Le rapport sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique repoussé à l’automne 2021

Les travaux de la commission présidée par Jean-Marc Sauvé ont été retardés par la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19. L’appel à témoignages, qui devait se clore le 2 juin, sera prolongé jusqu’au 31 octobre.


A cause de l’épidémie de Covid-19, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase) rendra son rapport plus tard qu’initialement prévu, à l’automne 2021 au lieu du printemps de cette même année. Le rapport de la commission présidée par Jean-Marc Sauvé, mandatée par la hiérarchie de l’Eglise catholique pour faire la lumière sur les violences sexuelles commises depuis 1950 par des clercs sur des mineurs et des personnes vulnérables, est très attendu par les victimes.

Ses travaux ne se sont pas arrêtés net avec le confinement, mais certaines de ses activités ont été retardées ou provisoirement empêchées par la crise sanitaire. Avec le déconfinement progressif, elles vont reprendre, parfois avec des modalités adaptées. C’est notamment le cas des réunions d’information et de dialogue, l’activité la plus « publique » de la Ciase. Depuis novembre 2019, des membres de la commission se sont rendus dans neuf villes pour faire connaître leurs travaux. Conçues à l’origine pour pouvoir toucher davantage de victimes à travers la presse et des relais institutionnels locaux, ces réunions sont rapidement devenues une ressource essentielle pour ses initiateurs.

D’abord parce qu’elles ont contribué à faire connaître la Ciase, à travers les réseaux de victimes. Le nombre de celles qui ont participé à ces réunions a rapidement augmenté au fil des étapes. Ensuite, parce qu’elles y ont pris la parole, ont témoigné et ont permis à la Ciase d’entrer en contact avec nombre d’entre elles et de les interroger. Enfin parce que ces séances de paroles et d’émotions brutes ont en quelque sorte servi de formation accélérée au vécu des victimes pour les membres de la commission, dont beaucoup n’étaient initialement pas spécialistes du sujet. « Ces réunions ont permis aux membres de la commission de découvrir des réalités pour eux insoupçonnables. Rien ne remplace ces interpellations et le choc du contact avec les personnes concernées », témoigne Jean-Marc Sauvé.

Plus de cent cinquante témoignages individuels déjà recueillis
Ces réunions publiques se sont arrêtées avec le confinement. Celles qui étaient prévues pour mars et avril à Lyon, Dijon, Rouen, Aix-en-Provence et Bastia n’ont pu avoir lieu. La Ciase voudrait les redémarrer à la rentrée de septembre sous un format numérique qu’elle étudie actuellement. Les auditions individuelles des victimes qui en ont fait la demande se sont également interrompues. Elles devraient reprendre en juin en Ile-de-France, après l’été ailleurs. Plus de cent cinquante témoignages individuels ont déjà été recueillis par la commission, et cinquante à cent autres sont prévus. L’appel à témoignages, qui devait se clore le 2 juin, sera prolongé jusqu’au 31 octobre. Pendant le confinement, le nombre d’appels a été divisé par deux. Depuis juin 2019, environ 5 000 ont été recensés.

Les membres de la Ciase ont continué à se retrouver en téléréunions plénières et les groupes de travail (sur le volet juridique, sur les victimes et leur reconnaissance, sur le traitement des situations individuelles par l’Eglise, sur la gouvernance de l’institution ecclésiale…) à travailler lorsqu’ils le pouvaient. Le groupe sur les victimes, qui réfléchit notamment à la question de leur reconnaissance et de la réparation, va travailler avec les associations de victimes. En revanche, les travaux de recherche qui exigent des déplacements (dans les diocèses, des congrégations religieuses, des archives) ont été suspendus.

La Ciase a aussi décidé d’entreprendre un travail sur les auteurs d’abus, sujet très peu étudié jusqu’à présent. « Nous voulons réfléchir à leurs trajectoires, à leur formation, à ce qui s’est passé notamment dans leurs rapports avec l’Eglise, les victimes et la société. Nous ne voulons pas clore ce dossier sans essayer de comprendre les mécanismes du passage à l’acte », argumente Jean-Marc Sauvé.

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Cécile Chambraud

Source : Le Monde

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