Taizé – Témoignage d’une rencontre : « Tout commence par une guitare… »


A lire sur le site www.diaconia2013.fr

Antonio, Paul et les jeunes de la chorale qu’ils ont créée montent sur l’estrade à l’invitation du frère Daniel Elzière, aumônier national des Gitans et Gens du voyage. Fièrement, ils ouvrent ce rassemblement national qui réunit pour l’occasion plus de 150 voyageurs venus de toute la France. On se demande comment les notes peuvent être si nombreuses alors que la main du guitariste semble immobile. C’est impressionnant.

Notre-Dame des Gitans est là aussi sur l’estrade, bienveillante patronne du week-end. Les voyageurs installés prennent leurs marques et terminent de se dire bonjour. Monseigneur Raymond Centène, évêque de Vannes et accompagnateur de l’aumônerie, et le Père Bernard Fontaine, directeur du Service National de la Pastorale des Migrants et des Personnes Itinérantes, disent à leur tour un mot d’accueil. Un peu en retard et sous des trombes d’eau, deux rachaïls (prêtres, hommes d’Eglise) d’un genre nouveau rejoignent le groupe. Ils sont frères de Taizé. Mis à part Marianne et son mari Retcha, qui, eux, ont même déjà enregistré un chant de Taizé en manouche avec leur fille Andréane, les voyageurs ne connaissent pas vraiment cette communauté perchée sur une colline de Bourgogne.

Quelques jeunes gadgés (non-voyageurs) enfin, venus accompagner les frères de Taizé pour l’animation des temps de prière, découvrent la communauté des voyageurs que certains connaissaient déjà et d’autres pas du tout.

 Dans cette salle de la Cité Saint-Pierre, lieu d’accueil dans lequel blessures et merveilles se côtoient à quelques kilomètres au dessus des sanctuaires de Lourdes, tout est réuni pour que ce weekend d’avril soit beau, profond, et pour un peu aussi décoiffant.

 Au fil des jours, nous assistons au travail de l’aumônerie des gens du voyage et découvrons le mode de fonctionnement de cette église. Attentivement, nous écoutons les participants énoncer les richesses et fragilités de ce qu’ils ont vécu dans leurs lieux de foi. Richesses ? Des temps de prière et de louange se structurent et deviennent de plus en plus réguliers. Les pèlerinages sont des temps forts importants. Fragilités ? L’administration n’a pas donné l’autorisation pour qu’une semaine sainte soit vécue sous le chapiteau dont ils disposent… La fraternité avec l’Eglise évangélique est difficile à vivre… Par petites touches, les questions que les voyageurs se posent sur Taizé trouvent des réponses.

La première, qui se passe de mots, vient de la prière. Avec les chants de Taizé, celles du samedi soir puis du dimanche matin dans la petite bergerie permettent de vivre une expérience de l’intériorité, de la méditation et du silence, de l’intimité de Dieu, à côté des louanges qui ont jusque là ponctué le rassemblement. « Nous, c’est le volcan, vous, c’est la douceur. Et nous avons besoin des deux ! » dit Jeannine, magnifique voyageuse Yénishe.

Les carrefours animés par les frères sur la prière ou la jeunesse sont une autre occasion de comprendre la vocation de Taizé, sa mission.

 Par petites touches aussi, les interrogations que les gadjés se posent sur les voyageurs trouvent des explications. Peut-être l’inverse est-il vrai aussi ?! Les repas sont l’occasion de partager des bouts de vie, d’apprendre quelques mots de manouche. Et de comprendre que, pour les voyageurs, le voyage n’est pas culturel. Il est viscéral, il est inhérent !

 Samedi soir, c’est la fête. La guitare est toujours là, Antonio aussi, donc. Et Slovène, 11 ans, qui n’a jamais lu une partition mais à qui les aînés ont transmis toute la technique qu’il connait. Avec son papa Fajito, ils accompagnent Pretty, jeune femme de 18 ans dont le coffre vocal est déjà bien grand pour un si jeune âge.

 Dimanche enfin, après le vote de renouvellement des trois membres de l’équipe nationale de l’aumônerie puis la messe, on se sépare, on se dit au-revoir, que l’on se reverra aux Saintes Maries de la Mer, au Mont Saint Michel ou à Lisieux. A Taizé aussi, qu’il faut voir pour de vrai !

Un dernier privilège nous attend, nous gadgés sédentaires qui bientôt rentrerons dans nos maisons. Aimée a une histoire à nous raconter. De son oeil frisant et avec tout son talent de conteuse, elle nous parle de Marie, Joseph et Jésus, en fuite, voyageurs chassés de toute part, confrontés au refus de l’accueil. Quelqu’un finalement accepte de les recevoir, d’offrir à boire à l’enfant et aux parents. Cherchant quelque nourriture dans le buisson, ils tombent sur… un hérisson, animal qui deviendra le symbole des voyageurs.

 Tout commence par une guitare, tout finit par un hérisson. Et tout passe par une élection, celle du cœur ; choix quotidien de la rencontre d’où naît le plus profond changement. Amis voyageurs, merci pour votre spontanéité, qui nous apprend à mettre de la souplesse dans nos cadres habituels.

Merci de nous porter sur votre route, dans votre pèlerinage sur la terre.

Merci de nous avoir rappelé qu’au fond, c’est vrai : Jésus était un voyageur souvent incompris qui, « sur les routes de Palestine, nous parlait de son père, nous enseignait, guérissait, nous apprenait à aimer » (l’Âme du voyageur, aumônerie des Gitans de Saint Etienne).

 De notre côté, nous vous portons dans les voyages intérieurs de nos âmes.

 

Latcho Drom, Bonne route à vous, à nous, 

A bientôt, et que vive la lumière !

 

Diaconia 2013