« Pour nous, c’est comme si on avait un oncle élu pape ! » (Jeunes Cathos Blog)


Premier pape d’Amérique latine, le pape François est aussi le premier pape jésuite. Le père Nicolas Steeves, jésuite, réagit sur cette élection !

Pouvez-vous nous parler de la Compagnie de Jésus ?

La Compagnie de Jésus est un ordre religieux fondé par saint Ignace de Loyola en 1540 ; c’est aujourd’hui l’ordre religieux masculin le plus nombreux au monde. Nous sommes autour de 17 000, répartis dans presque tous les pays du monde et habitant en communautés de 4 à 100 personnes. La plupart des jésuites sont prêtres, mais nous avons aussi des frères religieux. Nous avons une vocation missionnaire, c’est-à-dire celle d’être envoyés partout, aux frontières où personne n’ose aller. Le pape Benoît XVI l’a d’ailleurs confirmé lors de la dernière congrégation générale, en janvier 2008. Aujourd’hui, ce ne sont plus tellement les frontières géographiques mais plutôt les frontières culturelles, là où l’Evangile n’est pas connu. Il y a des jésuites qui dialoguent avec les autres religions, avec les autres chrétiens, qui travaillent dans le cinéma, les nouveaux médias, les réseaux sociaux, les universités…

Nous avons une façon particulière de prier qu’on partage avec ceux qui ont une spiritualité ignatienne, laïcs ou religieuses. Nous utilisons les exercices spirituels de Saint Ignace pour deux choses : imaginer concrètement les scènes bibliques pour essayer de changer notre vie à partir de ça ; et pour la relecture de journée, l’examen de conscience où on essaie de voir Dieu à l’œuvre dans notre vie quotidienne.

Les jésuites ont un lien particulier au pape depuis la fondation. Saint Ignace a fondé la Compagnie de Jésus dans un moment de crise pour l’Eglise de la Renaissance ; au lieu de la quitter, il a décidé d’aider à la réformer. Aujourd’hui, un certain nombre de jésuites font un vœu spécial d’obéissance au pape dans leurs missions.

 

Comment est-ce que vous réagissez à l’élection d’un pape jésuite ?

Nous avons vécu l’annonce de l’élection en communauté. Dès que la fumée blanche est apparue, nous nous sommes tous empilés devant la télévision communautaire ; nous étions une dizaine, avec deux amis laïcs. Quand nous avons entendu le nom Bergoglio, nous sommes restés bouche bée pendant deux minutes.

C’est quelque chose d’inouï pour nous. Même le père Lombardi, porte-parole du Saint-Siège et jésuite, s’est avoué choqué et surpris le soir de l’élection. Notamment parce que Saint Ignace demande que les jésuites refusent d’être évêque et cardinal, sauf si c’est le pape qui le demande. Voir un pape choisi parmi les jésuites, on ne pensait pas que ça pouvait arriver.

Pour nous, c’est comme si on avait un oncle élu pape. On est bouleversés, choqués et fiers à la fois. Le choix du prénom François, en référence à saint François d’Assise pour lequel Saint Ignace avait beaucoup de dévotion, m’a touché. C’est vraiment dans la tradition jésuite, comme les signes concrets de l’apparence vestimentaire du pape François le soir de l’élection en soutane blanche, avec une croix en argent et pas en or, comme le fait qu’il ait pris le bus avec les autres cardinaux… Les jésuites font vœu de pauvreté et, à la dernière congrégation générale, nous nous sommes dit que frugalité serait un mot plus compréhensible. Le nouveau pape semble humble et pauvre, et cette frugalité augure certainement quelque chose de différent.