Rencontre avec la famille franciscaine

Depuis le 1er mars et jusqu’au 4 octobre, les trois ordres de la famille franciscaine célêbrent les 800 ans de l’installation des premiers frêres mineurs en France.


Qu’est-ce que la famille franciscaine ?
On appelle ainsi les trois ordres fondés par saint François lui-même au XIIIe siêcle. Le premier ordre est celui des Frêres. En France, il comprend trois branches : les frêres mineurs (ofm) ou franciscains, qui sont actuellement 160 ; les capucins (ofm cap), qui sont 120 ; et les conventuels (ofm conv), qui sont 25. Ces derniers, revenus en France seulement en 1949, sont majoritaires dans d’autres pays, notamment en Pologne (saint Maximilien Kolbe était conventuel).

Le deuxiême ordre est celui des clarisses contemplatives : elles sont 450 en France, réparties dans 37 monastêres (dont un en Polynésie) de tailles diverses. Ces monastêres autonomes, rassemblés au sein de trois fédérations, ont des moyennes d’âge três variables, certains étant três vieillissants, d’autres accueillant des novices chaque année, comme à Nantes.

Dans le troisiême ordre (appelé jadis tiers ordre), il y a les réguliers (obéissant à une « rêgle ») et les séculiers (vivant dans le « siêcle »). Les réguliers, en France, sont exclusivement des congrégations féminines apostoliques, nées pour la plupart au XIXe siêcle : les franciscaines missionnaires de Marie ; les Sœurs de saint François d’Assise (nées de la fusion en 2004 de sept congrégations) ; les franciscaines missionnaires de Notre-Dame… Ces congrégations sont rassemblées au sein de la Conférence des congrégations franciscaines (CCF), regroupant environ 800 ­religieuses.

Les séculiers, ou fraternités franciscaines séculiêres, rassemblent aujourd’hui 2 500 laïcs engagés, célibataires ou mariés, et environ 60 prêtres diocésains et diacres permanents. On classe aussi dans ce troisiême ordre : les Compagnons de saint François ; les Missionnaires de la Royauté du Christ (institut séculier mixte de spiritualité franciscaine fondé en 1927 par le Pêre Joseph Folliet), ainsi que la Jeunesse franciscaine (Jefra), créée en 2011 avec une centaine de 18-30 ans désireux de vivre la spiritualité franciscaine.

Comment expliquer ces trois branches parmi les franciscains ?
Ces divisions datent du début du XVe siêcle, lorsque les « observants », marqués par saint Bernardin de Sienne, veulent garder une parfaite fidélité à la rêgle et se considêrent comme les héritiers légitimes, tandis que les conventuels optent pour une vie plus monastique. Cette division sera reconnue par bulle pontificale en 1517. La branche observante a ensuite donné naissance à trois communautés : les capucins (avec capuce pointu), à la suite du frêre Mathieu de Basci désireux d’une vie plus austêre, se séparent en 1619 ; les « reformati » en Italie ; les « alcantarins » en Espagne (autour de Pierre d’Alcantara).

Au moment de la Réforme luthérienne, une quatriême branche naît dans la famille observante : les « récollets » (habitant des couvents dits « de récollection »). Les réformés, alcantarins et récollets connaîtront un certain essor et dureront jusqu’à la fin du XIXe siêcle. En 1897, la fusion entre les observants et toutes les autres branches (sauf les capucins et les conventuels) reçoit le nom d’ordre des Frêres mineurs (OFM).

En quoi les trois ordres de la famille franciscaine en France sont-ils liés ?
« Chaque structure est autonome mais nous avons des lieux de rencontres et de coordination », souligne Frêre Jean-François, coordinateur de l’équipe du Jubilé franciscain à la maison provinciale, rue Marie-Rose (Paris 14e). « Avec le premier ordre, nous avons conscience d’une même origine, d’une même spiritualité, mais notre vie contemplative suppose d’inventer des collaborations respectueuses de notre mode de vie », ajoute Sœur Élisabeth, présidente de la Fédération Saint-Damien qui regroupe une partie des clarisses francophones.

Deux fois par an se réunit le Conseil de la famille franciscaine (CFF) qui rassemble les provinciaux des trois branches masculines, ainsi que les ministres des fraternités séculiêres laïques, deux sœurs franciscaines membres du CCF et une clarisse. Ce conseil facilite la coordination des projets communs, notamment les éditions franciscaines. Ce fut le cas pour le jubilé de 2009, marquant le 800e anniversaire de l’approbation orale de la Rêgle de saint François par le pape.

De même, pour ce jubilé 2017, marquant la premiêre implantation des franciscains en France – le premier couvent ayant été fondé à Vézelay en 1217, l’année du premier chapitre de l’ordre –, toute la famille franciscaine se mobilise (1) : « vacances franciscaines » pour les familles à Mur-de-Barrez, Brive-la-Gaillarde et Orsay ; rencontre œcuménique à Vézelay ; marche pour la paix de Vézelay à Assise… La famille franciscaine sera réunie pour la Saint-François (le 4 octobre) partout en France, et particuliêrement le 1er octobre, à la paroisse parisienne Saint-François-d’Assise (19e arrondissement) pour la clôture solennelle du jubilé.

Comment les franciscains de France voient-ils leur avenir ?
En 1995, on comptait 504 profês (ayant prononcé leurs vœux définitifs), répartis dans cinq provinces (Lyon, Paris, Rennes, Strasbourg et Toulouse), puis dans deux provinces (Ouest et Est) jusqu’en 2013. Aujourd’hui, 160 franciscains forment l’unique « province de France et de Belgique francophone » qui compte une quinzaine de couvents. « D’ici dix ans, nous ne serons peut-être qu’à peine 80 frêres, mais l’important c’est d’être là où l’Église nous appelle », estime Frêre Jean-François, en rappelant que la moyenne d’âge des franciscains est de 74 ans et qu’un seul novice est actuellement en formation prês de Milan (Italie).

Depuis vingt ans, plusieurs grandes maisons ont été fermées ou sont en cours de fermeture (Villeurbanne, Fontenay-sous-Bois, Lille, Béziers…), mais d’autres, plus petites, ont été ouvertes. « Nous avons aussi la volonté de réinvestir des lieux universitaires, dans la tradition franciscaine médiévale », poursuit Frêre Jean-François, en évoquant l’ouverture, en 2011, de l’École franciscaine de Paris, avec sa chaire (au Centre Sêvres), son université de spiritualité franciscaine (chez les capucins, rue Boissonade, à Paris) et son atelier de lecture (actuellement sur Thomas de Celano, le premier biographe de saint François)… De fait, l’intérêt des chercheurs pour le saint d’Assise ne faiblit pas.

Claire Lesegretain
Source : http://www.la-croix.com

(1) www.jubile800ans.franciscains.fr