Flash Mob : une parabole de la vie religieuse


Bien sûr, cela a fait sourire et il est vrai que c’était sympathique cette « flash mob » au terme de ce week-end réunissant plus de 500 jeunes religieux et religieuses en France « Brother&sister act : missionnaires d’espérance »[1]. L’objectif était de lancer une année de promotion de la vie religieuse à partir du 2 février 2012. Et la réalisation d’une flash mob était une manière originale, décalée et dynamique de le faire : montrer que la vie religieuse existe encore, que des jeunes s’engagent et qu’ils ont l’air heureux. Mais n’est-ce que cela ? L’usage d’un moyen médiatique parmi d’autres pour faire parler des religieux ? Pour faire jouer la visibilité ? Mais comme on nous l’a rappelé au cours du WE : la visibilité, c’est bien ; la lisibilité avec, c’est mieux ! Ce n’est pas tout de se laisser voir si cela n’est pas signifiant dans notre environnement. Y a-t-il donc une justification plus profonde de cette démonstration publique ? Quel message d’espérance porte-t-elle ?

Pour avoir été placé (plus ou moins malgré moi) en 1ère ligne du dispositif (faute d’hommes dans le groupe de préparation à 95% féminin …), j’ai essayé de penser à ce que pouvait signifier cette démarche. Voilà quelques bribes de réflexion.

 

Le premier point intéressant est que nous avons essayé d’exprimer quelque chose de la vie religieuse à travers un « langage » courant et partagé aujourd’hui par les plus jeunes générations. « Flash mob » est le raccourci de « flash mobilisation », « mobilisation éclair » pour sa version frenchie ou comment dans un lieu public une personne commence à chanter ou danser ; elle sera rejointe peu à peu par d’autres faisant mine d’être là par hasard et d’apprendre les gestes au fur et à mesure. Le tout s’achève par une chorégraphie avec des dizaines ou centaines de personnes qui repartent à la fin comme si de rien n’était. Un langage donc… langage qui exprime peut-être qu’il est possible aujourd’hui dans notre société individualiste de mobiliser des personnes autour d’une cause ou d’un projet. Mais bien sûr, comme nous sommes aussi dans une société de mobilité et de rapidité, cette mobilisation doit être fulgurante et provoquer de l’étonnement pour faire du « buzz » sur la toile. Voilà des éléments d’explication de ce phénomène récent (à rapprocher des apéros Facebook ?) qui demanderaient à être repris dans une approche sociologique sur la question du lien social.

 

Certes, et la vie religieuse dans tout ça ? Utilise-t-elle cette mode comme un instrument marketing qui lui est totalement extérieur ? Je pense qu’on peut aller plus loin pour rendre compte de la légitimité de cette petite expérience. Cette flash mob n’est-elle pas une petite parabole de la vie religieuse ? Qu’avons-nous fait à 14h ce dimanche 30 janvier 2012 devant Notre-Dame ? Nous avons plus ou moins inconsciemment exprimé un aspect du mystère de la vie religieuse : comment des hommes et des femmes issus de divers horizons culturels, sociaux, et nationaux en venaient à converger pour vivre dans un même lieu au nom d’un projet commun ? Qu’est-ce qui les réunit sinon ce qu’exprime le chant « Oh happy day ! when Jesus washed my sins away ! », l’expérience d’avoir été sauvé et saisi par le Christ ? Car oui, au fond c’est pour Lui qu’on était là, et c’est bien autour de Lui que nos communautés religieuses sont constituées. Et que font ces communautés ? Elles cherchent à vivre selon un certain style de vie que nous apprenons ensemble à l’école d’un fondateur ou d’une fondatrice : des gestes, des paroles, des attitudes, … qui forment une chorégraphie cherchant à être belle, harmonieuse et signifiante. Si elle est vraie, cette expérience de don de soi est source de joie pour nous et signe pour les autres du bonheur de suivre Jésus en Église. En ce sens, la flash mob peut-être vue comme un petit raccourci du mystère de notre appel : découvrir sa vocation comme une place dans un « lieu », une place à juste distance des autres pour pouvoir développer sa propre gestuelle et y célébrer la fraternité en Christ avec d’autres que je n’ai pas choisi, en solidarité avec notre monde qui attend une bonne nouvelle.

 

Mais c’est aussi un acte prophétique d’espérance adressé à notre société fragmentée : il est possible de vivre ensemble et de rassembler des individus disséminés. Ce côté « flash », instantané, ne donne-t-elle pas à voir une aspiration profonde de l’être humain à célébrer avec d’autres un absolu partagé ? La vie religieuse peut être témoin de la vérité de ce désir. Mais cela suppose que cette mobilisation éclair ne soit pas une simple opération marketing. Elle doit être un reflet de la mobilisation quotidienne de tout mon être pour vivre avec Jésus au service du Royaume. En ce sens, cette « flash mob » interpelle notre fidélité religieuse : suis-je vraiment celui que cette vidéo laisse voir ? La vérité du témoignage donné se vérifie par la cohérence entre mes actes et mes paroles, entre les instantanés et la durée de ma vie. Que le Seigneur soit notre fidélité.

 

Prise en ce sens, la flash mob n’est pas qu’un simple moment de détente et de joie. Comme toute réalité apostolique, elle nous reconduit sur notre propre chemin de conversion. Je dois être de plus en plus tel que l’espérance que j’annonce soit crédible.

 
 

Frère Jean-Alexandre de Garidel

Couvent des Carmes
6 rue Jean Ferrandi
75006 Paris
 
 

 


[1] Détails sur ce WE des 28-30 janvier 2012 et Vidéo disponible sur le site www.viereligieuse.fr