Jean-Claude et Anne Duret, sortis de l’emprise

Confrontés au phénomène de manipulation mentale dans les nouvelles religiosités avant de revenir au catholicisme, Jean-Claude et Anne Duret ont voulu comprendre les mécanismes de l’abus spirituel.
Leur documentaire coproduit par KTO a été présenté ce mercredi 12 juin au siège de la Conférence des évêques de France.


Comment lui et sa femme ont pu rester enfermés pendant de nombreuses années dans la mouvance des nouvelles religiosités reste encore « incompréhensible » pour le documentariste Jean-Claude Duret. C’est parce qu’ils ont eu « la chance d’en sortir », il y a près de dix ans, qu’ils ont voulu décrypter les mécanismes de la manipulation mentale et coproduit avec KTO un documentaire sur l’abus spirituel (1), qui sera présenté mercredi 12 juin à la Conférence des évêques de France.

Accéder ici au documentaire « Emprise et abus spirituel »

« À la base, n’importe qui peut se laisser prendre », assure Jean-Claude Duret, 70 ans. Lui-même, qui a grandi dans une famille catholique de la Loire, cherchait alors « tous azimuts, dans la psychanalyse freudienne, le New Age, le zen, etc. », à « donner du sens » à l’épreuve de son divorce. Anne, elle, « pataugeait affectivement » et, ingénieur, était en quête d’une technique pour « progresser spirituellement ».

« Si nous sortions, nous disait-on, nous ne serions plus rien »
La mouvance, dans laquelle ils se rencontrent avant de se marier en 1995 et dont ils préfèrent taire le nom, leur promet cette croissance spirituelle. Les premières années, ils se sentent épanouis, trouvant de la « fraternité » et des échanges « en profondeur ». Mais l’emprise est progressive.

Le couple est appelé à prendre davantage de responsabilités et rejoint « des cercles de plus en plus concentriques ». « On nous faisait comprendre que nous n’étions pas au niveau et qu’il fallait ajouter en permanence de nouveaux modules de connaissance, témoigne Jean-Claude. Bien sûr, nous étions libres de sortir, mais si nous sortions, nous disait-on, nous ne serions plus rien et, pire, nous trahirions Dieu ».

Anne, la première, aura le déclic. « La méthode, que je suivais pourtant en bonne élève, ne m’avait pas menée bien loin au niveau de la connaissance et je me sentais dans une impasse existentielle ». La lecture de l’autobiographie de Thérèse d’Avila, et sa relation directe au Christ dans l’oraison, lui ouvrent les yeux. Elle se rapproche de l’Église, fait une retraite. « Je ne suis pas d’une nature angoissée mais une nuit, j’étais dans la plus grande confusion. Je me suis mise à prier la prière de Jésus et j’ai aussitôt été envahie d’une grande paix… »

« Des alertes intérieures »
Jean-Claude, lui, reste encore trois ans dans cette mouvance, tout en passant des heures à échanger avec sa femme. « Pendant des années, on accumule des choses que notre conscience retient même si on les refoule et, à un moment, une goutte d’eau, insignifiante aux yeux des autres, fait déborder le vase ». La goutte d’eau, c’est pour lui un énième reproche et la réponse « insatisfaisante » à sa question du dirigeant. Une part de lui résiste encore : « Tu ne peux quand même pas mettre en l’air plus de 10 ans de chemin !” » Incapable de trouver en lui la force de partir, il se met à prier pendant plusieurs mois. « Un jour, entrant dans une chapelle, j’ai entendu le Christ me dire :”Viens”. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J’étais soulagé et, quinze jours plus tard, j’en sortais. »

Lorsqu’ils regardent en arrière, les Duret revoient des « alertes intérieures ». « Mais on justifie les choses et peu à peu on anesthésie sa conscience… », regrette Jean-Claude.

S’ils n’ont pas été abusés sexuellement ou financièrement, l’abus spirituel n’en laisse pas moins des traces profondes et il leur faut plusieurs années d’accompagnement spirituel, soutenus par des religieux du Carmel, pour retrouver équilibre et liberté intérieure. « C’est une perversion morale, où le mensonge est justifié, où le mal et le bien sont brouillés. De l’ordre d’une hérésie qui fait écran à la relation au Christ », témoigne Anne, 55 ans, qui a suivi, depuis, des études de théologie avec la Catho de Toulouse.

Aujourd’hui très impliqués dans leur paroisse et dans le parcours Alpha, à Valence, ils regardent avec humilité leur trajectoire. « Nous portons une part de responsabilité, nous avons tous un ego qui a envie de réussir, d’exister, et qui est flatté en permanence. Par là, on entretient le système », analyse Jean-Claude, confiant à quel point il est « difficile de s’être fait berner à ce point pendant si longtemps… » Anne, pour sa part, reconnaît qu’il lui a fallu « aller jusqu’au bout de cette illusion de faire son salut par soi-même », pour « appeler au secours » et se reconnaître « créature d’un Créateur ».

« Émerveillés » par les « trésors de la tradition catholique » – le rôle de la conscience, le respect du for interne –, Jean-Claude et Anne Duret ont été surpris de découvrir que le phénomène d’emprise existait aussi dans l’Église catholique. « Nous pensions que notre film servirait plutôt à l’extérieur de l’Église. Nous avons été étonnés d’entendre des catholiques nous dire combien ces clés leur sont utiles ».

(1) Emprise et abus spirituel, 52’, JCD PRODUCTION/KTO 2018.

Source : https://www.la-croix.com/