« Pendant votre séjour au monastêre, merci d’éteindre vos portables »

Les bénédictines du monastêre de Prailles, dans les Deux-Sêvres, demandent à leurs hôtes de débrancher leur téléphone le temps de leur retraite. Une requête qui s’inscrit dans une démarche de sobriété.


Difficile de passer à côté de la petite affiche punaisée dans le présentoir à l’entrée de l’hôtellerie du monastêre des Bénédictines de Prailles. « Pendant votre séjour, merci d’éteindre vos portables, vous profiterez d’autant mieux de votre séjour », indique la petite fiche scotchée en face de l’horaire des cinq offices qui rythment les journées des neuf sœurs de la communauté, auxquels sont conviés les hôtes de l’abbaye.

Anne, 43 ans, sort tout juste du deuxiême temps de priêre de la journée, la célébration eucharistique de 8 h 45. Cette petite femme bouclée tout de rose vêtue et au sourire discret est venue à vélo depuis Niort, à une vingtaine de kilomêtres de l’abbaye, pour s’offrir « 24 heures de repos obligatoire dans [s] à vie de mêre ».

Elle a volontiers suivi l’incitation des sœurs à débrancher son portable. « Sans leur recommandation, je n’aurais peut-être pas tenu », dit-elle, alors que son séjour tire à sa fin. « Pour se retrouver face à soi-même et face à Dieu, la solitude est absolument indispensable », ajoute-t-elle, avant de retourner dans sa chambre de l’hôtellerie du monastêre, à l’ameublement simple et fonctionnel, profiter des derniêres heures de cette retraite express.

Le monastêre, une clairiêre où prendre de la distance

Prieure de la petite communauté, Sœur Marie reçoit dans une petite salle contiguë au magasin où sont vendues les cartes imprimées par les religieuses. Là encore, l’ameublement est simple. Une table et deux chaises de bois sombre occupent la piêce. La douce lumiêre blanche qui provient par le côté donne à la prieure au voile sombre et à l’air décidé un air de peinture flamande.

« Les gens ne viennent pas ici pour être connectés, explique-t-elle. On parle souvent des monastêres comme des oasis. Je préfêre l’image de la clairiêre, un lieu lumineux dans un monde parfois sombre, où on peut aider les gens à prendre de la distance. Ces endroits seront, dans un monde connecté, probablement de plus en plus nécessaires. »

Les sœurs qui se sont installées dans ce coin la campagne des Deux-Sêvres en 1999 ont relié le monastêre à Internet en 2005. Celles d’entre elles dont la fonction le justifie y ont accês directement dans leurs bureaux. Mais elles ont collectivement renoncé au wi-fi et se partagent un seul téléphone portable.

Retour au travail manuel

« Je suis censée le prendre quand je vais faire les courses, mais je l’oublie toujours…, sourit Sœur Marie. C’est un vrai choix, qui fait partie d’une réflexion globale, sur les ondes et l’environnement qui nous entourent. On n’a pas besoin d’être joignable quand on va cueillir des haricots verts dans le potager ! »

Dans la même logique et parce que les sœurs chargées de l’imprimerie de l’abbaye trouvaient contradictoire avec leur choix de vie monastique de passer toutes leurs journées devant un écran, la communauté a vendu en 2011 l’imprimante à commande numérique dont elle se servait alors. Deux belles machines typographiques Heidelberg couvertes d’un capot noir brillant trônent aujourd’hui à sa place dans la grande piêce lumineuse avec vue sur le potager qui sert de salle d’impression à la communauté.

Dans la piêce voisine, les sœurs composent avec les innombrables caractêres de plomb piochés dans des tiroirs de bois chacun des faire-part commandés ou les cartes postales vendues dans la boutique. « Le travail est plus physique, indique Sœur Anne-Delphine, qui travaille à l’imprimerie. Mais ça nous ancre. Notre vie monastique nous fixe des limites – dans l’espace, avec la clôture, dans le temps, avec les horaires des offices –, davantage que la vie extérieure. »

Aller au bout du pré pour téléphoner

L’hôtellerie contiguë au monastêre n’a pas été reliée à Internet. C’est d’ailleurs la plupart du temps difficile d’y avoir suffisamment de réseau pour passer un simple coup de fil. Ce qui pousse les retraitants qui voudraient prendre des nouvelles de leurs proches à se rendre au fond du pré attenant au bâtiment de brique. Penchés sur leur écran ou le téléphone à l’oreille, ils renouent avec la rumeur du monde, sans pour autant gêner les autres.

Lorsqu’il séjourne au monastêre, le P. Guy Rougerie, vicaire général du diocêse d’Angoulême, s’y rend une fois par jour pour lire ses messages. Dans l’année, il passe plusieurs heures par jour sur son téléphone, pour lire les Évangiles ou répondre à ses obligations professionnelles.

« J’aime chanter les psaumes avec les sœurs. J’accorde du temps à la lecture et à la priêre. Venir ici, c’est comme faire un séjour en altitude pour un sportif », sourit-il, aprês avoir dit la messe lors de l’eucharistie du matin. Le prêtre de 56 ans s’est donné cette année deux semaines pour se reposer et se détacher du stress du quotidien dans le cadre sauvage du monastêre, dont il connaît tous les chemins creux.

Ne pas « diaboliser » le portable

Christiane, 59 ans, travailleuse dans le secteur social en Seine-Saint-Denis, aime, elle aussi, interrompre sa retraite pour aller consulter réguliêrement ses messages sur son portable et pouvoir appeler ses proches.

« J’apprécie le conseil des sœurs à fermer mon téléphone, que je vois comme une incitation à la sobriété, que je retrouve dans les textes de Pierre Rabbi et qu’on pourrait rattacher à ceux du pape François et à la spiritualité franciscaine, indique cette habituée des lieux qui y séjourne pendant quelques jours. Mais je ne me considêre pas comme“ addict“ à mon téléphone, ajoute-t-elle, et j’aime l’idée de pourvoir l’utiliser quand je le veux. »

Mêre et grand-mêre, la retraitante de 59 ans raconte pour illustrer son avis une petite anecdote. Les sœurs ont organisé pour l’Assomption un pique-nique avec les retraitants. À cette occasion, en discutant avec la sœur la plus âgée de sa communauté de son dernier petit-enfant, elle a pu grâce à son téléphone lui montrer des vidéos du bébé, qui ont enchanté son interlocutrice.

« Elle était três émue, raconte Christiane. Il ne faut pas non plus diaboliser le portable, qui est un formidable outil, pour peu qu’on sache modérer son usage, ce serait paradoxal dans un monastêre où on vient pour s’ouvrir aux autres, à la nature et au monde… »

Julien Duriez

Source : http://www.la-croix.com/Religion

Site internet : http://www.benedictines-prailles.fr/