Intervention de Sœur Joëlle Ferry (JF) et Pêre Jean-Pierre Longeat (JPL). Dimanche 20 octobre 2013


JPL : Nous nous sommes rassemblés, cela faisait longtemps que nous en avions le désir. Nous avons pris la mesure du trésor que nous portons dans des vases d’argile : tous et chacun se sont sentis réconfortés dans l’échange fraternel et encouragés par la réflexion prolongée par les témoignages partagés. Beaucoup ont dit leur satisfaction concernant l’organisation de cette rencontre sous la houlette de Sr. Suzanne et de l’équipe d’animation, merci à eux. Le chant et la musique, la prière, le silence et le partage ont été porteurs de vie au plus profond des cœurs. Au terme de ces jours, nous pouvons rendre grâce à Dieu pour le don reçu comme un appel à aller toujours plus loin à l’exemple de la Vierge Marie.

Le riche partage des ateliers fera l’objet d’un travail particulier qui sera restitué à tous d’une manière ou d’une autre.
 

JF : Lorsque Elisabeth et Estelle nous ont rendu compte après le diner de ce que vous leur aviez dit au cours de cette rencontre, que nous ont-elles transmis que je vous dis à mon tour ?

- quelque chose d’abord d’une atmosphère de « consolation » :
  • joie et bonne humeur
  • les gens étaient heureux de ce rassemblement, vous …
  • simplicité dans les partages
- des convictions expérimentées et éprouvées
  •  c’est bon de se rencontrer, et la rencontre suscite un désir de se rencontrer à nouveau : entre familles, entre familles d’une même grande spiritualité, entre branches d’une même famille dans les régions et les diocèses. La foi se vit en se partageant…
  • un véritable renouveau peut passer par les familles spirituelles
- vous avez apprécié
  • la clarté des interventions et leur intérêt
  • la qualité de la musique et des chants qui ont aidé à faire corps,
  • et aussi le silence au cours des Eucharisties…
- Vous avez aussi posé l’une ou l’autre question :
  • Pourquoi pas ou peu de communautés charismatiques ? sans doute parce qu’elles relèvent plus des communautés nouvelles que de la vie religieuse
  • Pourquoi pas de laïcs intervenants ? peut-être parce que les théologiens laïcs dans les familles spirituelles ne sont pas (ou pas encore) nombreux, et que de fait les laïcs interviennent plus sous la forme témoignage… C’est ce qu’a dû pensé le comité de pilotage…
 
 
3 points de constats, il aurait pu y en avoir d’autres. C’est ce qu’avec Jean-Pierre nous avons relevé hier soir…
1. Une grande diversité
Cela a été dit au début, au milieu, et à la fin de notre rassemblement
200 groupes et familles étaient représentés. Ce n’est pas rien ! Certainement beaucoup plus de 40000 personnes
Diversité de noms, de projets, de spiritualités, comme B Delizy nous l’a présenté.

On pourrait continuer : diversité de régions (des quatre coins de France), des grandes villes, et des moins grandes, de nombres de personnes au sein des familles…

Même si c’est peut-être moins marqué qu’en 2007, il y a toujours dans l’assemblée des laïcs associés qui collaborent à des institutions dont les congrégations sont responsables, des responsables de tutelles ou autres, et d’autres qui puisent d’abord à la source spirituelle…

 
Sans doute faut-il vivre dans le temps qui vient encore
Cette grande diversité et la souplesse qui va avec. La structure va encore attendre dans bien des lieux…

Et à la fois des tentatives de typologies, recherches de critères théologiques ou canoniques sont légitimes et même indispensables

Pour mieux nous connaître et être reconnus en Eglise, pour durer…
L’échange, le dialogue peuvent gagner à une meilleure connaissance de ses propres identités.
 
2. Mais un point rassemble, et c’est marquant :
Les familles spirituelles, les divers groupes associés aux Instituts sont réunis par la mission et pour la mission, par le Christ et pour la mission du Christ.

On n’est pas associé, on ne fait pas fraternité, alliance, on ne rejoint pas une famille pour partager ses états d’âme ou échapper à sa solitude, mais par appel, pour des projets, pour vivre dans le sillage de fondateurs, mener une action commune, évangéliser, faire Eglise, participer à sa mission de réconciliation… (cf. L Villemin)

La vie religieuse et les associés ont en commun un souffle missionnaire.
 
3. Quelques points de vocabulaire

La grande diversité se reflète dans le vocabulaire, jusque dans certaines approximations. Certains termes que nous avons parfois beaucoup entendus doivent sans doute être approfondis, nuancés, complétés.

Quelques exemples :
- le mot « famille » qui est une toute une thématique.

JPL : Au milieu de tous les noms cherchant à désigner ce que nous vivons comme religieux, laïcs ou ministres ordonnés en alliance, le terme de Famille est revenu souvent. Il était déjà dans le titre de cette rencontre : familles spirituelles ou familles évangéliques, familles en chemin réfléchissant le lien dans le mouvement, familles sur le modèle de la filiation ou sur celui du Frère ou de la Sœur aînés référant pour l’avenir, ou encore de la fratrie non hiérarchisée : des frères et des sœurs ensemble avec des styles de vie différents.

En fait, l’enjeu est toujours l’échange de dons dans une circulation d’amour ouverte. Il ne s’agit pas seulement de complémentarité dans la différence mais de fertilisation mutuelle, d’interpellation mutuelle jusqu’à intégrer des recompositions toujours improbables. Cependant, le risque reste grand de se méprendre sur le terme de famille quand il devient la projection de nos désirs de famille idéale. Pour constituer aujourd’hui une famille spirituelle, une famille évangélique, il faut se rappeler d’abord ce qu’en dit Jésus : « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m’est une frère et une sœur et une mère. »[1] Ou encore, « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique. »[2] Au fond, la famille qui est nôtre, c’est d’abord celle du Père et du Fils dans nôtre, c’est d’abord celle du Père et du Fils dans l’élan maternel de l’Esprit Saint. C’est de cette famille-là offerte à tous que nous avons à être signe. Nous sommes appelés à être tous Un en Christ pour tout recevoir du Père et revenir à lui dans l’Esprit. Il s’agit bien de tenir ensemble un enracinement dans le Christ selon le mode fraternel dans des vocations différentes qui se reconnaissent et qui s’édifient mutuellement. Alors le terme de famille peut se déployer à l’infini jusqu’à désigner une famille de familles selon un mode de spiritualité et surtout, jusqu’à rejoindre la famille ecclésiale dans toute son ampleur sans repli étroit sur les seules réalités que l’on estime semblables à la nôtre, selon une tendance sectaire toujours profondément néfaste. Nos familles spirituelles sont les signes multiformes de ce Dieu-Trinité qui invite toute l’humanité à entrer dans la danse de l’amour.

 
 Le « charisme »

JF : On a beaucoup entendu le mot charisme ces jours-ci, que ce soit dans des exposés ou dans les témoignages d’hier soir, les vidéos de ce matin.

Ce mot est à la fois ancien et récent. Ancien puisque Paul l’emploie dans ses épîtres (cf 1 Co 12 : « il y a diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit… A chacun la manifestation de l’Esprit est donné en vue du bien commun), mais récent dans la théologie de la vie religieuse. C’est le concile Vatican II qui l’a mis en valeur, et surtout la période post-conciliaire. Ce terme sert alors à mettre en avant la diversité et l’originalité des Instituts, leur caractère spécifique, plus que ce qui est commun à toutes les formes de vie religieuse.

C’est un terme plutôt abstrait qu’il me semble intéressant d’associer à d’autres, comme l’a suggéré S David, en parlant de charisme, de spiritualité et de visage du Christ déployé dans l’Institut. La vie religieuse, comme la vie chrétienne, est une vie, un style de vie, une école de vie chrétienne, une expérience (et ces expressions ne sont pas abstraites !). On peut certes chercher à incarner, à mettre en œuvre un charisme, mais n’est-il pas plus conforme à l’expérience chrétienne de chercher à aimer et suivre le Christ pauvre, humble, serviteur, priant, à être saisi par Lui dans sa relation au Père…

Le mot charisme peut gagner à être complété par des termes plus existentiels, qui disent l’expérience chrétienne, la vie religieuse, la vie de l’Esprit… Il ne dit pas tout de l’expérience spirituelle des fondateurs.

 
 La réconciliation, La conversation

JPL : Dans une histoire où l’éclatement est toujours la plus grande menace, et tout spécialement aujourd’hui, la mission de réconciliation est vraiment prioritaire. Nos familles témoignent que la vie ensemble est possible dans la plus grande diversité. Il nous faut réentendre ici le texte que Laurent Villemin nous proposait en référence pour l’avancée de notre travail : « C’est le Christ qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine…pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix : en sa personne il a tué la Haine. »[3] Voilà notre Evangile, évangile de réconciliation dans un monde où la division ne cesse de faire son œuvre. En ce domaine bien sûr, rien n’est jamais acquis. L’expérience que nous avons en matière de gestion des conflits est là pour le prouver.

Pour avancer dans cette annonce évangélique, l’intuition première de la vie religieuse fut de spécifier cette vocation comme une vie de conversation. En effet, le mot conversatio en latin veut traduire une notion de conversion sous le signe d’un échange, d’une relation tant avec Dieu qu’avec ses frères et sœurs en humanité. Une conversation d’amour, un échange d’amour, un échange de dons, un échange eucharistique dans la reconnaissance des différences pour la construction d’un seul Corps. Dans le monde de notre temps où la peur se cache derrière tant d’isolements, d’individualités, d’altérités, la proposition chrétienne est sans cesse dialogale. Nous nous tournons les uns vers les autres, sans exclusive, pour nous tourner ensemble dans une même direction, celle de l’amour du Père qui nous attend. Dans cette perspective, nous devrions être capables de refondation ensemble, en communion avec les églises diocésaines. Il nous faut aujourd’hui des lieux où le vivre ensemble se rend visible, lisible, invitant et bouleversant pour tous les cœurs. Ces lieux privilégiés de conversion, de conversations peuvent devenir des pôles de ressourcement spirituel et missionnaire sous mille formes dont notre Eglise a besoin aujourd’hui et où la vie religieuse trouve tout son sens. C’est à partir de ces familles fertilisantes que la foi trouve le moyen de se diffuser en proposition de vie pour un monde neuf. Il n’est plus temps de se lamenter sur nos morts, il est temps de rendre grâce pour la vie toujours offerte, toujours nouvelle, toujours en mouvement vers un devenir inouïe dont nous ne soupçonnant même pas l’ampleur.

 
Conclusion
JF : Rencontre pleine de vie, et donc d’espérance

Cela fait du bien de ne pas entendre gémir sur la société (même si la vie y est dure), l’Eglise (même si elle est précaire), la fragilité de nos communautés…

Mais d’entendre que de fait la société bouge, l’Eglise bouge, et donc que nos communautés, quelles qu’elles soient sont appelées à bouger, en langage chrétien, à se convertir, à suivre le Christ avec détermination…

Dans ce mouvement, les relations Instituts/associés peuvent être lieu d’interpellation et de fécondation mutuelles, occasion de partager des questions vitales, vitales pour nous et pour la vie de l’Eglise et du monde.

 
Comme le disent les paroles du chant p. 41 :
Au souffle de l’Esprit
Ouvrons nos cœurs à la confiance.
Disciples de Jésus,
Ouvrons des routes d’espérance.
Là où demeure Dieu,
Dans le monde aujourd’hui.
 

JPL : Merci à Suzanne, à Bernadette, à Jean-Claude et à Laurent de nous avoir donné des balises sur ce chemin. En empruntant cette route, nos vies changent, d’une certaine manière, elles ne nous appartiennent plus, mais au-delà du dépouillement et de la mort que cela comporte, le bonheur d’amour qui nous est offert en communion avec tous l’emporte et nous fait courir comme des témoins de résurrection.

Merci à Mgr Georges Pontier d’entendre ce message, merci à Mgr Jean-Louis Papin et à Mgr Pascal Roland de nous accompagner sur cette route, merci au Père Olivier Ribadeau-Dumas et au Père Gérard Lestang de vivre une telle amitié avec nous. Votre présence en ces jours est pour nous un réconfort d’amitié et un appel à aller toujours plus loin comme familles spirituelles pour vivre ensemble avec toute l’Eglise et toute l’humanité, l’Evangile du Christ dans le sillage de nos fondateurs, au souffle de l’Esprit.

 
Retrouver le texte de cette intervention en document joint

[1] Mt 12, 47
[2] Lc 8, 21
[3] Eph 2, 14-16

Familles Spirituelles 2013