Témoignage de Pierre Serrand, famille mennaisienne


J’ai 61 ans. Je viens juste de prendre ma retraite aprês 40 ans d’enseignement en collêge auprês d’ados de 11 à 15 ans.

Je suis marié depuis 31 ans et nous avons 3 enfants de 27,28 et 30 ans et depuis peu un petit fils.

Une courte « Â histoire sainte »

J’ai reçu une éducation religieuse mais j’ai três vite abandonné toute pratique religieuse. C’était avant le Concile. La religion à l’époque m’horripilait. A 13 - 14 ans j’avais des idées três arrêtées à ce sujet ; mai 68 est arrivé à ce moment-là, ça n’a pas arrangé mes relations à Dieu et surtout à l’Eglise.

Aprês mes études et 2 petites années comme journaliste dans un journal régional, je suis devenu enseignant, un peu par hasard. Je cherchais du travail, le monde de l’éducation cherchait des professeurs. Voyez où ça mêne !

Autant dire que mes débuts furent peu engagés, c’était un gagne pain, un point c’est tout.

Mais un autre chemin m’attendait, ponctué de rencontres déterminantes.

Quand je fais ce retour en arriêre, je m’aperçois que chacune de ces rencontres m’a toujours mené vers une famille spirituelle : Charles de Foucault et les petits frêres de Jésus, François d’Assise et la famille franciscaine et pour ce qui nous concerne aujourd’hui, Jean-Marie de la Mennais et la famille mennaisienne.

Je passe sur les deux premiêres qui m’ont aidé à me construire, à redevenir ou plutôt à devenir chrétien, à comprendre l’amour de Dieu pour moi et pour l’humanité entiêre, à aimer l’Eglise.

Jean-Marie de la Mennais.

Faisons court.

Né à St Malo en 1780 Jean-Marie a três tôt reçu l’appel à devenir prêtre. Aprês la Révolution, il a été ordonné à Rennes en 1804. Son frêre, Félicité est également devenu prêtre ; il a été ordonné en 1816.

Jean-Marie a d’abord enseigné. Une retraite forcée due à un réel épuisement l’amêne à un long temps de formation personnelle, de réflexion, d’écriture.

Nommé vicaire général du diocêse de Saint Brieuc,  il donne l’impulsion qui permettra à la vie chrétienne de renaître dans ce diocêse. Préoccupé par l’état de la jeunesse, particuliêrement dans les campagnes, il fonde, avec un autre prêtre, le Pêre Gabriel Deshayes, l’Institut des Frêres de l’Instruction Chrétienne qu’on appelle frêres de Ploërmel.

A sa mort, en 1860, il y aura 850 frêres tenant environ 350 écoles primaires, agricoles, maritimes et industrielles. Il aura envoyé des frêres outre mer en Martinique, Guadeloupe, au Sénégal, à Saint- Pierre et Miquelon, en Guyane française et jusqu’en Polynésie.

Jean-Marie de la Mennais est avant tout un homme d’action. Il n’a pas laissé de traité spirituel, de somme théologique ou d’ouvrages de pédagogie. Il a fondé, dirigé, accompagné, encouragé, développé et aussi écrit de três nombreuses lettres.

Au sortir de la révolution il écrivait « Â Tout est à reconstruire et je veux en être ! »Â A 35 ans, cette phrase, je l’avais faite mienne. Dans les limites de mes possibilités, j’étais prêt à tout ! La vie allait me rendre un peu plus raisonnable. Mais tout de même, c’est une phrase qui mérite un peu de réflexion. En matiêre d’éducation, rien n’est définitivement acquis ; le monde change, les jeunes avec lui et notre attitude d’adulte évolue avec eux. Tout est donc à reconstruire en permanence et vouloir en être est un gage de vitalité dans la mesure où cela nous invite à remettre en cause nos certitudes.

Une spiritualité de l’éducation.

Jean-Marie est donc un homme d’action mais il est aussi, et même surtout, un spirituel, issu de l’école française du 18ê siêcle et proche de la spiritualité ignacienne.

Quelques phrases et aspects qui m’ont touché.

« Â C’est en faisant des saints que vous deviendrez saints vous-mêmes. »

Notre engagement auprês des jeunes, l’exercice de notre profession d’enseignant est le lieu même de notre sanctification. Inutile d’aller loin : ceux dont nous devons être le prochain, ce sont nos élêves. Mieux encore, nous sommes envoyés par Dieu auprês de nos élêves pour les aimer et les aider à découvrir cet amour. Je pense aussi à Jean-Paul 2 qui nous invitait à devenir saints en vivant une vie ordinaire d’une façon extraordinaire. Ou encore notre pape François qui nous annonce qu’ « Â il existe une classe moyenne de la sainteté dont nous pouvons tous faire partie ».

Jean-Marie donne tout de même quelques conseils pratiques : « Â traitez les enfants avec douceur et fermeté », « Â faites vous aimer de vos élêves plutôt que de vous en faire craindre », « Â formez l’homme tout entier, son cœur aussi bien que son esprit ».

« Â Travaillez comme si tout dépendait de vous. Et cependant n’attendez le succês que de Dieu seul. »

Il s’agit donc de travailler, de retrousser ses manches, de ne pas rester inactif. Mais avec humilité et abandon. C’est ce que nous appelons, en éducation, la pédagogie de l’envoyé. Instruire les pauvres : « Â sublime vocation, c’est celle de Jésus Christ lui-même. » Nous sommes envoyés pour une mission précise, pour un service et « Â quand vous aurez fait ce que Dieu vous a commandé dites-vous : nous ne sommes que des serviteurs quelconques, nous n’avons fait que notre devoir. » Cette phrase m’a mis dans une grande confiance : si Dieu m’appelle et si mes frêres sont bienveillants alors je n’ai rien à craindre, l’Esprit m’accompagnera.

Laïc mennaisien

Concrêtement quand je relis ce que fut ma vie au cours de ces 30 derniêres années, j’ai le sentiment d’avoir surtout répondu à des appels.

En tant que laïc mennaisien, je suis attaché à diffuser, faire connaître et surtout donner à vivre cette spiritualité mennaisienne qui est pour moi d’une grande actualité.

Les fraternités mennaisiennes

En 2004, a eu lieu à Bilbao, un congrês international de la famille mennaisienne. J’y ai été extrêmement touché par le témoignage de laïcs mennaisiens espagnols. Plus que leur engagement dans la catéchêse, c’est leur attachement à la spiritualité mennaisienne et les liens qu’ils avaient établis avec la communauté des frêres qui m’ont touché. Professionnellement ils n’étaient pas engagés dans une œuvre éducative, simplement ils témoignaient de ce que le charisme mennaisien vécu dans leur quotidien les aidait dans leur vie personnelle d’homme, de femme, de chrétien.

Au retour, quelques notes, ébauche d’une rêgle de vie, des échanges avec quelques frêres encourageants et d’autres laïcs et ce fut le lancement des fraternités mennaisiennes. Depuis, leur nombre grandit peu à peu. Je reste persuadé de l’importance de ces petites communautés d’Eglise où l’on se soutient, où l’on prie ensemble, où l’on échange en vérité (sous le regard bienveillant de Jean-Marie bien sûr). Nous rédigeons chaque année des cahiers qui servent de thême aux différentes rencontres. Le thême de cette année est « Â Aimons l’Eglise ! » Les fraternités sont ouvertes, elles ne sont pas réservées à des enseignants ; toute personne en situation d’éducation, parents, grands-parents, éducateurs peut y trouver la vie fraternelle dont il a besoin. Elles sont composées de laïcs et de frêres ensemble.

Participation aux chapitres.

L’appel à participer aux chapitres de l’institut est d’abord une grande preuve de confiance de la part des frêres vis-à-vis des laïcs.

Le thême du chapitre général de 2012 était : « Â Eduquer, chemin d’évangélisation. » Le chapitre provincial qui a suivi a permis de décliner les orientations prises lors du chapitre général. La relecture des orientations (dont l’une émane du groupe des laïcs) me donne encore davantage à penser que, chacun dans sa propre vocation, c’est frêres et laïcs ensemble que nous aurons à vivre cette mission. Que nous réserve l’avenir ? Bien malin celui qui peut répondre à cette question ! Je me sens appelé à vivre mon engagement au présent et à remettre à Dieu le succês que l’on peut espérer de nos actions.

Aujourd’hui donc je m’investis dans le développement de ces petites fraternités mennaisiennes. Je souhaite qu’elles permettent à chacun d’aller à la source, celle de l’Evangile vécu selon notre charisme propre, et d’en repartir pour aller de l’avant et en particulier vers ces périphéries dont nous parle tant notre Pape François.

Familles spirituelles