Message du P. Arturo Sosa, supérieur général de la Compagnie de Jésus, à l’occasion du rassemblement "Avance au large"

A l’occasion du dernier jour du rassemblement de la Famille ignatienne à Marseille lundi 1er novembre, avant la messe de la Toussaint, le P. Arturo Sosa, supérieur général de la Compagnie de Jésus, a adressé un message fort aux 7000 participants. Présent au début du Rassemblement, il a dû rejoindre Rome. Son intervention a été lue par le P. Antoine Kerhuel sj, Secrétaire de la Compagnie de Jésus.


Extraits :
Nous qui participons à cette belle rencontre, nous illustrons bien cette riche variété. Il suffit de regarder autour de nous pour percevoir cette richesse. Pourtant, nous avons quelque chose en commun qui nous identifie et nous rassemble en tant que groupe : nous avons été inspirés par l’expérience spirituelle d’Ignace de Loyola qui nous a conduits à chercher, trouver et choisir une vie qui soit conforme à la volonté de Dieu.
C’est le Christ qui nous rassemble et nous envoie au large.
Lorsque nous avons décidé de commémorer le 500e anniversaire du boulet de canon qui a brisé la jambe et les rêves d’Inigo lors de la bataille de Pampelune, nous ne pouvions même pas imaginer que tant de nos propres rêves et projets seraient également mis en péril. Nous avons traversé 18 mois d’angoisses, de renoncements, de maladies, de deuils, de quarantaine… Qui aurait pu prévoir tout cela il y a deux ans ?
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Cependant, il n’y a pas que la pandémie qui nous a secoués. La révélation des abus commis par des prêtres et des religieux nous choque et nous fait honte, surtout depuis la publication, ces dernières semaines, des conclusions de l’enquête de la CIASE (Commission indépendante pour les abus sexuels dans l’Eglise). Ce n’est pas seulement l’Église de France, mais l’Église universelle qui prend conscience de la souffrance infligée en son sein. Des hommes qui étaient appelés à être "des agneaux envoyés parmi les loups" se sont comportés comme des loups parmi les agneaux.
Il y a parmi nous, ici même, des personnes qui ont été abusées sexuellement ou spirituellement. Je salue de tout cœur leur présence. Je reconnais toutefois avec douleur que beaucoup d’autres ne peuvent pas être présentes, soit qu’elles ne sont déjà plus des nôtres, soit que leur souffrance est tellement insupportable que nous leur apparaissons infréquentables. Toutes ces personnes ont été abusées et trahies dans la confiance qu’elles nous accordaient. Je voudrais leur rendre hommage leur témoignant ma tristesse, ma honte et l’indignation que je ressens face à ce que des hommes d’Eglise, des jésuites en particulier, ont pu leur faire subir. Je demande sincèrement pardon pour toutes les fois où la Compagnie de Jésus n’a pas su reconnaître et arrêter ces prédateurs. Je demande pardon aux personnes qui ont souffert parce que nous n’avons pas cru à leur parole, à leur témoignage, lorsqu’elles ont eu le courage de nous dire la vérité.
Aujourd’hui, nous reconnaissons humblement que, c’est grâce à l’insistance de certaines personnes victimes qui n’ont jamais renoncé, mais qui ont continué à témoigner et à nous alerter, que nous progressons. Merci ! Vous nous aidez à avancer avec détermination vers la vérité du passé. Vous nous invitez à mettre toute notre énergie pour réparer l’Église et en faire un lieu sûr pour tous, en particulier pour les plus petits.
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Dans cette assemblée, il y a quelques centaines de jésuites au milieu de milliers d’autres membres de la famille ignatienne, engagés dans la même mission du Christ qui est la mission de l’Église. Je vous encourage tous à poursuivre ce cheminement, en travaillant ensemble, en vous faisant confiance les uns aux autres, en vous corrigeant mutuellement lorsque cela est nécessaire, en mettant en commun vos talents et ressources respectifs. Grandissez dans votre engagement personnel, communautaire, global et institutionnel envers le monde, non pas de manière superficielle ou illusoire, ou encore en cherchant à vous affranchir du monde, mais bien au sein du monde concret, multiforme, réel dans lequel nous sommes insérés.
En particulier, nous n’oublions pas, en ce jour, notre frère Philippe Demeestère qui, avec deux autres personnes vit une grève de la faim pour sensibiliser la société à la situation des réfugiés à Calais.
Durant ces jours à Marseille, nous avons été certainement touchés par au moins deux dimensions : le sentiment d’appartenir à une famille ignatienne riche et heureuse dans sa diversité, et le renouvellement de la joie et de l’espérance que procure l’expérience de Pâques, même au milieu de grandes difficultés. Vous y avez goûté durant ces jours-ci ! Être ignatiens, c’est vivre, comme pécheurs pardonnés, la joie de l’Évangile, et être envoyés au large.

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Discours complet en document joint