Rencontre Corref Jeunes Est

Imaginons la scène suivante : Lors de la réunion hebdomadaire, un soir, la communauté « N » se réunit autour de la préparation du temps du carême. Une jeune sœur frère, à l’heure de faire des propositions se lance : « et si nous faisions un carême écologique »...


La pierre est jetée dans le lac alors calme et si tranquille de la vie ordinaire. Les anciens réagissent énergiquement manifestant leur désaccord sur l’idéalisme et l’utopisme d’une telle entreprise. Le mot écologie dans nos communautés religieuses suscite une riche panelle de réactions : chez les uns de l’enthousiasme et chez les autres une certaine indifférence tandis que d’autres baissent les yeux devant leur manque d’action à cet appel pourtant si fort du pape dans son encyclique parue en 2015. Bref, l’écologie ne semble pas être un sujet facile et toujours bien compris au cœur de nos vies de frères et de sœurs dans le monde et dans l’Eglise. Si certains sont moteurs dans les initiatives, d’autres se sentent désemparés et apeurés par la tâche immense de redonner à la planète une meilleure mine.

Pourtant, le rassemblement des jeunes religieux du Grand Est (CorrEst) a relevé le défi. Créé en 2011 à l’initiative de l’événement Brothers and Sisters Act à Paris, le groupe propose aux jeunes consacrés de la région du Grand Est de se rassembler une fois par an autour d’un thème ayant un impact dans nos vies quotidiennes. Le titre de notre session du 17-18 novembre « Écologie et vie religieuse » peut donc faire fuir ou attirer. Ce fut la deuxième option que prirent les 29 sœurs et frère pour venir écouter au couvent Saint Marc des sœurs de Saint Joseph à Gueberschwir (68) le Père Dominique Lang assomptionniste, familiarisé par son métier (journaliste à Pèlerin) et sa formation (biologie) avec ce sujet large. Si l’écologie évoque spontanément la nature et le rapport de l’homme avec son environnement, l’écologie intégrale présenté dans le document du pape Laudato si, revêt des domaines bien plus larges. Une grande partie d’entre nous a pris conscience de l’amplitude du domaine de définition de ce mot écologie qui au sens strict signifie : « discours sur la maison ». De quelle maison est-t-il question ? Le pape répond « la Maison Commune [qui] est aussi comme une sœur, avec laquelle nous partageons l’existence, et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts » (LS § 1) ou encore notre planète Terre, une planète en souffrance d’enfantement (Rm 8, 22) qui espère le Ciel. Nous avons alors été surpris par le fait que le mot écologie revêt une dimension intégrale et que cela concerne non seulement notre rapport à la terre mais en même temps notre rapport à l’économie (gestion de la maison et donc de la Maison Commune) et qu’il intègre des notions culturelles, humaines, sociales, éducatives, politiques. Cela va même jusque dans la pratique de nos vœux : Nous pouvons être non-chaste dans notre façon de piller les ressources naturelles ou de détourner les choses naturelles de leur fonction première. Tout comportement d’appropriation de biens provenant de la nature peut-être aussi une effraction à la pratique de la pauvreté. Or, le discours du frère Dominique, s’il se voulait alertant sur la gravité de la crise actuelle, se montrait aussi positif et encourageant dans nos initiatives et la poursuite de nos efforts que nous faisons déjà, parfois même sans nous en rendre compte, dans nos communautés. En effet, la première attitude au service de la Maison commune et du bien partagé sur la Terre est l’émerveillement et la reconnaissance que nous pouvons avoir pour le fait d’être vivant et connecté à la vie qui nous entoure et qui nous a vu naitre. Notre promesse de louange quotidienne pour les merveilles de Dieu s’insère dans ce mouvement (cf. le ct. Daniel 3).

« Tout est lié », expression qui revient neuf fois dans l’encyclique rappelle la primauté du commandement d’amour du Christ, qui s’il est vécu authentiquement a aussi un impact positif sur l’environnement. Notre vocation religieuse est promise à « tisser du lien ». Il suffit de se mettre à l’école d’un Christ à l’aide de paraboles toujours fixées sur des exemples naturels. La liturgie de ce dimanche du 33e du temps ordinaire parlait d’un figuier, qui si on sait en lire les signes, annonce l’été ! Serions-nous alors au printemps d’un renouvellement ecclésial et humain au XXIe s ? Si c’est le cas, nos communautés en Eglise doivent se réjouir d’y être pour témoigner de l’espérance chrétienne qui est la notre concernant la Création, les êtres vivants et bien surs les êtres humains créé à l’image de Dieu Il parait d’après de nombreuses études qu’il suffit de 25 % de la population pour faire changer d’avis un ensemble de personnes. Or, si seulement 25 % des religieux et religieuses en France travaillaient ces nouveaux champs apostoliques il y aurait certainement un véritable changement dans le dynamisme de nos communautés et qui sait, de l’Eglise elle-même. C’est du moins l’avis du Père Dominique que je partage. Comment faire face à l’ampleur de la tâche ? C’est la question avec laquelle nous rentrons chez nous. Nous avons eu des débuts de réponses en visionnant le film Demain (sortie la même année que Laudato si) et en partageant en petits groupes sur nos pratiques et l’impact de la crise écologique dans nos pays. Pourquoi ne pas aller voir la suite « après-demain » en décembre en communauté (www.demain-lefilm.com/le-film) ?

Notre rencontre s’est terminée par une action de grâce au Créateur qui a bien voulu nous aider à entrer dans le mystère de son Amour pour sa Création. Le louer c’est déjà agir. En parler en communauté c’est déjà faire exister le sujet. Décider ensemble de quoi nous sommes capables, c’est la mission qui nous revient à nous jeunes et vieux tous ensemble dans un monde qui change. Pour terminer laissons la parole à notre Pape qui dans sa sagesse à oser prendre le nom prophétique de François : « confions donc nos initiatives et nos plus petits gestes à l’Esprit Saint : L’Esprit de Dieu a rempli l’univers de potentialités qui permettent que, du sein même des choses, quelque chose de nouveau peut surgir » n° 80 Laudato si. Et s’il était nécessaire d’insister encore sur le potentiel prophétique et missionnaire de la vie religieuse dans ce domaine, notons que l’année de la vie consacrée en 2015 est un événement qui eut lieu la même année que la parution de l’encyclique. Un texte à destination de tous les habitant-e-s de notre « Maison Mère » dans laquelle nous sommes de fait « frères et sœurs », j’ai nommé : la Terre. Soyons unis dans le Christ par cette intention écologique : « Que Ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel ».
Frère Clément Löbel, Augustin de l’Assomption.