Prix Raoul Follereau de l’académie française remis à une religieuse de l’Assomption


Madame le Secrétaire Perpétuel de l’académie française
Messieurs et Mesdames les Académiciens
Mes Soeurs
Messieurs, Mesdames,
Sœur Dolores

Ma Sœur, nous sommes réunis ce jour dans ce cadre prestigieux pour vous remettre le Prix Raoul Follereau de l’académie française. Vous êtes religieuse de l’Assomption dont la mission principale est l’éducation.
Vous êtes arrivée en Afrique pour la première fois en 1963, d’abord en Côte d’Ivoire puis au Niger, à Touara, à Agadès et enfin à Zinder où vous vous occupiez d’un collège. Puis, ce fut la rencontre avec les malades de la lèpre.
Vous avez été touchée en voyant ces malades, essentiellement des femmes et des enfants, mendier dans la rue. Ils étaient alors exclus, regroupés en périphérie de la ville dans des maisons en paille : pas d’hygiène, sans eau ni assainissement. Votre combat commence alors : vous les rencontrez, visitez leur maison et toutes les familles.
Votre présence dans ces pauvres quartiers isolés et abandonnés de tous, est un premier témoignage important, qui montre que vous n’avez pas peur de cette maladie et que la lèpre est une maladie comme les autres. A l’image de Raoul Follereau, vous avez aimé et vous vouliez agir !

Vous contactez alors la fondation Raoul Follereau pour vous aider. En 1993, la fondation finance la construction d’un dispensaire dans le quartier lépreux.
Ce centre avait pour vocation de soigner les malades exclus par la lèpre et toutes ses complications.
Grâce à votre dynamisme, le centre de traitement de la lèpre Kara-Kara est devenu un centre socio-éducatif et sanitaire, et un dispensaire de quartier, inclus désormais dans la ville qui s’est agrandie. Toujours pour répondre aux besoins de la population, vous avez ouvert une maternité, un centre nutritionnel, un centre d’alphabétisation, une école maternelle, un centre d’apprentissage de couture et de divers métiers pour les jeunes-filles et les femmes. Sans cesse attentive à relever l’homme et à lui redonner sa dignité, vous avez eu à cœur de mettre en place un projet de rénovation des maisons en argile avec des matériaux durables. Par votre présence et votre acharnement au travail, vous avez fait tomber la barrière de l’exclusion et avez redonné vie au « pauvre quartier abandonné ». Puis, arrive le 16 janvier 2015 : suite aux attentats de Charlie Hebdo, des manifestations de représailles se mettent en place dans les grandes villes du Niger et votre Communauté subit une violente attaque. L’église, l’école, le bâtiment de la Communauté, tout a été saccagé et incendié. Vous avez juste eu le temps de vous cacher avant de pouvoir vous enfuir et trouver refuge en Côte d’Ivoire. Les jeunes du quartier se sont opposés aux manifestants et ont défendu le centre. Dès le mois de mai 2015, le Centre de Kara-Kara a ré-ouvert ses portes et repris ses activités sanitaires sous la direction de l’infirmière, Madame Hanna Dibah Georges et sous votre supervision lointaine car, aujourd’hui, Ma Soeur, vous êtes revenue dans votre Communauté en Espagne.
Ainsi en 2020, le Centre continue toujours ses activités : les jeunes que vous avez formés ont pris la relève. Vous avez souvent dit : « En débarquant au Niger, je suis arrivée les mains vides et le cour ouvert, Follereau a rempli mes mains. » Nous sommes heureux, avec l’académie française, de vous remettre ce Prix et de continuer à remplir vos mains, pour que votre œuvre perdure même en votre absence et continue d’apporter du réconfort à ces populations les plus démunies.

https://www.assumpta.org/