Sœur Véronique Margron : « les victimes d’abus ont été nos maîtres »

Propos recueillis par Antonella Palermo-Vatican News


Présidente de la Corref, la Conférence des religieux et religieuses de France, la théologienne dominicaine revient sur le travail de réparation envers les victimes d’abus sexuels dans l’Eglise, alors que le rapport de la commission Sauvé est attendu à l’automne.

Soeur Véronique Margon, religieuse dominicaine est l’une des personnalités de l’Église de France les plus mobilisées sur le dossier douloureux des abus sexuels. Alors que la Ciase, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, présidée par Jean-Marc Sauvé devrait remettre son rapport à l’automne prochain, la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (la Corref), revient sur le travail auprès des victimes qu’elle accompagne depuis des années.

Ce qui est admirable est qu’un certain nombre de personnes victimes ont accepté de travailler à nos côtés, je pense que ce sont elles qui ont été « nos maîtres » pour que vraiment nous entendions l’ampleur du crime, l’ampleur des traumatismes pour toute une existence, y compris quand les faits sont très anciens. Les répercussions sont encore fortes aujourd’hui dans la vie de personnes qui peuvent avoir 70 ou 80 ans. Aujourd’hui, ce qu’attendent les victimes c’est évidemment le rapport de la commission indépendante et que l’Église de France soit capable de prendre ses responsabilités, de prendre ces décisions aussi comme celle de participer, y compris financièrement, à pouvoir relever quelque chose de leur diginité.

Où en êtes vous au niveau de la formation dans les instituts religieux ?

Ce qui est urgent et important dans la formation de ces instituts religieux, c’est tout d’abord la connaissance de ces drames. Avoir conscience de l’ampleur des crimes qui se sont produits ou qui peut-être se produisent encore sans qu’on le sache, avoir conscience du système qui les a rendus possibles, ce système qui mêle le secret, une obéissance dévoyée qui devient toute puissante, une culture où l’on doit taire les choses, une conception de l’unité parfois elle aussi complètement dévoyée, où sous prétexte d’être unis il ne faut rien dire. Ça c’est la première étape, il faut vraiment que dans la formation les personnes aient conscience de ce qui s’est passé. L’autre étape est bien-sûr de mieux former, sur les dimensions affectives, psychosexuelles de la personne, réfléchir à ce que veut dire « être à sa juste place » dans une relation, en particulier avec un mineur ou une personne vulnérable, qu’est ce qui est interdit relationnellement, dans les gestes ou attitudes qui relèvent d’une sorte de séduction érotique. Et puis c’est enfin la formation sur les questions d’autorité, puisque dans la vie religieuse notamment on voit bien ce lien entre les abus d’autorité et les violences sexuelles. Il s’agit donc de mieux former à ce qu’est la « juste autorité », une autorité qui doit faire croître la personne et non aune autorité qui s’est prétendue toute puissante.

Source et photo : https://www.vaticannews.va/