Religieuses contre la prostitution : le réseau mondial Talitha Kum a dix ans

Le pape François a célébré vendredi les dix ans de Talitha Kum, un réseau de centaines de religieuses engagées à travers le monde contre les réseaux de prostitution.


Pour certaines congrégations, c’est un engagement qui remonte au XIXe siècle. Pour la plupart, ce dialogue entre la vie religieuse et le monde de la rue date des années 2000.

Par pays, par continents, les initiatives se sont fédérées, jusqu’à aboutir à la création en 2009 du Talitha Kum, des paroles de Jésus maintenues en araméen dans la Bible et qui signifient "Jeune fille, lève-toi".

Pour fêter cet anniversaire, le pape François a inauguré une exposition de photos de l’Américaine Lisa Kristine, montrant des religieuses de tous les continents dans leurs activités auprès des victimes.

Très impliqué dans cette lutte, le pontife argentin avait déjà confié les méditations du chemin de croix en avril, au Colisée, à Soeur Eugenia Bonetti, une pionnière de l’aide aux prostituées en Italie. Il évoquait dans ces méditations les destins de ces jeunes femmes.

L’AFP a recueilli plusieurs témoignages des soeurs engagées à travers le monde dans le réseau.

"Nous avons des soeurs qui vont dans les rues, mais aussi dans les camps de réfugiés, les écoles, les plantations de thé, les prisons... Nous pouvons identifier les situations, faire de la prévention, proposer de l’aide", explique Soeur Gabriella Bottani, coordinatrice de Talitha Kum depuis 2015.

Le réseau compte ainsi des centaines de membres en Inde, où les soeurs forment les jeunes des villages et des bidonvilles à la vigilance et se coordonnent pour retrouver les enfants achetés à leur famille ou enlevés par les réseaux.

- ’Un peu de gratuité’ -
"Quand un enfant manque à l’appel, on envoie le message à la ronde", raconte Soeur Prema, de l’Etat d’Assam (nord-est de l’Inde).

Pour les enfants secourus ou les jeunes femmes prêtes à sortir de la rue, les soeurs disposent aussi de différents types de foyers pour les victimes, de la première urgence à la réinsertion.

Soeur Luisa Puglisi vit dans une maison d’accueil de ce type à Valence (Espagne) : "Ce qui compte le plus c’est notre présence avec elles, au quotidien. Faire la vaisselle ensemble, regarder la télévision... Nous leur donnons un peu de gratuité dans un monde où tout se vend et s’achète".

Les soeurs aident aussi celles qui veulent dénoncer les réseaux, et sont bien placées pour accompagner celles qui décident de rentrer dans leur pays, avec un projet professionnel et le soutien de religieuses sur place.

La traite des femmes c’est "une pieuvre avec beaucoup de tentacules. Il faut s’y prendre à plusieurs pour en venir à bout et atténuer le plus possible les conséquences", raconte Soeur Yvonne Clémence Bambara, qui dirige un centre de réinsertion au Burkina Faso.

Au-delà de ce soutien concret, les soeurs entendent aussi faire connaître ces réalités à des sociétés parfois peu sensibilisées à leur combat, allant parfois jusqu’à secouer un peu les clients.

Aux Etats-Unis, Soeur Jean Shafer, qui a animé pendant six ans une maison d’accueil pour des victimes, publie ainsi une lettre mensuelle d’information sur le phénomène, très reprise au sein de l’Eglise américaine.

- ’Dans le regard’ -
"Nous sommes capables de parler aux gens qui ont de l’influence, de l’argent, de l’éducation, et de les impliquer. Nous pouvons évoluer parmi les plus pauvres comme les plus riches", explique-t-elle.

En Australie, Soeur Colleen Jackson passe ainsi une semaine par an à rencontrer des parlementaires pour faire avancer la législation.

"Nous sommes respectées. Nous sommes souvent des femmes âgées, avec une vie d’expérience professionnelle", explique cette psychologue.

Si le monde laïc apprécie souvent leur engagement, certains travailleurs sociaux redoutent la position de l’Eglise sur l’avortement. "Nous sommes toutes contre l’avortement mais aucune de nous ne mettra à la rue une fille qui aura fait ce choix", assure Soeur Gabriella.

Certes, la rencontre entre ces deux mondes ne va pas toujours de soi. "Certaines se trouvent à l’étroit" dans les foyers des soeurs, admet-elle.

Mais souvent, le courant passe : "Le plus important, c’est le regard. Comment on les regarde, comment elles nous regardent", raconte Soeur Gabriella, marquée par une expérience de maraude en Sicile. "Les soeurs et les filles ne se parlaient presque pas, tout était dit dans le regard."

Source/u> : AFP (fcc/fio/pg)
Site internet : https://www.talithakum.info/fr