Lectio divina de Mgr Pascal Roland : méditation de Luc 10, 1-9 sur la mission


Parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore 72 et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller.

72 disciples, comme la totalité des nations païennes… C’est un appel annonciateur de l’extension de la prédication évangélique à tout le monde païen… C’est l’indication que la Bonne Nouvelle n’est pas réservée à un petit groupe de privilégiés… C’est la promesse de l’ouverture de l’Évangile à tout homme…

Tous les disciples du Christ doivent donc être missionnaires. De fait, par notre baptême et notre confirmation, nous sommes tous responsables de la diffusion de la Bonne Nouvelle et de la croissance du Royaume.

Il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller.

Deux par deux : On n’est jamais seul ! Ce n’est pas anodin d’être envoyé avec un autre. C’est une manière de nous signifier la dimension ecclésiale de toute évangélisation. La mission n’est pas une entreprise individuelle. Personne n’est un artisan installé à son propre compte. Personne n’est propriétaire de la mission. Personne ne peut prétendre être témoin, à lui seul, de quelque chose qui le dépasse infiniment. Personne ne peut prétendre être le concessionnaire exclusif de la Bonne Nouvelle. D’autres sont également habilités et missionnés pour proclamer cette Bonne Nouvelle. Chacun aura toujours besoin d’un frère pour compléter, équilibrer nuancer, apporter un accent différent, élargir l’horizon. Il y aura toujours besoin d’un frère afin que chacun entende proclamer les merveilles de Dieu dans sa propre langue…

Il les envoya devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller.
Nous n’avons rien d’autre à faire que d’annoncer : Le règne de Dieu est tout proche de vous !

Nous ne devons pas nous substituer au Christ. A la manière de Jean-Baptiste nous avons à préparer le terrain dans le cœur des hommes. Nous avons à désigner le Seigneur : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Nous avons à faciliter la rencontre personnelle avec Celui qui vient et qui est plus grand que nous, parce qu’avant nous il était. Nous avons à nous effacer devant celui qui est le seul envoyé, l’envoyé du Père, dans l’Esprit.

Le seul missionnaire : celui qui a l’autorité du Père pour parler efficacement et agir en son nom. Celui qui est la Bonne Nouvelle en personne.

Priez le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la moisson.

Nous devons commencer par nous mettre en présence de Dieu et lui demander son secours. Nous devons nous rappeler que c’est lui le maître d’ouvrage. Il y a une seule mission, la sienne, à laquelle nous sommes associés. Les missionnaires ne peuvent être que des instruments dociles entre les mains du Seigneur : prier le Seigneur, c’est se placer humblement devant Dieu et devant la tâche à accomplir. Prier, c’est faire confiance au Seigneur et c’est se laisser conduire par son Esprit Saint dans les actions que nous entreprenons.

Priez le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la moisson.

Comment le Seigneur peut-il nous parler de moisson abondante ? Alors que tout autour de nous nous voyons des terrains encore en friche ? Tant de terres humaines n’ont pas encore été vraiment labourées ! Et encore moins ensemencées ! Comment le Seigneur peut-il envisager la moisson ? Relevant ce paradoxe, St Jean Chrysostome nous répond : Le même jour vous pourrez à la fois semer et moissonner ! Il nous faut en effet demeurer dans l’humble disponibilité à celui qui a promis d’être avec nous tous les jours. Il ne nous est demandé que d’être joyeusement disponibles, humbles serviteurs, disposés à faire tout ce que le Seigneur nous dira.Il faut nous apprêter à récolter le fruit du Mystère Pascal, le fruit surabondant de Jésus, le grain de blé tombé en terre, mort par amour, pour nous donner la vie.

Priez le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la moisson.

Seigneur, comme il est dangereux de prier ! Prier, n’est-ce pas s’exposer ? N’est-ce pas dire comme le jeune Samuel : Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ! N’est-ce pas dire comme Marie : Voici la Servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta Parole… Prier, c’est prendre le risque de l’entendre nous dire : Allez, je vous envoie ! Prier, c’est renoncer à vouloir maîtriser et à organiser à la place du Maître. Prier, c’est se rendre disponible pour entrer dans le projet d’un autre, pour coopérer à une entreprise qui nous précède et nous dépasse infiniment.

Prier, c’est prendre le risque d’entendre le Seigneur nous ordonner quelque chose d’effrayant :
Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups... N’emportez ni argent ni sac ni sandales...

Jésus ne nous cache pas les oppositions et les persécutions qui attendent ses disciples. La tâche est simple mais n’est pas tranquille ! En même temps, Jésus exige que nous entrions dans le combat les mains nues. Car on ne répand pas l’Evangile comme on diffuserait un produit commercial ! Aussi Jésus demande-t-il que nous renoncions aux sécurités humaines et au déploiement de moyens extraordinaires. Pour la mission, il nous faut surtout être libres de tout... libres de tout, sauf de l’amour qui a saisi notre cœur. L’amour qui nous brûle et que nous voulons communiquer. Nous pouvons adopter comme règle missionnaire celle énoncée par St Paul : Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil. Nous n’avons certes rien d’autre à faire valoir que la croix de Jésus. La croix par laquelle nous vient le Salut.

Et nous ne devons jamais perdre de vue que le véritable disciple participe toujours, d’une manière ou d’une autre à cette croix. Il est toujours conduit à se configurer à la croix et à dire avec St Paul : Je porte dans mon corps la marque des souffrances de Jésus.

Il ne nous est demandé qu’une seule chose : suivre résolument Jésus, l’Agneau envoyé parmi les hommes : agneau muet devant celui qui le tond ; agneau docile qu’on mène à l’abattoir ; agneau sans défaut et sans tache ; agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ; agneau égorgé ; agneau de la Pâque ; agneau des noces éternelles qui nous invite à son festin ; agneau qui ouvre les sceaux ; agneau victorieux ; agneau qui reçoit louange, honneur, gloire et pouvoir, pour les siècles des siècles.

Dans toute maison où vous entrez, dites d’abord Paix à cette maison !

Cela fait écho à ce qu’annoncent les anges à Noël : Paix sur la terre  aux hommes que Dieu aime ! Cela fait également écho auxpremiers mots de Jésus ressuscité : La Paix soit avec vous ! N’est-ce pas la réalisation de la promesse faite par le prophète Isaïe : Je dirigerai vers Jérusalem la paix comme un fleuve. Voilà la Bonne nouvelle que nous avons à annoncer : la Paix ! Jésus est le Prince de la Paix. Il est celui qui inaugure une création nouvelle, celui qui vient nous consoler et nous procurer la joie. Nous avons donc à annoncer la Paix. Nous avons à annoncer que le monde abîmé et cassé par le péché est désormais réconcilié par le Christ !

+ Pascal ROLAND
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