"Nous sommes en dette avec les personnes victimes"

"Nous sommes en dette avec les personnes victimes", affirme sœur Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France, qui invite, une fois rendues mardi les conclusions du rapport Sauvé sur la pédocriminalité dans l’Eglise catholique, à "réparer ce qui peut l’être".


La Corref a commandé, avec l’épiscopat, le rapport Sauvé. Qu’en attendez-vous ?
VM : que nous soyons confrontés à ce fardeau, aussi noir, tragique soit-il, tel qu’il est, si nous voulons ensuite vraiment prendre les mesures qui s’imposent. Que chacun éprouve un véritable tremblement intérieur. Tant que nous ne regardons pas la réalité, nos mesures ne seront pas à la hauteur.
Nous sommes en dette avec les victimes. Cette dette, nous ne pourrons pas la solder, elle est insolvable. Mais ce n’est pas parce qu’elle est insolvable qu’il ne faut pas réparer ce qui peut l’être. Parce qu’aussi, c’est essayer, bien modestement, de permettre d’ouvrir l’avenir.

Quelle démarche envisagez-vous pour, justement, "réparer" ?
Une justice réparatrice, qui s’inspire de la justice face aux crimes de masse - Afrique du Sud, Rwanda - dans ces situations où la justice pénale est peu opérationnelle, soit parce que les auteurs sont décédés, soit parce les faits sont prescrits.
C’est d’abord faire la vérité autant que possible. Donc l’étape du rapport Sauvé est fondamentale.
C’est ensuite pouvoir reconnaître le mal qui a été commis, le mal que nos institutions ont participé à laisser commettre. Nous avons des auteurs qui, pour certains, ont agi pendant des décennies. Qui peut croire que personne n’a rien su ou vu ?
La troisième étape est de mettre en place des mécanismes pour que plus jamais cela ne puisse se reproduire : prévention, mécanismes de régulation dans certaines communautés qui en manquent, instaurer des formations pour mieux discerner les candidats à l’entrée dans les instituts et congrégations religieuses, revoir l’organisation (la gouvernance) de nos institutions.
Et c’est enfin la reconnaissance et la réparation individualisées.

Cela passe par une reconnaissance financière ?
La question de l’argent est forcément présente dans la dimension de la réparation.
Notre position aujourd’hui, c’est d’être au plus proche des demandes singulières. C’est-à-dire ne pas faire dans les forfaits. Etre dans l’écoute singulière de chaque victime. Donc voir avec elle – via une commission ad hoc et indépendante - ce qui va lui permettre d’être soutenue pour l’avenir.
Ce peut être de l’argent, mais aussi participer à des actions de formation, parler aux religieux de l’institut, de son histoire... En tout cas répondre au mieux aux demandes de chacun.
Nous allons préciser tous ces points à partir des préconisations du rapport et nous soumettrons notre proposition à notre AG de novembre prochain à Lourdes. C’est elle qui décidera.