Méditation du frère François Cassingena-Trévedy, moine bénédictin.


"Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir… Quand je m’y suis mis, quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls et les peines où ils s’exposent (…), j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre." (Blaise PASCAL, Pensées, 201, 205, éd. de la Pléiade, 1936)

Il y a tout au fond de nous des espaces infinis que nous avons peur de côtoyer et que nous fuyons d’ordinaire. Une occasion nous est offerte en ces jours de les approcher, de les habiter, et de découvrir, au fond du puits sans fond que nous sommes, cette "eau vive qui jaillit en vie éternelle" (Jn 4) et que Jésus indiquait à la Samaritaine. C’est par nos profondeurs essentielles, par nos abîmes partagés, ouverts les uns aux autres comme des vases communicants, que se nouent nos véritables relations sociales. Nos distances nous rapprochent autant que nos caresses, nos majestés respectives autant, et plus sans doute, que nos facilités ordinaires.

Étonnant, ce silence qui s’entend aujourd’hui partout alentour. Qui eût cru que cela fût possible ? Nous sommes entrés, malgré nous, dans la gestation d’une civilisation différente, car c’est une civilisation différente qui doit absolument commencer à naître de cette épreuve. Il y a trop de choses dont ne voulons plus, dont nous n’en pouvons plus.

Confinons-nous dans l’infini qui fait notre dignité d’homme et notre seule valeur d’échange entre humains.

IN SILENTIO ET IN SPE ERIT FORTITUDO VESTRA
"Votre sagesse sera de rester tranquilles et de garder l’espérance" (Isaïe, XXX, 15)

Union de prière pour le monde de la santé qui se dépense jusqu’à la corde, pour les scientifiques qui cherchent et vont trouver un remède, pour les différents corps mobilisés afin de faire respecter le confinement avec rigueur.

Le confinement est une exigence civique sans dispense : c’est aussi un exercice spirituel. En nous isolant, il nous fait retrouver des liens ; en mortifiant notre frénésie de vivre, il nous révèle le vital de la vie ; en nous mettant en arrêt, il fait de nous les artistes des tâches les plus humbles. »