La vie en EHPAD, en communauté d’aînées en ce temps de confinement

Témoignage d’une supérieure de communauté dans un EHPAD


Je suis supérieure de notre communauté de 48 sœurs (dont 19 entre 90 et 100 ans) dans un EHPAD d’association de 105 résidents au total.
Nous avions un rythme d’une réunion par mois et par étage et une réunion commune des 4 étages par mois. Cela nous permettait de réfléchir ensemble de nous connaître un peu autrement, de faire « communauté ».
La chapelle de 100 places permet des célébrations festives avec des personnes extérieures en dehors des messes 3-4 fois par semaine ainsi que l’office des vêpres quotidien.
Toute cette organisation a été chamboulée par l’arrivée du Coronavirus et le confinement en chambre avec autorisation de sortir masquée dans les couloirs, la chapelle et l’espace autour de la maison, éventuellement accompagnée d’un soignant.

Quand je relis ces 5 semaines de confinement, je me retrouve d’une certaine manière dans la même situation qu’il y a 30 ans en Algérie pendant les années de terrorisme où nous ne savions jamais à quel moment l’ennemi allait frapper.
Et pourtant, la vie devait continuer malgré les peurs et les angoisses.…

Le virus a déjà frappé 3 de nos sœurs et chaque jour je me demande sur laquelle d’entre nous tombera le prochain diagnostic.

Le temps du Carême si particulier cette année, sans eucharistie, sans réflexions et partages communautaires possibles a été vraiment une traversée d’un désert non choisi. Et pourtant, dans ce désert des fleurs de patience, d’espérance, de confiance, d’abandon ont germées.
La joie de Pâques a été une joie autrement profonde et lumineuse : la résurrection du Seigneur, à la fois incompréhensible par le seul raisonnement et pourtant tangible dans tous les gestes de dévouement, de don de soi gratuit vécu par les soignants, le personnel à tous les niveaux. Et de la Résurrection je suis aussi témoin quand je vois la patience et la souffrance des malades, de celles qui luttent pour vivre encore comme de celles qui s’abandonnent et savent qu’elles approchent de la vraie Vie.
Je perçois d’une manière nouvelle que c’est vraiment le mystère de Pâques qui donne sens à ce qui nous est donné de vivre dans la vie de tous les jours en EHPAD.
« Il est grand ce mystère de la foi » et je rends grâce pour tout ce qui m’est donné de vivre au milieu de mes sœurs et des résidents de la maison.

Sr Maria Reuter, Doctrine Chrétienne de Nancy