Témoignage, « dans l’évolution continuelle du monde… »

Lettre d’une soeur à ses soeurs (2)


« Il y a un temps pour tout » dit le proverbe. Un temps pour rire, un temps pour pleurer. Un temps pour les larmes, un temps pour rendre grâces. Ce récit se veut dans l’espérance.
En ce temps de confinement, la nouvelle vous a été communiquée. Vous la savez.

Notre sœur Jeanne Guilbeault s’en est allée, solitaire, rejoindre « son Pastoureau ». Qui aurait imaginé qu’elle nous quitte de cette manière ? Ainsi va la vie de la Congrégation de la Providence, qui depuis ses origines s’inscrit « dans l’évolution continuelle du monde… » LV30 provoquée comme ses contemporains, par les soubresauts de l’histoire.

Au pays des Mauges, des femmes visionnaires, les pieds sur terre, chacune à son époque, ne sont pas restées confinées devant les défis de sorties de crises ou de carences dans lesquels leurs contemporains étaient plongés.
A La Pommeraye, à la fin de la Révolution, Marie Moreau, fille de tisserand, femme courage, avec un groupe de jeunes femmes, non moins audacieuses, se mettent au service de la population, travaillant à retisser le lien social « sous quelque dénomination que ce soit » LV 8. Elles se donnent ardemment aux soins des malades, à l’instruction des enfants. Œuvres qui n’ont cessé de croître, fondant leur action « dans un dynamisme missionnaire, puisé aux sources du Carmel ». LV 7
Au pays des bords de Loire, terre de vignobles, Sr Paul Emmanuel, fille de viticulteur, élue au conseil en 1967, jeune religieuse, discrète est propulsée à la tête de la congrégation dans un moment crucial. Comme le vigneron, elle va prendre soin de la congrégation, une vigne éprouvée par la tempête. Sa considération des personnes a nourri le dynamisme missionnaire des communautés, elle a pris soin des jeunes sarments, leur redonnant confiance en l’avenir.
Poussée par l’Esprit, elle s’est laissée guidée par son souffle, mettant toute son énergie au service de ce renouveau extraordinaire. Portée par l’esprit d’aggiornamento, elle a conduit la congrégation avec détermination : élaboration des constitutions, ouverture d’un noviciat au Honduras, fondation au Burkina Faso, des moyens nouveaux dans la vie des communautés : accompagnement, relecture de vie, étude des saints du Carmel, approfondissement de la Parole de Dieu, des espaces de désert, de détente….
Au pays de Françoise d’Andigné, femme d’action, qui, à une époque d’antan, devant le besoin des gens, ouvre un hôpital, met sa charité en acte. L’EHPAD a pris son nom s’inscrivant dans sa dynamique. De ce lieu hautement confiné, Jeanne Guilbeault, notre sœur, comme une recluse, est partie chez Dieu. Pensait-elle être oubliée des siens, famille, congrégation ? A-t-elle entendu, au cours de ces derniers jours, dans le confinement de son corps souffrant, le message glissé à son oreille, des mots de fraternité, d’affection portée dans la prière sur tous les continents ?
En ce temps de confinement Jeanne s’en est allée rejoindre la grande cohorte de celles qui l’ont précédée. Elle repose à gauche de Mère Marie Joseph, dans la tombe de mère Marie de l’Incarnation

En ce temps de renouvellement du site Providence, confions à Sr Jeanne Guilbeault le devenir de notre Maison commune, une vigne en pleine gestation. Rendons grâces à Dieu. En union de prière.

Sr Marguerite Gohier

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