écho dans leur pratique de gouvernement, aux paroles entendues.
Remercier encore notre frère Marie Augustin, depuis Talinn en Estonie et qui a animé nos temps de prière et à qui nous devons, avec Anne Claire et sr Anne Marie Piron nos livrets liturgiques. Nous aurions aimé le dérouler entièrement à Lourdes. Mais il trouvera son chemin dans nos communautés.

Bref, merci à tous et restons proches les uns des autres !

Notre assemblée statutaire, indispensable, se tiendra sans doute avant l’été. Vous serez bien sûr informé en temps et en heure. D’ici là, le bureau et le CA ne sont donc pas en vacances et nous aurons donc la chance et la joie amicale de nous retrouver d’ici à quelques semaines.

Si l’on peut dire en cette étrange circonstance, bon retour à tous et déjà bel Avent !

Avec toute mon amitié et ma reconnaissance,

Sr Véronique Margron op.
Présidente.