La Vie : "Pour les religieux retraités, la vie communautaire est une arme contre la fragilité"

Dans la nouvelle résidence Catherine-Labouré, à Paris, des dominicains affrontent, ensemble, la vieillesse.


« On prend l’office du milieu du jour », indique d’une voix enjouée le frère Jean Lafond à sa petite communauté. C’est bientôt l’heure de passer à table, et une poignée de dominicains récitent les psaumes du jour. La vieillesse est passée par là, et les frères, âgés de 76 à 99 ans, n’entendent plus très bien, rencontrent des difficultés à s’exprimer, ont perdu des repères, comme celui du temps qui passe. Des fragilités qui n’ont pas diminué la foi qu’ils ont nourrie tout au long de leur vie. Ce n’est pas dans un couvent qu’ils sont réunis en cette journée glaciale de février, mais au sein de la salle commune d’un Ehpad, refait à neuf, la résidence Catherine-Labouré, du nom de la sainte qui oeuvra en cet endroit pendant 46 ans.

"Auparavant, les frères étaient dispersés dans des maisons de retraite dans lesquelles, se sentant isolés, ils se repliaient sur eux-mêmes. – Frère Jean Lafond"

Situé à Paris (XIIe), l’établissement de 96 chambres, géré par l’Association Monsieur Vincent, accueille des religieux et des laïcs, autonomes ou non, dont une quinzaine de filles de la Charité et huit dominicains. Attentif à ses seniors, l’ordre des Prêcheurs a choisi de les rassembler dans cette maison de retraite et d’y fonder la maison Notre-Dame des prêcheurs, érigée canoniquement en novembre 2017. « Auparavant, les frères étaient dispersés dans des maisons de retraite dans lesquelles, se sentant isolés, ils se repliaient sur eux-mêmes, relate le frère Jean Lafond, supérieur de la communauté. Ici, la vie en fraternité ne supprime pas leur maladie, mais ils se sentent en sécurité et retrouvent la vie communautaire qui leur est chère. »

C’est au quatrième étage de la résidence que les religieux cohabitent. Midi et soir, ils se restaurent ensemble dans une salle aux larges fenêtres et ont la possibilité d’aller cinq fois par semaine à la messe célébrée dans une chapelle en bas de l’Ehpad. « Tous viennent de bon coeur participer à la célébration, y compris les plus dépendants, qui récitent les prières qu’ils connaissent par coeur et échangent des sourires au moment du geste de paix », constate le frère Jean Lafond. « Nous sommes mieux suivis, reconnaît le frère Paul-Henri Coutagne, 91 ans, qui enseignait la philosophie. Dans le couvent Sainte-Marie de La Tourette, à 30 km de Lyon, où j’habitais, pour nous rendre chez le médecin, nous devions trouver un frère disponible pour nous conduire en voiture. » Depuis l’arrivée du groupe, il y a trois mois, Jean Lafond note des améliorations : « L’un d’entre eux restait dans son lit sans dire un mot. Aujourd’hui, il marche, s’exprime et a même réussi à nous faire rigoler hier soir à table en parlant étonnamment de cigarettes. »

Source : http://www.lavie.fr