"La recherche du Visage de Dieu", une nouvelle Constitution sur la vie contemplative féminine

(RV) La promotion d’une formation adéquate, des critêres spécifiques pour l’autonomie des communautés contemplatives, l’appartenance des monastêres à une fédération : ce sont quelques-uns des points qui sont abordés dans la constitution apostolique Vultum Dei Quaerere (la recherche du Visage de Dieu), consacrée à la vie contemplative féminine et signée par le Pape François le 29 juin dernier et présentée ce vendredi 22 juillet en salle de presse du Saint-Siêge.


La derniêre constitution apostolique régissant la vie des sœurs contemplatives, Sponsa Christi, avait été rédigée par Pie XII. Le dernier texte vient donc, selon Mgr José Rodriguez Carballo, secrétaire de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, combler une lacune qui remonte à l’aprês-Concile et dont les conséquences commençaient à se voir.

Ce texte présente douze thêmes de réflexion sur la vie communautaire contemplative et quatorze dispositions.

Les précisions de Xavier Sartre

Le monde a « immensément besoin » de la « vocation spéciale » et de la « mission cachée » des sœurs contemplatives. Le Pape François rappelle que cinquante ans aprês le concile Vatican II, il est nécessaire de tenir compte « du chemin intense et fécond parcouru par l’Église elle-même ces derniêre décennies », et « des conditions socio-culturelles qui ont changé ». Il est nécessaire, poursuit le Pape, de tisser avec l’histoire humaine « un dialogue qui sauvegarde cependant les valeurs fondamentales sur lesquelles est fondée la vie contemplative, laquelle, à travers ses exigences de silence, d’écoute, de rappel à l’intériorité, de stabilité, peut et doit constituer un défi pour la mentalité d’aujourd’hui ».

Suivent donc douze thêmes, dont la priêre, liturgique et personnelle, « exigence fondamentale pour nourrir » la vie contemplative. La lectio divina doit être « la nourriture » de la contemplation et de la vie quotidienne. Elle doit « aider à cultiver un cœur docile, sage et intelligent ». Le Pape revient sur la nécessité de célébrer fréquemment le sacrement de la Réconciliation ou de la Pénitence, « pour renouveler » les cœurs et « purifier » la relation avec Dieu.

La vie communautaire doit, elle, être « le reflet de la grâce du Dieu Trinité Amour ». « Une communauté existe dans la mesure où elle nait et s’édifie avec la contribution de tous, chacun selon ses propres dons ». Si l’autonomie de chaque communauté favorise « la stabilité de vie et l’unité interne », elle ne doit pas signifier « indépendance et isolement ». C’est pourquoi, dans les dispositions finales, le Pape spécifie que « tous les monastêres devront faire partie d’une fédération ». Toute dérogation ne pourra être accordée que par le Saint-Siêge. Et pour mieux répondre aux exigences de notre temps, les sœurs pourront suivre des « cours spécifiques de formation, même hors de leur monastêre ». Une maniêre pour le Pape François de faire sortir, en quelque sorte, comme le reste de l’Église, les communautés de vie contemplative.

Mgr José Rodriguez Carballo, O.F.M., secrétaire de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, revient au micro de Xavier Sartre sur les principales nouveautés de ce texte constitutionnel.

Synthêse de ce texte :

Dans une longue introduction, le Pape François rend hommage aux sœurs contemplatives. Il rappelle que l’Église compte sur leur priêre et leur offrande « pour porter aux hommes et aux femmes de notre temps la bonne nouvelle de l’Évangile », car notre monde contemporain, « obéissant au moins dans sa grande partie à des logiques de pouvoir, économiques et consuméristes » et ne comprenant pas facilement « la vocation spéciale » et la « mission cachée » de ces sœurs, en a « immensément besoin ».

François précise le but de cette constitution : tenir compte tant « du chemin intense et fécond parcouru par l’Église elle-même ces derniêres années, à la lumiêre des enseignements du concile œcuménique Vatican II, que des conditions socio-culturelles qui ont changé ». « Il est nécessaire, selon le Pape, de tisser avec [l’histoire humaine] un dialogue qui sauvegarde cependant les valeurs fondamentales sur lesquelles est fondée la vie contemplative, laquelle, à travers ses exigences de silence, d’écoute, de rappel à l’intériorité, de stabilité, peut et doit constituer un défi pour la mentalité d’aujourd’hui ».

Douze thêmes sont ensuite développés par la constitution, à commencer par la formation. Le monastêre demeure « le lieu ordinaire où se déroule le cheminement de la formation » et « la vie fraternelle en communauté, dans toutes ses dimensions, doit favoriser un tel cheminement ».

La priêre liturgique et personnelle, rappelle le texte, « est une exigence fondamentale pour nourrir [la] vie contemplative ». La vie de priêre et la vie contemplative « doivent élargir le cœur pour embrasser l’humanité entiêre, particuliêrement ceux qui souffrent » et « par la priêre d’intercession », les sœurs ont un « rôle fondamental dans la vie de l’Église ».

La lectio divina, qui « est l’art qui aide à accomplir le passage du texte biblique à la vie », qui est « l’herméneutique existentielle de l’Écriture Sainte, grâce à laquelle nous pouvons réduire la distance entre la spiritualité et la vie quotidienne, entre la foi et la vie », doit demeurer « la nourriture » de la contemplation et de la vie quotidienne. Elle doit également aider les sœurs contemplatives « à cultiver un cœur docile, sage et intelligent ».

L’Eucharistie reste « le sacrement par excellence de la rencontre avec la personne de Jésus ». De là découle « la célébration fréquente, personnelle ou communautaire, du sacrement de la réconciliation ou de la pénitence » qui doit permettre de renouveler les cœurs et purifier la relation avec Dieu dans la contemplation.

Autre thême, celui de la vie communautaire : « la vie consacrée témoigne du croire et du vivre de l’amour du Pêre, du Fils et du Saint-Esprit, et ainsi la communauté fraternelle devient reflet de la grâce du Dieu Trinité d’Amour ». Mais « une communauté existe dans la mesure où elle naît et s’édifie avec la contribution de tous, chacun selon ses propres dons, cultivant une forte spiritualité de communion qui conduise à ressentir et vivre une appartenance commune ». Cette dimension est essentielle car notre monde attend beaucoup, souligne la constitution, de ce « témoignage de vraie communion fraternelle ».

Autonomie et fédération

L’un des points essentiels de la nouvelle constitution apostolique concerne l’autonomie des monastêres. Cette autonomie « favorise la stabilité de vie et l’unité interne de chaque communauté ». Mais elle « ne doit pas signifier toutefois l’indépendance ou l’isolement, en particulier envers les autres monastêres du même Ordre ou de la même famille charismatique ».

De là vient l’importance d’appartenir à une fédération afin de ne pas rester dans son coin. La clôture est également abordée et le texte en rappelle les trois principaux types : papale, constitutionnelle et monastique.

C’est une des valeurs fondamentales de la vie en monastêre, édictées par saint Benoît : le travail. Les activités menées par les sœurs contemplatives « mettent en étroite relation avec ceux qui travaillent avec responsabilité pour vivre du fruit de leurs mains pour contribuer à l’œuvre de la création et servir l’humanité ; en particulier cela vous rend solidaires des pauvres ». Mais ce travail « sera accompli avec dévotion et fidélité, sans se laisser conditionner par la mentalité d’efficacité et d’activisme de la culture contemporaine ».

Le Pape préconise aussi de « faire attention au silence habité de la Présence », le silence qui « est vide de soi-même pour faire place à l’accueil ». A l’opposé du silence, les moyens de communication ont fait irruption dans les communautés. François les exhorte à rester prudentes afin que ces moyens « soient au service de la formation à la vie contemplative et aux communications nécessaires, et non des occasions de dissipation et d’évasion de la vie fraternelle en communauté, ni préjudiciables à votre vocation, ni un obstacle pour votre vie entiêrement consacrée à la contemplation ».

Dernier thême abordé : l’ascêse qui « conduit à nous libérer de tout ce qui est propre à la mondanité pour vivre la logique de l’Évangile qui est la logique du don de soi ».

Dispositions finales

Au-delà de ces rappels et de ces précisions, le Pape François, dans cette constitution apostolique, prend un certain nombre de dispositions. C’est la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique qui est bien évidemment chargée de sa mise en œuvre. Mgr Carballo a émis le souhait qu’une nouvelle Instruction remplace d’ici le mois d’octobre l’actuel document, Verbi sponsa, qui complétait la précédente constitution.

Concernant la formation, le Pape dispose que « les fédérations favoriseront la collaboration entre les monastêres par l’échange de matériel pour la formation et en utilisant les moyens de communication digitale ». Des maisons de formation initiale communes à plusieurs monastêres devront être ainsi favorisées. Les sœurs « qui sont appelées à assurer le service délicat de la formation peuvent suivre des cours spécifiques de formation, même hors de leur monastêre ».

Le Pape insiste sur un point três délicat, celui du recrutement des candidates. « On doit absolument éviter le recrutement de candidates venant d’autres pays dans le seul but de préserver la survie du monastêre ».

Les sœurs qui exercent le ministêre de l’autorité sont invitées à le faire dans « un esprit de fraternité et de service pour favoriser un climat joyeux de liberté et de responsabilité ».

La question de l’autonomie est également abordée avec précision : elle doit être vérifiée par un certain nombre de critêres : ne pas avoir un trop grand nombre de sœurs d’un âge trop avancé, la vitalité dans le vécu et la transmission du charisme, une réelle capacité de formation et de gouvernement, la pertinence et l’insertion dans l’Église locale, la possibilité de subsistance.

Une des principales innovations du texte est l’obligation faite à tous les monastêres de faire partie d’une fédération. Toute dérogation ne pourra être accordée que par le Saint-Siêge. La constitution prévoit également l’association, même juridique, des monastêres avec l’Ordre masculin correspondant.

Sera donnée à chaque monastêre la possibilité de demander au Saint-Siêge quelle forme de clôture il veut adopter, au cas où il demande une forme différente de celle en vigueur.

Toutes ces dispositions, qui devront être précisées et mises en place via la nouvelle Instruction, visent à faire de ces sœurs contemplatives des « flambeaux qui accompagnent le chemin des hommes et des femmes dans la nuit obscure du temps ». (CV-XS)

Source : http://fr.radiovaticana.va