Témoignage, dans « un même Esprit qui nous unit en communauté de vie »

Lettre d’une soeur à ses soeurs...


Mon salut fraternel à chacune de vous mes sœurs,
Vous donner des nouvelles de la communauté, pour garder le lien, l’entretenir, le renforcer quand brutalement le monde vacille ; se centrer ensemble sur l’essentiel dans « un même Esprit qui nous unit en communauté de vie » LV 6. Vous raconter la vie d’ici, confinée, avec ses joies et ses peines. C’est l’objectif du scribe qui vous envoie ces récits.
Le printemps, un allié charmeur, pourrait nous faire oublier la dure réalité du moment. Le décès, à l’hôpital, à une semaine d’intervalle, de deux sœurs résidentes de l’EHPAD, (la clôture jouxte la communauté), nous a plongées dans quelque chose où les mots me manquent.
Nos sœurs : Marie Thérèse Neau et Solange-Marie Boucher, sont parties chez Dieu, sans adieu, dans la tourmente de l’hôpital. Elles ont donné leur dernier souffle, privées de tout, dont la présence des familiers. Ecartées des leurs, mises à distance, de crainte de… elles ont vécu radicalement cette ligne de conduite décrite dans notre livre de Vie LV45 ; partir dans la pauvreté totale, cette « attitude de vérité, nous désirons la vivre non seulement devant Dieu, mais aussi devant les autres » attitude qu’elles ont vécue avec les autres gens, sans masques, pauvres et riches tous ensemble, les masques tombés.
Retrouver la terre de la communauté fut leur unique privilège. Elles sont arrivées chacune par un bel après-midi ensoleillé. Pendant l’acheminement du convoi au cimetière, la communauté s’est rassemblée à la grande chapelle pour prier le chapelet « formant une communauté de foi » LV 66
Au carrefour de l’allée st Michel et de l’Accueil, Ste Thérèse de Lisieux assise sur sa stalle de plein air, semblait veiller sur les lieux, veiller sur nous. Nous étions six près d’elle pour accueillir le fourgon funéraire, avec l’aumônier, le père Le Barzic, présent dans le confinement du site. Les rôles étant réparti pour un bon déroulement du rite liturgique : l’eau, l’encens, la croix, les fleurs et le lien avec les sœurs en prière à la Grande Chapelle. Au départ de notre marche vers le cimetière, l’une de nous, est partie animer le chapelet. D’un lieu à l’autre nous étions en communion.
Silencieusement, la croix en tête, le cortège, suivait tranquillement le fourgon funéraire. Les oiseaux s’étaient donné rendez-vous nous offrant leur plus douce mélodie ; comme-si notre amie Ste Thérèse nous envoyait « ses trésors, puisés dans l’infinie miséricorde du Père »LT 254 P69.
Au cimetière devant la grande croix, se sont déroulés les rites de l’encens, de l’eau, accompagnés de nos chants dans toute la ferveur qu’inspirait ce moment étrange et bien particulier.
Le corps reposant dans sa terre d’accueil, nous avons rejoint les sœurs à la chapelle et continuée le chapelet avec elles. Une prière humble et fervente dans sa foi au Dieu Vivant. La vie ne meurt pas.

En conclusion de ce récit, écoutons l’audace de Ste Thérèse dans sa poésie « Comment je veux aimer »
• « En me disant : Viens tout est pardonné »
• « Repose-toi, mon épouse fidèle »
• « Viens sur mon cœur, tu m’as beaucoup aimé »
Des mots pleins d’espérance. Bien fraternellement.

Sr Marguerite Gohier

Covid 19