Le Saint-Siêge veut revaloriser la mission des religieux non-prêtres

Un document, préparé de longue date par la Congrégation de la vie religieuse du Saint-Siêge, remet en relief l’identité et la mission des frêres pour qu’elles soient mieux appréciées au sein de l’Église à un moment où elles sont jugées nécessaires à « une plus grande humanisation de la société ».


Ils ne sont pas prêtres. Ils sont laïcs mais avec une vie consacrée. Les religieux frêres restent trop souvent « au deuxiême plan » dans l’Église, comme le reconnaît un document publié, lundi 14 décembre, par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. Ce dicastêre (équivalent de ministêre) de la Curie romaine avait été chargé en 2008 par Benoît XVI d’élaborer un texte « valorisant la richesse de la vocation des frêres religieux ». Repris par le pape François, à qui la notion de fraternité est três chêre, la publication de ce document d’une cinquantaine de pages s’inscrit dans le cadre de l’année de la vie consacrée, qui s’achêvera le 2 février prochain.

Une réponse au manque de fraternité du monde
Destiné avant tout aux fraternités consacrées elles-mêmes, le texte souligne la spécificité de leur vocation au service des plus faibles.
« La vocation de frêre est un aspect de la réponse que Dieu donne au manque de fraternité qui afflige le monde aujourd’hui », est-il défini, appréciant chez les frêres « une sensibilité aiguë pour tout ce qui affecte les plus petits de la société, les opprimés par différentes formes d’injustice, les abandonnés en marge de l’histoire ou du progrês ».
Leur vocation « fait ressortir la dignité des services et des ministêres liés aux multiples nécessités de l’être humain ». Entre autres icônes évoquées au fil du texte pour illustrer le propos apparaissent ainsi celle du lavement des pieds ou celle du Bon Samaritain.

Service professionnel
Se voulant avant tout une référence spirituelle générale, le document se garde de détailler chiffres et exemples des religieux frêres, qui représentent un cinquiême de l’ensemble des religieux hommes dans l’Église aujourd’hui.
Rappel est fait toutefois de l’essor des fraternités consacrées depuis saint Benoît jusqu’aux œuvres de saint Jean-Baptiste de la Salle (Frêres des écoles chrétiennes) en passant par les origines des franciscains, mêlant prêtres et laïcs. Le document est d’ailleurs en date du 4 octobre 2015, fête de saint François d’Assise.
Au-delà de ces divers charismes, le texte fait ressortir « l’unité entre le profane et le sacré » que réalisent les religieux frêres, souvent investis dans des écoles et hôpitaux ou dans un travail manuel.
Leur « service professionnel dans toute tâche, aussi profane qu’elle puisse paraître » s’ajoute à une vie religieuse répondant aux trois vœux essentiels de chasteté, pauvreté et obéissance. De quoi offrir, en plus du service rendu, un témoignage de foi : « Le frêre rappelle au laïc engagé dans la société séculiêre que le progrês sur la terre n’est pas la fin définitive. »

Des « fraternités de service »
La vie entre frêres doit aussi servir de témoignage. Le texte insiste sur la dimension communautaire de cette vocation religieuse, qui n’est par définition pas solitaire. Il les appelle des « fraternités de service » ou encore « experts en communion », appelés à rayonner : « Leur fraternité sera créatrice de fraternité ».
C’est pourquoi le Saint-Siêge juge plus que jamais nécessaires ces frêres religieux dans le monde aujourd’hui considérés comme « prophêtes pour notre temps ». Leur service, d’aprês le document, peut « contribuer à une plus grande humanisation de la société et répondre à sa quête de spiritualité ».
Accueil des étrangers, aide à déceler un sens à sa vie, valorisation de la présence, défense de la vie et de la nature et bon usage des nouvelles technologies sont autant de pistes recensées où le Saint-Siêge appelle les fraternités consacrées à se déployer. La place des femmes est aussi mise en avant. Le document bien qu’axé sur les religieux frêres précise qu’il s’adresse tout autant aux religieuses.

Une vocation pas toujours bien comprise
Si, comme pour d’autres ministêres, le Saint-Siêge insiste sur la qualité des formations initiale et permanente indispensables aux religieux frêres, il invite aussi le reste de l’Église à renouveler son regard sur eux. Les ordres comprenant des religieux prêtres et frêres doivent établir « un ordre de relations basé sur l’égale dignité ».
La réflexion théologique à leur sujet doit être approfondie. Et les vocations promues : « Les pasteurs et les membres de la hiérarchie de l’Église sont invités à favoriser la connaissance et la valorisation du religieux frêre dans les Églises locales ». L’objectif est de mettre fin au constat initial du texte : « La vocation du religieux frêre et, par conséquent celle des religieuses, n’est pas toujours bien comprise et estimée à l’intérieur de l’Église ».

Sébastien Maillard (à Rome)

www.la-croix.com