Le confinement vécu en communauté de sœurs aînées

En responsabilité depuis deux ans dans une communauté de sœurs aînées, dont l’âge varie de 54 à 100 ans, voici les réflexions touchant la vie communautaire que je peux vous partager sur ce temps de confinement, suivies de quelques témoignages.


Il faut tout d’abord noter que nous sommes une communauté de sœurs aînées de 23 membres, située dans une commune rurale du diocèse de Vannes. Le Morbihan était l’un des 3 départements en France à avoir été touché très tôt par le Covid-19 et donc à avoir des zones « cluster ». Aussi, nous avons pris très rapidement des mesures de restriction. Les gestes barrières ont été mis en place et observés par chacune.

Notre communauté est composée de :
- 3 sœurs dans un état de dépendance totale,
- 7 fragilisées par suite de leur état de santé,
- et 13 sœurs autonomes dont 3 ont moins de 60 ans.

Nous avons pris des mesures par étapes.
Ainsi, dès l’annonce du confinement aucune sœur ne pouvait plus rendre visite à nos trois sœurs dépendantes.
Avant le pic de l’épidémie, 6 sœurs de santé fragile ont été confinées dans leur chambre avec la même règle que les 3 sœurs de l’infirmerie. Seuls la supérieure et le personnel soignant avaient droit de visite. Elles sont restées isolées dans leur chambre, priant et prenant leur repas seules, la radio chrétienne (RCF) leur tenant compagnie. Chaque chambre ayant été équipée d’un poste de radio.
De plus, 2 sœurs vivent à l’écart. Une sœur, aide-soignante de 54 ans, travaillant dans le service covid19 de l’hôpital de Pontivy, vit séparée dans des bâtiments annexes de la communauté. Nous échangeons avec elle de visu mais à distance, par téléphone ou par internet. Une deuxième devant se rendre 3 fois par semaine à l’hôpital pour des soins est également isolée de la communauté.
Les autres sœurs appliquent les gestes barrières à la chapelle, à la salle à manger et à la salle de communauté.
Nous avons la chance de vivre dans les locaux spacieux d’un ancien centre spirituel dont les chambres sont équipées d’un cabinet de toilette complet.
Régulièrement, en qualité de responsable de la communauté je donne des nouvelles des unes et des autres et nous nous portons réciproquement dans la prière.

Durant ce temps de confinement, la prière de la communauté s’est intensifiée en instaurant notamment un temps d’adoration eucharistique chaque jour et en vivant des célébrations communautaires préparées avec beaucoup de soin, en communion profonde avec nos sœurs confinées en chambre.
Les sœurs se retrouvent chaque jour pour vivre à la radio la messe célébrée par Mgr CENTENE, à 15h. Les dimanches et les jours de fête, KTO ou la chaine de télévision France 2 nous permettent de suivre de belles messes en lien avec le monde entier et en communion avec les personnes empêchées d’y participer.
Pendant la semaine sainte, nous avons pu suivre sur RCF la retraite de 5 jours proposée par le diocèse nous préparant à la fête de la Résurrection du Christ. De plus, nous avons suivi toutes les interventions du Pape François retransmise sur KTO, notamment la bénédiction Urbi et Orbi qui nous a particulièrement impressionnées.
Pâques a été célébrée malgré le confinement dans la joie et nos sœurs confinées dans leur chambre sont venues, ce jour, partager le repas de fête après avoir vécu ensemble une célébration avec communion eucharistique.

Ce temps de confinement a aussi renforcé notre prière vers « l’autre ». Chaque jour, elle est orientée vers les malades, les différents personnels soignants des hôpitaux et des EHPAD, ainsi que les personnels des autres services nécessaires au bon fonctionnement de notre pays.
Ensemble, nous avons fait quelques petits gestes. Nous avons écrit à des EHPAD de la région pour assurer les résidents et le personnel de notre prière. Nous avons pris régulièrement des nouvelles des personnes associées à notre congrégation, ainsi que des personnes que nous savions isolées.
Nous avons aussi confectionné quelques masques pour le personnel de la maison et les sœurs de la communauté.

Témoignages de quelques sœurs :

« Ce temps de confinement a été pour moi une expérience de vie : vivre dans la confiance et l’abandon….
Dans les activités, les imprévus et les contraintes ont été pour moi l’occasion de vivre avec plus de patience et de souplesse, une entraide dans les partages de petits services… et surtout de vivre une profonde action de grâce car j’ai mesuré l’immense chance de vivre en communauté, priant pour les familles confinées dans les petits appartements, pour les personnes seules, pour les malades, ceux qui les soignent et les accompagnent. J’ai vraiment compris que je n’avais aucun motif de me plaindre. Je devais seulement louer le Seigneur et intercéder pour notre monde en détresse ». (77 ans)

« Dans la communauté règne un climat de recueillement et de charité tangible...
Le monde entier est anxieux pour l’avenir. Bon gré, mal gré, il faudra s’adapter à vivre autrement. Puisse-t-on écouter notre pape François qui dans son encyclique Laudato Si conseille sobriété et simplicité, fraternité et partage. » (Sœur de 95 ans)

« Je vois à quel point, nous sommes « poussière », « grain de sable tous ensemble, moins qu’un souffle » … un si petit virus est plus puissant que le monde entier ! » (70 ans)

« J’ai le temps de prier. Jésus n’est pas « confinable ». Il m’accompagne, me fait cheminer vers l’essentiel « Lui ». Je prends le temps de lire et avec Lui, j’essaye de vivre ma devise tout un programme : « avance au large, sois sans crainte, le Seigneur est toujours avec toi » (Lc 5, 6-10). (85 ans)

« Ce temps de confinement m’a permis de me reposer davantage, de donner au Seigneur plus de temps dans la prière. Il m’a permis de reprendre des lectures spirituelles fondamentales, de faire la relecture de ma vie et de m’interroger sur l’ESSENTIEL aujourd’hui pour moi. C’est vraiment un temps de dépouillement et de solitude avec le Seigneur. Il m’a permis aussi de me tourner vers des personnes seules en leur adressant messages ou appels téléphoniques.
Cependant la communion eucharistique me manque et cela a aussi pour effet de comprendre mieux le « Pain de vie » et de sentir qu’Il m’était nécessaire pour être plus en diapason avec le Seigneur Jésus et mieux le servir et le louer. Cependant, je vis une certaine frustration quand je vois les besoins d’aide dans les hôpitaux et les EHPAD et ne pouvant pas me proposer vu mon âge (plus de 70 ans) ». (78 ans)

Ce temps de confinement permet à chacune de vivre davantage la charité fraternelle à travers de petites attentions et de petits gestes de la vie quotidienne. Et cela me fait penser aux paroles prononcées par le Pape François au cours de son homélie du 5 avril 2020 : « la vie ne sert à rien si on ne sert pas, parce que la vie se mesure à l’amour ». Et je pense que la joie la plus grande est de dire « oui » à l’amour sans « si » et sans « mais » !
Et en ce temps pascal, en espérant que la période de confinement s’achève très bientôt, je terminerai ce propos par ce cri de joie :

Jésus est ressuscité ! Alléluia !
Qu’éclate la joie de Pâques !
Qu’elle s’élève sur toute la terre
comme une flamme dans la nuit
et qu’elle illumine la vie de tous les hommes !
Jésus est plus fort que la mort !

Soeur Marie-Yvonne, Saint Joseph de Cluny