La vie monastique, « laboratoire des grandes questions de notre temps »

Un colloque organisé pour les 50 ans de la Fondation des monastères, vendredi 25 janvier, explorait les nouveaux enjeux auxquels l’univers monastique est confronté.


Crise de sens, crise écologique, gilets jaunes… La vie monastique en France a-t-elle une réponse à apporter aux enjeux d’aujourd’hui, alors que ses vocations se raréfient et que, paradoxalement, elle exerce aussi « une attraction considérable sur tous les chercheurs de sens » ? Un colloque organisé au Collège des Bernardins, vendredi 25 janvier pour les 50 ans de la Fondation des monastères, en a affirmé la conviction.

La question démographique est, certes, un souci majeur, mais « l’histoire des grands renouveauxreligieux nous enseigne que les périodes fastes ont été très brèves », relativise Dom Guillaume Jedrzej­czak, cistercien, président de la Fondation des monastères. Bien plus, fait-il remarquer, « dans cette alternance de quelques hauts et de beaucoup de bas », les « périodes maigres » ont « toujours été un creuset de transformation ».

Dans ce contexte, la question du modèle à adopter pour affronter la décroissance est « essentielle ». Face aux attentes de notre société – d’« harmonie », d’« hospitalité », de « transmission » –, le défi est d’abord celui d’offrir une « expérience ». « Ce n’est pas le temps qui s’accélère mais notre manière subjective de vivre les événements que l’on ne prend plus le temps de relier les uns aux autres », analyse sœur Cécile Rastoin, carmélite à Montmartre. En ce sens, les monastères ont, à ses yeux, un rôle à jouer pour offrir « un espace où relire et relier les événements de sa vie ».

Encore faut-il oser en franchir le seuil. « Un monastère doit rester un îlot très ouvert où l’on vient s’ancrer », souligne le père Emmanuel-Marie, prieur de l’abbaye de Lagrasse (Aude), citant l’exemple d’un trail organisé par les frères pour les coureurs de la région.

« La rencontre avec l’Église a plus de chances de se vivre, pour nos contemporains, par le biais de l’échange économique que par celui d’une pratique cultuelle », a fait remarquer l’économiste Frédéric Baule. L’abbaye du Bec-Hellouin (Eure), dont il est oblat, est ainsi plus connue pour sa ferme biologique que pour son monastère. « Être cohérent suppose aujourd’hui que l’ensemble de nos entreprises d’Église intègrent le soin de la maison commune », a-t-il insisté.

Mais l’hospitalité pose aussi la question de l’équilibre interne des monastères. Comment être ouvert au monde, aux nouvelles technologies, tout en préservant le silence intérieur et son « point d’équilibre » ? La vie monastique est travaillée par les « grandes questions de notre temps » et elle est en ce sens un « laboratoire », avait rappelé en préambule Dom Jedrzej­czak. L’ancien père abbé de Ligugé, le frère Jean-Pierre Longeat, a ainsi insisté sur la nécessité de « privilégier la qualité de relation, quels que soient les moyens utilisés », alors qu’on peut être tenté, y compris entre moines d’un même monastère, de communiquer par mails.

Céline Hoyeau
Source : https://www.la-croix.com

Pour aller plus loin : https://fondationdesmonasteres.org