Mes rencontres avec Mgr Bergoglio : des moments inoubliables (par le P. Pierre-Marie, sjm)


Le dicton se vérifie encore une fois : « on rentre pape au conclave et on en sort cardinal ».

Alors que nous sommes à peine remis de la renonciation de Benoît XVI, dont on n’a pas fini de tirer les enseignements, le Saint-Esprit a inspiré les cardinaux en choisissant l’archevêque de Buenos Aires qui ne figurait pas parmi les favoris.

Cinq tours de scrutin ! Le pape François a fait assez rapidement l’unanimité parmi les cardinaux électeurs et on les comprend quand on connaît un peu l’homme. En effet mes rencontres avec Mgr Bergoglio, lorsque j’étais en Argentine, m’ont beaucoup marqué et je comprends que les cardinaux aient été séduits par cette personnalité hors du commun.

Homme de prière

A quatre ou cinq reprises, j’ai eu l’occasion de rencontrer Mgr Bergoglio dans le cadre de l’ouverture - par l’Œuvre Points-Cœur - d’un foyer pour des enfants de la rue à Buenos Aires.

Ce qui m’a d’abord frappé c’est le côté spirituel de l’homme. Alors que les prêtres argentins ont parfois tendance à s’embourgeoiser, il rappelle sans cesse l’importance d’une vie de foi enracinée dans la pauvreté évangélique. Ce qui l’intéressait avec ce foyer c’était l’avancement spirituel des enfants délaissés par tous qui vivaient le plus souvent dans des squats immondes.

J’ai été marqué aussi par cette attitude de recueillement avec laquelle il recevait les uns et les autres. C’est profondément un homme de prière. Cela transparaissait dans les gestes les plus simples : prendre la main d’un jeune, donner la paix du Christ, caresser la joue d’un enfant. Il est l’homme des gestes simples et forts, persuadé que le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit.

Quand il a demandé la bénédiction et la prière de la foule massée Place Saint-Pierre, j’ai bien reconnu l’homme qui détonnait avec son prédécesseur le cardinal Quarracino. Face à ce dernier, corpulent et avec le verbe haut parfois outrancier (imaginez qu’il avait demandé que les homosexuels soient rassemblés dans des villes…), Mgr Bergoglio paraissait tout maigre, comme éteint. Mais les apparences sont trompeuses.

Homme de conviction

Doux et discret, l’archevêque de Buenos Aires n’a pas sa langue dans sa poche. Face au gouvernement argentin, qui ne connaît pas d’opposition politique depuis des années, Il incarne très bien, à la manière de Jean-Baptiste, cette opposition morale. Comme il le disait lui-même, quand il dénonçait l’autoritarisme du couple Kirschner : c’est à l’Église de mettre « la patrie à l’épaule ».

Face à l’autoritarisme, c’est à l’Église de mettre « la patrie à l’épaule »

Pour dénoncer la corruption ou l’ultra libéralisme, il a aussi des paroles fortes. Si je n’ai pas retenu un charisme de prédication dans ses homélies, en revanche il rappelle avec force la position de l’Église face à l’avortement ou autres dérives du pouvoir.

Il ne transigera pas avec le péché dans l’Église ou en dehors, même si cela lui coûte des sondages défavorables. Ce n’est pas son affaire … et heureusement !

Homme de compassion

Cela a été rappelé à maintes reprises depuis son élection. Proximité avec les pauvres, compassion envers les personnes atteintes du SIDA, souci pour les enfants des rues. Tous ces exemples montrent combien cet homme est un homme de compassion. La misère le touche. Il ne fait pas semblant. Ce ne sont pas des gestes politiques pour plaire aux médias. Non ! Ce sont des gestes qui viennent du cœur. Il aime à répéter :

Les âmes ont besoin de miséricorde

Parce qu’il a traversé des épreuves de santé et qu’il est né dans une famille modeste, le pape François sait ce que souffrir veut dire. Il ne transigera pas avec l’engagement de l’Église auprès des plus fragiles. Alors que l’Église en France s’est engagée dans Diaconia 2013 pour « servir la fraternité » c’est un bel encouragement pour les Français, et pour les autres, de ne pas abandonner ceux qui sont sur le bord du chemin.

Les débuts sont souvent difficiles

Cette fondation du foyer pour enfants de la rue a été de courte durée : à peine deux ans. Souvent je lui évoquais les difficultés face à certains paroissiens ou donateurs. Il me répondait toujours :

Ne vous en faites pas, les débuts sont souvent difficiles

À mon tour de vous chuchoter vos propres paroles qui m’ont été une source de consolation : « Ne vous en faites pas, très Saint-Père, les débuts sont parfois difficiles… »

Source  : www.serviteurs.org