Témoignage d’Anne-Marie et Emmanuel : SALVERT, Faire famille avec les Sœurs …


Présentation

Emmanuel : Nous sommes Anne-Marie et moi, laïcs engagés auprês de la Communauté des Sœurs de Salvert. La Communauté a depuis 2 siêcles dans le Poitou une mission sociale, en direction des enfants, des personnes adultes exclues, des personnes avec un handicap, des personnes âgées, mission qu’elle souhaite poursuivre et réinventer. Nous portons avec la Communauté, le désir et le projet que Salvert puisse continuer à être une balise pour le monde, une maniêre d’accueillir la fragilité humaine dans un Vivre ensemble, un esprit de Communauté. Nous avons accepté un mandat qui nous confie la responsabilité de réinsuffler le charisme de la communauté au travers les œuvres fondées par elle et de créer dans le même temps une famille spirituelle avec des personnes qui œuvrent de maniêre salariées ou bénévoles au sein d’un RESEAU d’associations. Je débute ma 8eme année à Salvert et Anne-Marie, sa cinquiême année.

Anne-Marie : Nous avons eu tous les deux des responsabilités fortes dans nos vies professionnelles antérieures. SALVERT a été un choix. Nous avons, tous les deux, fais le choix de quitter, déménager… quitter nos situations, nos environnement, ce fut un passage de vie. Ce passage a nécessité des abandons, de renoncer à d’autres sollicitations qui se sont présentées pour répondre à cette mission qui nous fait vivre aujourd’hui. Ce choix ne nous a pas épargné les questionnements …mais à chaque fois, ces sollicitations nous ont donné l’occasion de confirmer notre appel sur ce lieu.

Emmanuel : Pour résumer la genêse de SALVERT dans la premiêre moitié du XIXe, et dire sa particularité, on peut parler d’une Communauté créée par des personnes fragiles ; des pauvres de tout … pour des personnes fragiles qui ensemble ont ouvert un avenir, une ESPERANCE avec le Christ.

Ici, pas d’œuvre spéciale, tel l’enseignement ou le soin des malades ! Mais, seulement comme l’écrit, le pêre Gaillard, le prêtre qui a accompagné la fondation, « permettre à quelques pauvres filles le bénéfice de la vie religieuse en les laissant aux emplois inférieurs qu’elles occupent … »

« Si on savait ce que nous voulons faire, plaisantait le Pêre Gaillard, sans illusion mais sans complexe, on nous fourrerait aux petites maisons… » Les petites maisons, c’étaient le nom donnée pour l’asile des fous.

Faire Famille avec cette famille là aujourd’hui, qui ressemble comme 2 gouttes d’eau à celle des origines, suppose d’apporter bien sûr ce que l’on est, mais c’est aussi avoir fait l’expérience du manque dans sa propre chair.

 

Comment nous répondons à la question : Qu’est-ce qui vous a poussé à faire famille ?

A vouloir garder bien vivante, prolonger la Tradition de Salvert…. Quel Trésor partagé ?

Nous ne nous sommes pas dits au départ, nous allons faire famille… C’est en vivant le quotidien ensemble, que de part et d’autre, nous avons réalisé que ces mots là étaient justes, qu’ils reflétaient bien ce que nous vivions.

Anne-Marie : Nous avons trouvé au moins 4 bonnes raisons … :

• Aimer le visage de Dieu à travers la personne de Jésus le Christ, le témoignage porté par la Communauté

• Aimer partager le quotidien, être simplement à l’aise dans un vivre ensemble fraternel

• Faire sienne la mission, le charisme

• Partager ce désir de transmettre

 

1êre Raison

• Aimer le visage de Dieu offert par la Communauté de Salvert, le témoignage donné

Un visage de Dieu, paisible, accueillant, confiant qui que vous soyez, que vous ayez une religion ou pas.

Un visage de Dieu buriné par l’expérience de la Vie, par la traversée de l’Epreuve, celles des autres mais peut-être aussi la sienne.

Un visage de Dieu apaisé, plein d’humilité, qui cherche à éviter tout jugement parce que trop conscient de la fragilité de la condition d’homme et de femme. A Salvert, de mémoire de Sœur, on a toujours vu la Supérieure, dans la plus grande simplicité au milieu des siennes, attelées aux travaux des champs, à la cuisine ou à la vaisselle.

Oui, nous avons une Bonne nouvelle à partager, elle nous fait vivre et elle peut faire vivre…

 

2ême Raison

• Aimer partager le quotidien, être à l’aise dans un vivre ensemble fraternel

Un quotidien partagé où l’on se sent à l’aise, une grande simplicité chez les Sœurs de SALVERT, on sait dépasser les petites aspérités dans les relations. Un quotidien de soutien mutuel, de ressourcement dans la priêre, un engagement exigeant dans sa mission. S’émerveiller ensemble face à la nature, se réjouir des fruits de la récolte, de l’agnelage qui s’est bien passé … mais aussi de Sébastien qui a trouvé un travail , d’Elsa qui progresse dans sa démarche de demande d’asile, des petits pas fait quand l’Esprit Saint vient bouger les choses en douceur dans nos lieux de vie, d’une bénévole qui accepte la responsabilité de l’éveil à la foi, du chemin spirituel que fait un jeune couple, qu’une responsable développe un esprit de famille qui vient transformer toute une maison d’accueil, de la pluche ensemble des haricots verts tout fraichement cueillis.

Tout cela, nous fait vivre, vient nous dire par delà les difficultés rencontrées que l’extraordinaire se trouve dans la profondeur de l’ordinaire … Le charisme de SALVERT est dans le partage de l’ordinaire comme chemin spirituel.

 

Emmanuel : 3ême Raison

• Faire sienne la mission, le charisme

Salvert est un lieu d’accueil pour des personnes fragilisées au travers des âges de la vie.

Se jouxtent dans un rayon de 10 kilomêtres, des structures professionnelles reconnues et un lieu d’accueil communautaire plus informel.

Etre à la périphérie de l’Eglise, accueillir la souffrance humaine , et parfois plus que la souffrance, la misêre humaine, accueillir tout homme croyant ou non, travailler avec des équipes de professionnels elles-mêmes distantes, parfois en rupture avec l’Eglise, ou en recherche … Témoigner dans une terre qui peut sembler désertique. A la suite des Sœurs « nous essayons d’être geste avant d’être parole », une expression tirée de leur rêgle de vie …

Nous avons vécu de grandes tensions et eu des batailles à mener pour ré-ancrer le charisme dans les associations ; la tache est grande et les problêmes sont parfois écrasants ; nous sommes conscients que le chemin dans certaines associations sera long, car il est toujours plus facile de démolir que de s’investir pour rebâtir. A dimension humaine, les choses ne sont pas raisonnables, cela vient nous dire que la maitrise n’est pas le chemin. L’Å’uvre nous dépasse … et c’est bien ainsi, nous avons notre part à faire, mais à la suite des Sœurs, nous savons bien que nous ne sommes que de passage.

 

Anne-Marie : 4ême Raison

• Partager ce désir de transmettre

« Faire Famille », signifie aussi s’inscrire dans un processus de transmission, recevoir pour re-donner, transmettre.

Pour nous, l’Appel est arrivé à un moment de notre existence où nous réalisions que l’essentiel n’était pas ou plus là où nous le vivions. Ce qui avait été important devenait dérisoire. Au cœur de nos propres recherches et nos parcours de vie figurait ce désir de transmettre un essentiel. « L’Essentiel ne s’apprend pas, il se transmet » dit-on.

Pour les Sœurs, ce qui compte c’est s’assurer de notre ancrage, nous laïcs dans le Charisme, à partir de là, la confiance est donnée pour inventer l’avenir.

 

Transmettre…, mais transmettre quoi et comment, dans un monde qui pense ne plus avoir besoin de Dieu ?

Penser avec elles qu’un lieu comme Salvert doive continuer à servir l’Homme (être une bouée de sauvetage possible à un moment de la vie) et permettre aux personnes qui le désirent ou le découvrent de continuer à venir nourrir leur vie à la Source de l’Evangile…

Vivre de ce Désir de continuer à inventer tout en restant fidêle à la Source

C’est tout un langage à réinventer, faire l’effort de quitter un langage pour se rendre accessible à toute personne rencontrée et pour faire comprendre aujourd’hui : « Oui, nous avons une Bonne nouvelle à partager, elle nous fait vivre et elle peut faire vivre… »

Partager ce désir de transmettre et s’immerger, se mettre dans les traces, dans les pas des Sœurs pour être Geste avant d’être Parole.

Comme l’a écrit, l’une de nos Sœurs, l’une de celle, dont on n’entend pas le son de la voix :

« C’est dans l’enfouissement de l’héritage que la graine pourra continuer à germer et grandir afin d’être moissonnée pour que les personnes qui viennent à Salvert puissent être aimées, accueillies comme personne, avec leur histoire et puissent être malgré leur histoire et à cause de leur histoire, être comprises et acceptées telles qu’elles sont. »

Familles spirituelles