"Gaudete et exsultate", exhortation apostolique du Saint Père François sur l’appel à la sainteté dans le monde acutel

Après Evangelii gaudium parue en 2013 et Amoris laetitia en 2016, le Saint Siège a rendu public ce jour la troisième exhortation apostolique du Pape François intitulée "Gaudete et Exsultate" sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel.


Cette exhortation apostolique est disponible en téléchargement PDF ci-dessous.

Résumé de l’exhortation proposé par la salle de presse du Saint Siège

GAUDETE ET EXSULTATE
SUR L’APPEL À LA SAINTETÉ DANS LE MONDE ACTUEL

1. « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12), dit Jésus à ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui. Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. En réalité, dès les premières pages de la Bible, il y a, sous diverses formes, l’appel à la sainteté. Voici comment le Seigneur le proposait à Abraham : « Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1).

2. Il ne faut pas s’attendre, ici, à un traité sur la sainteté, avec de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important thème, ou avec des analyses qu’on pourrait faire concernant les moyens de sanctification. Mon humble objectif, c’est de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités. En effet, le Seigneur a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons « saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (Ep 1, 4).

PREMIER CHAPITRE : L’APPEL À LA SAINTETÉ
LES SAINTS QUI NOUS ENCOURAGENT ET NOUS ACCOMPAGNENT

4. Les saints qui sont déjà parvenus en la présence de Dieu gardent avec nous des liens d’amour et de communion.

LES SAINTS DE LA PORTE D’À COTE

6. Ne pensons pas uniquement à ceux qui sont déjà béatifiés ou canonisés. Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple.

7. J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante. La sainteté de la porte d’à côté ; la classe moyenne de la sainteté.

LE SEIGNEUR APPELLE

11. Il ne faut donc pas se décourager quand on contemple des modèles de sainteté qui semblent inaccessibles.

POUR TOI AUSSI

14. Es-tu une consacrée ou un consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels.

15. Dans l’Église, sainte et composée de pécheurs, tu trouveras tout ce dont tu as besoin pour progresser vers la sainteté.

TA MISSION DANS LE CHRIST

19. Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile.

21. « La sainteté n’est rien d’autre que la charité pleinement vécue » (Benoit XVI).

L’ACTIVITÉ QUI SANCTIFIE

26. Il n’est pas sain d’aimer le silence et de fuir la rencontre avec l’autre, de souhaiter le repos et d’éviter l’activité, de chercher la prière et de mépriser le service.

29. Cela n’implique pas de déprécier les moments de quiétude, de solitude et de silence devant Dieu. Bien au contraire !

PLUS VIVANTS, PLUS FRÈRES

32. N’aie pas peur de la sainteté. Elle ne t’enlèvera pas les forces, ni la vie ni la joie. C’est tout le contraire, car tu arriveras à être ce que le Père a pensé quand il t’a créé.

34. N’aie pas peur de viser plus haut. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. Dans la vie « il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints » (Léon Bloy).

DEUXIÈME CHAPITRE : DEUX ENNEMIS SUBTILS DE LA SAINTETÉ
LE GNOSTICISME ACTUEL

Un esprit sans Dieu et sans chair

38. En définitive, il s’agit d’une superficialité vaniteuse : beaucoup de mouvement à la surface de l’esprit, mais la profondeur de la pensée ne se meut ni ne s’émeut.

39. Cela peut se produire dans l’Église : prétendre réduire l’enseignement de Jésus à une logique froide et dure qui cherche à tout dominer.

Une doctrine sans mystère

42. Même quand l’existence d’une personne a été un désastre, même quand nous la voyons détruite par les vices et les addictions, Dieu est dans sa vie.

Les limites de la raison

45. Saint Jean-Paul II mettait en garde ceux qui dans l’Église ont la chance d’une formation plus poussée contre la tentation de nourrir « un certain sentiment de supériorité par rapport aux autres fidèles ».

LE PELAGIANISME ACTUEL

Une volonté sans humilité

49. Quand certains d’entre eux s’adressent aux faibles en leur disant que tout est possible avec la grâce de Dieu, au fond ils font d’habitude passer l’idée que tout est possible par la volonté humaine ; Dieu t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas : « Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux » ( Saint Augustin ).

Un enseignement de l’Église souvent oublié

52. L’Église catholique a maintes fois enseigné que nous ne sommes pas justifiés par nos œuvres ni par nos efforts mais par la grâce du Seigneur qui prend l’initiative.

Les nouveaux pélagiens

58. Souvent, contre l’impulsion de l’Esprit, la vie de l’Église se transforme en pièce de musée ou devient la propriété d’un petit nombre. C’est peut-être une forme subtile de pélagianisme.

Le résumé de la Loi

60. « Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” » (Ga 5, 14).

TROISIÈME CHAPITRE : À LA LUMIÈRE DU MAÎTRE

63. “Comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien ?”, la réponse est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes.

À CONTRECOURANT

« Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux ».

69. Cette pauvreté d’esprit est étroitement liée à la “sainte indifférence” que saint Ignace de Loyola proposait, et par laquelle nous atteignons une merveilleuse liberté intérieure.

Être pauvre de cœur, c’est cela la sainteté !

« Heureux les doux, car ils possèderont la terre ».

72. « La charité parfaite consiste à supporter les défauts des autres, à ne point s’étonner de leurs faiblesses » (Sainte Thérèse de Lisieux).

74. Réagir avec une humble douceur, c’est cela la sainteté !

« Heureux les affligés, car ils seront consolés »

75. Le monde nous propose le contraire : Il s’ingénie à fuir les situations où il y a de la souffrance.

76. Savoir pleurer avec les autres, c’est cela la sainteté !

« Heureux les affamés et les assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés »

79. Le mot “justice” peut être synonyme de fidélité à la volonté de Dieu par toute notre vie, mais si nous lui donnons un sens très général, nous oublions qu’elle se révèle en particulier dans la justice envers les désemparés. Rechercher la justice avec faim et soif, c’est cela la sainteté !

« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ».

80. Le Catéchisme nous rappelle que cette loi doit être appliquée « dans tous les cas », spécialement quand quelqu’un « est quelquefois affronté à des situations qui rendent le jugement moral moins assuré et la décision difficile ».

82. Regarder et agir avec miséricorde, c’est cela la sainteté !

« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ».

85. Les désirs et les décisions les plus profonds, qui nous guident réellement, trouvent leur origine dans les intentions du cœur.

86. Garder le cœur pur de tout ce qui souille l’amour, c’est cela la sainteté !

« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ».

89. Il n’est pas facile de bâtir cette paix évangélique qui n’exclut personne mais qui inclut également ceux qui sont un peu étranges, les personnes difficiles et compliquées.

Semer la paix autour de nous, c’est cela la sainteté !

« Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux ».

94. Les persécutions ne sont pas une réalité du passé, parce qu’aujourd’hui également, nous en subissons, que ce soit d’une manière sanglante, comme tant de martyrs contemporains, ou d’une façon plus subtile, à travers des calomnies et des mensonges.

Accepter chaque jour le chemin de l’Évangile même s’il nous crée des problèmes, c’est cela la sainteté !

LE GRAND CRITÈRE

95. « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir » (Matthieu 25, 35-36).

Par fidélité au Maître

98. Quand je rencontre une personne dormant exposée aux intempéries, dans une nuit froide, je peux considérer que ce fagot est un imprévu qui m’arrête, un délinquant désœuvré, un obstacle sur mon chemin, un aiguillon gênant pour ma conscience, un problème que doivent résoudre les hommes politiques, et peut-être même un déchet qui pollue l’espace public. Ou bien je peux réagir à partir de la foi et de la charité, et reconnaître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père. C’est cela être chrétien !

Les idéologies qui mutilent le cœur de l’Évangile

100. Je regrette que parfois les idéologies nous conduisent à deux erreurs nuisibles. D’une part, celle des chrétiens qui séparent ces exigences de l’Évangile de leur relation personnelle avec le Seigneur, de l’union intérieure avec lui, de la grâce.

101. Est également préjudiciable et idéologique l’erreur de ceux qui vivent en suspectant l’engagement social des autres, le considérant comme quelque chose de superficiel, de mondain, de laïcisant, d’immanentisme, de communiste, de populiste. La défense de l’innocent qui n’est pas encore né, par exemple, doit être sans équivoque, ferme et passionnée. Mais est également sacrée la vie des pauvres qui sont déjà nés, de ceux qui se débattent dans la misère

102. On entend fréquemment que, face au relativisme et aux défaillances du monde actuel, la situation des migrants, par exemple, serait un problème mineur. Certains catholiques affirment que c’est un sujet secondaire à côté des questions “sérieuses” de la bioéthique.

103. Il ne s’agit pas d’une invention d’un Pape ou d’un délire passager.

Le culte qui lui plaît le plus

107. Celui qui veut vraiment rendre gloire à Dieu par sa vie, celui qui désire réellement se sanctifier pour que son existence glorifie le Saint, est appelé à se consacrer, à s’employer, et à s’évertuer à essayer de vivre les œuvres de miséricorde.

108. Le consumérisme hédoniste peut nous jouer un mauvais tour. La consommation de l’information superficielle et les formes de communication rapide et virtuelle peuvent également être un facteur d’abrutissement qui nous enlève tout notre temps et nous éloigne de la chair souffrante des frères.

* * *

109. La force du témoignage des saints, c’est d’observer les béatitudes et le critère du jugement dernier. Je recommande de nouveau de relire fréquemment ces grands textes bibliques, de se les rappeler, de prier en s’en servant, d’essayer de les faire chair. Ils nous feront du bien, ils nous rendront vraiment heureux.

QUATRIÈME CHAPITRE : QUELQUES CARACTÉRISTIQUES DE LA SAINTETÉ DANS LE MONDE ACTUEL

110. Je ne vais pas m’attarder à expliquer les moyens de sanctification que nous connaissons déjà : les différentes méthodes de prière, les précieux sacrements de l’Eucharistie et de la Réconciliation, l’offrande de sacrifices, les diverses formes de dévotion, la direction spirituelle, et tant d’autres. Je me référerai uniquement à quelques aspects de l’appel à la sainteté dont j’espère qu’ils résonneront de manière spéciale.

111. Elles sont au nombre de cinq, les grandes manifestations de l’amour envers Dieu et le prochain que je considère d’une importance particulière, vu certains risques et certaines limites de la culture d’aujourd’hui. Dans cette culture se manifestent : l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit ; la négativité et la tristesse ; l’acédie commode, consumériste et égoïste ; l’individualisme et de nombreuses formes de fausse spiritualité sans rencontre avec Dieu qui règnent dans le marché religieux actuel.

112. ENDURANCE, PATIENCE ET DOUCEUR

122. JOIE ET SENS DE L’HUMOUR

129. AUDACE ET FERVEUR

140. EN COMMUNAUTÉ

147. EN PRIÈRE CONSTANTE

CINQUIÈME CHAPITRE : COMBAT, VIGILANCE ET DISCERNEMENT

158. La vie chrétienne est un combat permanent. Il faut de la force et du courage pour résister aux tentations du diable et annoncer l’Évangile. Cette lutte est très belle, car elle nous permet de célébrer chaque fois le Seigneur vainqueur dans notre vie.

LE COMBAT ET LA VIGILANCE

159. Il ne s’agit pas seulement d’un combat contre le monde et la mentalité mondaine qui nous trompe, nous abrutit et fait de nous des médiocres dépourvus d’engagement et sans joie. Il ne se réduit pas non plus à une lutte contre sa propre fragilité et contre ses propres inclinations. C’est aussi une lutte permanente contre le diable. Jésus lui-même fête nos victoires.

Plus qu’un mythe

161. Ne pensons donc pas que c’est un mythe, une représentation, un symbole, une figure ou une idée. Cette erreur nous conduit à baisser les bras, à relâcher l’attention et à être plus exposés. Il n’a pas besoin de nous posséder. Il nous empoisonne par la haine, par la tristesse, par l’envie, par les vices. Et ainsi, alors que nous baissons la garde, il en profite pour détruire notre vie, nos familles et nos communautés.

Éveilles et confiants

162. Notre chemin vers la sainteté est aussi une lutte constante. Celui qui ne veut pas le reconnaître se trouvera exposé à l’échec ou à la médiocrité. Nous avons pour le combat les armes puissantes que le Seigneur nous donne : la foi qui s’exprime dans la prière, la méditation de la parole de Dieu, la célébration de la Messe, l’adoration eucharistique, la réconciliation sacramentelle, les œuvres de charité, la vie communautaire et l’engagement missionnaire.

La corruption spirituelle

164. « Ne nous endormons pas ». Car ceux qui ont le sentiment qu’ils ne commettent pas de fautes graves contre la Loi de Dieu peuvent tomber dans une sorte d’étourdissement ou de torpeur.

LE DISCERNEMENT

166. Comment savoir si une chose vient de l’Esprit Saint ou si elle a son origine dans l’esprit du monde ou dans l’esprit du diable ? Le seul moyen, c’est le discernement qui ne requiert pas seulement une bonne capacité à raisonner ou le sens commun. C’est aussi un don qu’il faut demander. Si nous le demandons avec confiance au Saint Esprit, et que nous nous efforçons en même temps de le développer par la prière, la réflexion, la lecture et le bon conseil, nous pourrons sûrement grandir dans cette capacité spirituelle.

Une nécessité impérieuse

167. Tout le monde, mais spécialement les jeunes, est exposé à un zapping constant. Sans la sagesse du discernement, nous pouvons devenir facilement des marionnettes à la merci des tendances du moment.

Toujours à la lumière du Seigneur

169. Le discernement n’est pas seulement nécessaire pour les moments extraordinaires, ou quand il faut résoudre de graves problèmes. Nous en avons toujours besoin pour être disposés à reconnaître les temps de Dieu et de sa grâce. Souvent cela se joue dans les petites choses.

Un don surnaturel

171. Même si le Seigneur nous parle de manières variées, dans notre travail, à travers les autres et à tout moment, il n’est pas possible de se passer du silence de la prière attentive pour mieux percevoir ce langage, pour interpréter la signification réelle des inspirations.

Parle, Seigneur

172. Seul celui qui est disposé à écouter possède la liberté pour renoncer à son propre point de vue partiel ou insuffisant, à ses habitudes, à ses schémas.

173. Il ne s’agit pas d’appliquer des recettes ni de répéter le passé

La logique du don et de la croix

175. Mais il faut demander à l’Esprit Saint de nous délivrer et d’expulser cette peur qui nous porte à lui interdire d’entrer dans certains domaines de notre vie. Cela nous fait voir que le discernement n’est pas une autoanalyse intimiste, une introspection égoïste, mais une véritable sortie de nous-mêmes.

* * *

176. Je voudrais que la Vierge Marie couronne ces réflexions, car elle a vécu comme personne les béatitudes de Jésus. Elle est celle qui tressaillait de joie en la présence de Dieu, celle qui gardait tout dans son cœur et qui s’est laissée traverser par le glaive. Elle est la sainte parmi les saints, la plus bénie, celle qui nous montre le chemin de la sainteté et qui nous accompagne. Elle n’accepte pas que nous restions à terre et parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger. Parler avec elle nous console, nous libère et nous sanctifie. La Mère n’a pas besoin de beaucoup de paroles, elle n’a pas besoin que nous fassions trop d’efforts pour lui expliquer ce qui nous arrive. Il suffit de chuchoter encore et encore : “Je vous salue Marie…’’.

177. J’espère que ces pages seront utiles pour que toute l’Église se consacre à promouvoir le désir de la sainteté. Demandons à l’Esprit Saint d’infuser en nous un intense désir d’être saint pour la plus grande gloire de Dieu et aidons-nous les uns les autres dans cet effort. Ainsi, nous partagerons un bonheur que le monde ne pourra nous enlever.